IA et e‑gouvernance : leçon fiscale du Cameroun

Le rĂŽle de l’intelligence artificielle dans la modernisation de l’administration en AlgĂ©rie‱‱By 3L3C

Le Cameroun modernise son rĂ©seau fiscal : une leçon concrĂšte pour l’AlgĂ©rie. Voici comment l’IA s’appuie sur l’infrastructure pour rĂ©duire la bureaucratie.

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IA et e‑gouvernance : leçon fiscale du Cameroun

Le 04/12/2025, le ministĂšre des Finances du Cameroun publie un appel d’offres international pour moderniser le rĂ©seau de sa Direction GĂ©nĂ©rale des ImpĂŽts (DGI). Budget annoncĂ© : 1,6 million d’euros (environ 1,049 milliard FCFA) rĂ©parti en deux lots, avec un calendrier serrĂ© de 11 mois par lot. Ce n’est pas “juste” une histoire de routeurs et de cĂąbles. C’est un rappel brutal d’une rĂ©alitĂ© que beaucoup sous-estiment : l’administration numĂ©rique commence par l’infrastructure, et l’intelligence artificielle n’a aucun impact durable si le socle rĂ©seau est fragile.

Dans notre sĂ©rie sur le rĂŽle de l’intelligence artificielle dans la modernisation de l’administration en AlgĂ©rie, cet exemple camerounais mĂ©rite qu’on s’y arrĂȘte. Pourquoi ? Parce qu’il montre une dĂ©marche concrĂšte, cadrĂ©e, financĂ©e, exigeante
 et surtout transposable. L’AlgĂ©rie peut y trouver une mĂ©thode : moderniser, sĂ©curiser, interconnecter, puis automatiser et rendre transparent.

Ce que l’appel d’offres camerounais dit vraiment (au-delà de la technique)

Le message principal est simple : la transformation numĂ©rique fiscale se pilote comme un projet d’infrastructure critique, pas comme un “projet IT” secondaire.

L’appel d’offres vise la fourniture, la configuration et la mise en service :

  • d’une infrastructure rĂ©seau locale pour les sites opĂ©rationnels (Lot 1)
  • de liaisons d’interconnexion de secours par satellite pour les sites dĂ©concentrĂ©s (Lot 2)

Ce choix est révélateur. Quand une administration fiscale prévoit un backup satellitaire, elle admet officiellement que :

  1. la continuité de service est un enjeu de souveraineté (encaissement, contrÎle, contentieux)
  2. l’échec rĂ©seau Ă©quivaut Ă  un Ă©chec de politique publique

Autre point qui parle aux dĂ©cideurs : les exigences de procĂ©dure sont strictes (cautions, Ă©limination Ă  < 75% de note technique, critĂšres anticorruption, capacitĂ© de maintenance sur plusieurs annĂ©es). Cela montre une volontĂ© de rĂ©duire les risques d’exĂ©cution, un angle souvent nĂ©gligĂ© dans les rĂ©formes administratives.

Le lien direct avec l’AlgĂ©rie : sans interconnexion, pas d’automatisation crĂ©dible

Si l’AlgĂ©rie veut rĂ©duire la bureaucratie par le numĂ©rique, elle doit traiter l’interconnexion comme un service public en soi.

Un guichet en ligne, une plateforme de dĂ©claration, un portail citoyen, un back‑office de traitement automatisé  tout cela repose sur :

  • des rĂ©seaux locaux fiables dans les administrations
  • des interconnexions entre wilayas/structures dĂ©concentrĂ©es
  • une supervision centralisĂ©e (monitoring)
  • des plans de continuitĂ© (PCA/PRA)

Le Cameroun, via ce projet, adresse précisément ces points.

Ce que j’en retiens : l’IA n’est pas le point de dĂ©part

Beaucoup de programmes “IA dans le service public” dĂ©marrent par des chatbots ou des preuves de concept. RĂ©sultat : on obtient des dĂ©mos, rarement des services robustes.

L’ordre qui marche, c’est :

  1. réseau + sécurité + continuité
  2. données (qualité, gouvernance, interopérabilité)
  3. automatisation (workflows, RPA, APIs)
  4. IA (dĂ©tection d’anomalies, priorisation, aide Ă  la dĂ©cision)

Le Cameroun est clairement dans l’étape 1, mais avec une vision compatible avec les Ă©tapes suivantes.

OĂč l’intelligence artificielle renforce un projet comme celui-ci

Une fois l’infrastructure modernisĂ©e, l’IA devient utile et mesurable. Pas pour “faire moderne”, mais pour produire des rĂ©sultats concrets.

1) DĂ©tection de fraude et d’anomalies fiscales (impact rapide)

Quand les flux fiscaux sont numĂ©risĂ©s et centralisĂ©s, l’IA peut repĂ©rer :

  • incohĂ©rences entre dĂ©clarations et historiques
  • variations anormales de TVA/CA
  • comportements d’entreprises “à risque” (schĂ©mas rĂ©pĂ©titifs)
  • rĂ©seaux de facturation fictive

Le bĂ©nĂ©fice est double : plus de recettes et moins d’arbitraire si les contrĂŽles sont mieux ciblĂ©s.

2) Automatisation des dossiers et réduction des délais (effet anti-bureaucratie)

Le vrai “gain citoyen”, c’est le temps.

Avec des processus digitalisĂ©s, l’IA peut :

  • classer automatiquement les piĂšces (OCR + extraction)
  • vĂ©rifier la complĂ©tude d’un dossier
  • proposer une dĂ©cision prĂ©liminaire (avec validation humaine)
  • prioriser les dossiers urgents ou bloquants

Pour l’AlgĂ©rie, c’est l’une des applications les plus acceptables politiquement : l’IA comme assistante, pas comme juge.

3) Supervision intelligente des réseaux et cybersécurité

Le Cameroun insiste sur l’intĂ©gration Ă  une plateforme de supervision. C’est exactement lĂ  que l’IA prend de la valeur :

  • dĂ©tection d’incidents (pannes, saturation)
  • identification de comportements suspects (intrusion, exfiltration)
  • corrĂ©lation multi-sources (logs, alertes, trafic)

Dans une administration fiscale, une interruption ou une compromission est immĂ©diatement critique. L’IA appliquĂ©e Ă  la supervision est un levier de rĂ©silience.

Ce que l’AlgĂ©rie peut copier
 et ce qu’elle doit adