TĂ©lĂ©coms modernisĂ©s : la base pour l’IA dans l’État

Le rĂŽle de l’intelligence artificielle dans la modernisation de l’administration en AlgĂ©rie‱‱By 3L3C

La modernisation des tĂ©lĂ©coms en AlgĂ©rie crĂ©e le socle pour dĂ©ployer l’IA dans l’administration : fibre, 5G, e-paiement et souverainetĂ© numĂ©rique.

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TĂ©lĂ©coms modernisĂ©s : la base pour l’IA dans l’État

En dĂ©cembre 2025, l’AlgĂ©rie ne parle plus seulement de « numĂ©risation » comme d’un slogan. Elle empile des briques concrĂštes : un nouveau cĂąble sous-marin de 10,2 tĂ©rabits, plus de 2,9 millions de foyers raccordĂ©s Ă  la fibre, un dĂ©ploiement 5G annoncĂ© avec des tests Ă  2,4 Gbps, et une accĂ©lĂ©ration nette du paiement Ă©lectronique (de 83 millions de transactions dĂ©but 2024 Ă  150 millions en 2025). Ces chiffres ne sont pas des dĂ©tails techniques : ce sont les conditions rĂ©elles pour faire fonctionner l’intelligence artificielle Ă  l’échelle d’un pays.

Dans cette sĂ©rie consacrĂ©e Ă  « Le rĂŽle de l’intelligence artificielle dans la modernisation de l’administration en AlgĂ©rie », je dĂ©fends une idĂ©e simple : l’IA dans les services publics n’échoue pas d’abord par manque d’algorithmes, mais par manque d’infrastructure, de donnĂ©es fiables et de confiance. La modernisation des tĂ©lĂ©coms, prĂ©sentĂ©e rĂ©cemment par le ministre de la Poste et des TĂ©lĂ©communications Sid Ali Zerrouki, joue donc un rĂŽle de « fondation » : sans dĂ©bit, sans disponibilitĂ© rĂ©seau et sans paiement digital fluide, l’IA reste au stade de pilote.

Ce qui se dessine pour 2026–2029, c’est une trajectoire oĂč connectivitĂ© internationale + fibre + 5G + e-paiement + compĂ©tences deviennent le socle d’une administration plus rapide, plus transparente et plus orientĂ©e usager.

La connectivitĂ© internationale : la souverainetĂ© numĂ©rique avant l’IA

RĂ©ponse directe : sans bande passante internationale et redondance, il n’y a ni cloud fiable, ni services administratifs 24/7, ni IA « industrialisĂ©e ».

L’annonce d’un nouveau cĂąble sous-marin venant complĂ©ter les liaisons existantes (SEA-ME-WE 4, Medex, Alpal 2, Orval/Alval, Medusa) s’inscrit dans un objectif clair : augmenter la rĂ©silience et Ă©viter que des incidents externes ne paralysent l’économie numĂ©rique. Quand une administration s’appuie sur des portails, des bases nationales et des Ă©changes inter-ministĂ©riels, une coupure ne se traduit pas par « une page qui charge lentement ». Elle se traduit par des dĂ©marches bloquĂ©es, des files d’attente qui reviennent « Ă  l’ancienne », et une perte de confiance.

Ce que ça change concrùtement pour l’administration

Une connectivité internationale robuste permet :

  • La continuitĂ© de service des plateformes nationales (Ă©tat civil, fiscalitĂ©, douanes, registre du commerce, etc.), mĂȘme en cas de pics.
  • La mutualisation via des clouds souverains ou hybrides : l’IA (analyse, recherche, classification) a besoin de calcul et de stockage accessibles.
  • Des Ă©changes sĂ©curisĂ©s avec des partenaires (banques, opĂ©rateurs, systĂšmes frontaliers), indispensables aux contrĂŽles automatisĂ©s.

« La souverainetĂ© numĂ©rique, ce n’est pas un discours. C’est la capacitĂ© Ă  garder l’État opĂ©rationnel, mĂȘme quand le rĂ©seau mondial tousse. »

Dans une logique IA, cette souverainetĂ© devient stratĂ©gique : plus l’État automatise, plus il dĂ©pend d’une infrastructure stable.

Fibre optique : le “systùme circulatoire” des services publics

RĂ©ponse directe : la fibre est ce qui rend l’administration numĂ©rique utilisable au quotidien, pas seulement “possible”.

Avec plus de 2,9 millions de foyers connectĂ©s, un objectif de franchir 3 millions Ă  court terme et une ambition de gĂ©nĂ©ralisation en 2027, la fibre devient une infrastructure nationale comparable Ă  l’eau ou l’électricitĂ© : elle permet la stabilitĂ©, les hauts dĂ©bits et surtout une faible latence, essentielle pour des services interactifs.

Dans l’administration, la fibre ne sert pas uniquement aux citoyens Ă  domicile. Elle sert aussi Ă  connecter les antennes locales : APC, daĂŻras, directions de wilaya, hĂŽpitaux, Ă©tablissements scolaires, tribunaux, guichets uniques. Et c’est lĂ  que l’IA prend tout son sens.

IA + fibre : des usages réalistes (et utiles)

Quand le rĂ©seau tient, on peut dĂ©ployer des cas d’usage concrets, par exemple :

  1. Tri automatique des dossiers (documents scannĂ©s, formulaires, piĂšces justificatives) : l’IA classe, dĂ©tecte les manques, alerte l’agent.
  2. DĂ©tection de doublons et d’erreurs dans les bases (Ă©tat civil, aides sociales, fichiers d’entreprises) : moins de fraude, moins d’incohĂ©rences.
  3. Rendez-vous intelligents : prĂ©dire l’affluence, rĂ©partir la charge, rĂ©duire l’attente.
  4. Recherche sémantique dans les textes administratifs : retrouver une décision, une directive, une jurisprudence en langage naturel.

La rĂ©alitĂ© ? Une IA “moyenne” avec des donnĂ©es propres et un rĂ©seau stable bat une IA “excellente” dĂ©ployĂ©e sur une infrastructure fragile.

Rayonnement régional et administration aux frontiÚres

Le fait que le rĂ©seau national s’étende vers les frontiĂšres (Mauritanie, Niger) est aussi un signal : la connectivitĂ© n’est pas seulement urbaine. Pour l’administration, cela ouvre une perspective trĂšs concrĂšte : des services plus fluides dans les zones Ă©loignĂ©es (santĂ©, Ă©tat civil, agriculture, contrĂŽle logistique). L’IA appliquĂ©e aux services publics ne doit pas creuser la fracture numĂ©rique ; elle doit la rĂ©duire. Et cela commence par la couverture.

5G : utile surtout pour l’économie
 et certains services publics

RĂ©ponse directe : la 5G n’est pas un gadget grand public ; c’est un outil d’efficacitĂ© pour les secteurs qui ont besoin de temps rĂ©el.

Le dĂ©ploiement annoncĂ© dĂ©marre en mode non-stand-alone sur les grandes villes et pĂŽles industriels, avec un objectif de 80 % des chefs-lieux de wilaya en 3 ans, et un rĂ©seau 100 % 5G sous 5 Ă  6 ans. Les tests Ă©voquent des dĂ©bits jusqu’à 2,4 Gbps.

Pour l’administration, l’intĂ©rĂȘt de la 5G n’est pas de regarder des vidĂ©os en 8K dans un bureau. Il est ailleurs : connecter des capteurs, des Ă©quipes mobiles, et des services critiques.

OĂč la 5G peut accĂ©lĂ©rer l’IA publique

  • TĂ©lĂ©mĂ©decine : examens Ă  distance, suivi de patients, transmission de donnĂ©es mĂ©dicales (avec une gouvernance stricte des accĂšs). L’IA peut aider au tri et Ă  l’orientation, mais uniquement si la connexion est fiable.
  • Agriculture intelligente : capteurs d’irrigation, surveillance des cultures, prĂ©visions. L’État peut mieux cibler les aides, les alertes sĂ©cheresse, les plans de culture.
  • Inspection et contrĂŽle terrain (urbanisme, commerce, environnement) : agents Ă©quipĂ©s, saisie instantanĂ©e, vĂ©rifications automatisĂ©es (conformitĂ©, licences, registres).

Mon point de vue : la 5G est un accélérateur, mais la fibre reste la colonne vertébrale. La 5G brille quand on a besoin de mobilité et de temps réel ; la fibre fait tourner les plateformes.

Paiement Ă©lectronique : la donnĂ©e qui rend l’action publique mesurable

RĂ©ponse directe : l’e-paiement ne sert pas seulement Ă  payer ; il crĂ©e une traçabilitĂ© qui rĂ©duit la friction, l’informel et certaines zones grises.

Le passage de 83 millions de transactions dĂ©but 2024 Ă  150 millions en 2025, et l’arrivĂ©e d’une nouvelle version de BaridiMob (lancement commercial prĂ©vu fin janvier) avec carte virtuelle, indiquent une adoption massive. Les solutions cĂŽtĂ© commerçants (application « Cashless », TPE virtuel sur smartphone) vont dans le mĂȘme sens : rendre l’acceptation du paiement numĂ©rique plus simple et moins coĂ»teuse.

Pourquoi c’est central pour moderniser l’administration

Un État qui digitalise ses services sans simplifier le paiement crĂ©e une impasse : on remplit un formulaire en ligne
 puis on se dĂ©place pour rĂ©gler. À l’inverse, quand l’e-paiement est fluide, on peut :

  • GĂ©nĂ©raliser le “tout-en-ligne” pour des actes simples (timbres, droits, redevances, duplicatas, prestations).
  • RĂ©duire les manipulations d’espĂšces et donc certaines opportunitĂ©s de pratiques informelles.
  • Mesurer la qualitĂ© de service : dĂ©lais de traitement, taux d’abandon, volumes par wilaya, saisonnalitĂ©.

Et c’est ici que l’IA intervient : analyser ces flux pour dĂ©tecter les goulots d’étranglement, repĂ©rer des anomalies (fraude, erreurs de tarification, doublons), ou recommander des amĂ©liorations de parcours.

« La transparence administrative augmente quand chaque étape laisse une trace exploitable, sans alourdir la vie du citoyen. »

Question frĂ©quente : est-ce que l’IA va “surveiller” les citoyens ?

La crainte existe, et elle est lĂ©gitime. La bonne approche, c’est de poser des rĂšgles nettes : minimisation des donnĂ©es, accĂšs strictement journalisĂ©, sĂ©paration des usages, durĂ©e de conservation, audits. L’IA utile Ă  l’administration, c’est d’abord l’IA de processus (qualitĂ©, dĂ©lais, dĂ©tection d’erreurs), pas une IA intrusive.

Emploi, formation, fonds d’investissement : la piĂšce souvent oubliĂ©e

RĂ©ponse directe : moderniser l’infrastructure sans investir dans les compĂ©tences produit une dĂ©pendance durable et des projets qui n’atterrissent pas.

L’objectif annoncĂ© de 10 000 emplois d’ici 2027 et 100 000 d’ici 2029 dans les technologies de l’information, avec un revenu potentiel de 1,5 milliard de dollars, traduit une ambition : faire du numĂ©rique un moteur Ă©conomique. Le fonds de 10 millions de dollars dĂ©diĂ© aux TIC et Ă  l’IA (sous l’égide du groupe TĂ©lĂ©com AlgĂ©rie) est un signal utile, Ă  condition de financer des projets “dĂ©ployables”, pas seulement des dĂ©monstrateurs.

Ce que l’administration doit exiger pour rĂ©ussir l’IA

Si je devais proposer une checklist pragmatique pour 2026 :

  1. Des données propres et gouvernées (référentiels, qualité, interopérabilité).
  2. Des API standardisées entre administrations, pour éviter les doubles saisies.
  3. Des Ă©quipes mixtes (mĂ©tiers + data + sĂ©curitĂ©) : l’IA ne doit pas ĂȘtre “un projet IT”.
  4. Des KPI publics : délais moyens, taux de résolution, disponibilité des services.
  5. Une doctrine claire de souverainetĂ© : oĂč rĂ©sident les donnĂ©es, qui administre, qui audite.

La “DĂ©claration d’Alger” sur des plateformes numĂ©riques Ă©quitables et sĂ»res en Afrique, adoptĂ©e le 07/12/2025, et l’accent mis sur la protection des donnĂ©es africaines vont dans la bonne direction : pas d’IA crĂ©dible sans confiance et rĂšgles de protection des donnĂ©es.

Ce que 2026 peut rendre possible (si on s’y prend bien)

RĂ©ponse directe : l’infrastructure tĂ©lĂ©com modernisĂ©e permet de passer du portail “vitrine” au service public rĂ©ellement automatisĂ©.

Voici trois scĂ©narios rĂ©alistes pour l’administration algĂ©rienne, rendus crĂ©dibles par fibre/5G/e-paiement :

1) DĂ©marches “zĂ©ro dĂ©placement” pour les actes courants

Actes d’état civil, paiement de droits, prise de rendez-vous, suivi du dossier : l’IA intervient en back-office pour vĂ©rifier la complĂ©tude, rĂ©duire les erreurs, prioriser.

2) Guichet unique pour l’entreprise, avec contrîle intelligent

CrĂ©ation, modifications, fiscalitĂ©, CNAS/CASNOS, autorisations : l’IA aide Ă  dĂ©tecter les incohĂ©rences, Ă©viter les doublons, et accĂ©lĂ©rer l’instruction.

3) Pilotage public par la donnĂ©e (et pas Ă  l’intuition)

Avec des traces numĂ©riques (paiements, tickets, dĂ©lais), l’IA produit des tableaux de bord de performance : oĂč ça bloque, pourquoi, et quel correctif tester.

Le point dur Ă  ne pas Ă©viter : si on automatise sans simplifier les rĂšgles, on obtient une bureaucratie
 plus rapide, mais toujours bureaucratique. L’IA doit ĂȘtre l’occasion de repenser les parcours, pas juste de les numĂ©riser.

La prochaine Ă©tape : transformer l’infrastructure en services IA utiles

La modernisation des tĂ©lĂ©coms en AlgĂ©rie — cĂąble sous-marin, fibre, 5G, e-paiement, emplois — ressemble Ă  un chantier technique. En rĂ©alitĂ©, c’est le prĂ©requis le plus politique qui soit : rendre l’État plus fiable dans la vie quotidienne. C’est exactement le terrain oĂč l’intelligence artificielle dans l’administration peut apporter des gains visibles : dĂ©lais rĂ©duits, moins d’allers-retours, traçabilitĂ©, et meilleure allocation des ressources.

Pour les dĂ©cideurs publics, la question devient trĂšs concrĂšte : quels services choisir en premier pour prouver la valeur (et construire la confiance) ? Pour les acteurs privĂ©s et les startups, l’opportunitĂ© est tout aussi claire : dĂ©velopper des solutions d’IA alignĂ©es sur des besoins mĂ©tiers (gestion documentaire, lutte contre la fraude, assistance aux agents, pilotage de performance), avec une exigence forte de sĂ©curitĂ© et de protection des donnĂ©es.

La trajectoire est lancĂ©e. Le vrai test en 2026 ne sera pas d’annoncer plus de dĂ©bits, mais de livrer des services publics oĂč l’IA se fait oublier
 parce que l’expĂ©rience, elle, devient enfin simple. Quelle dĂ©marche administrative devrait, selon vous, ĂȘtre la premiĂšre Ă  passer en “zĂ©ro dĂ©placement” ?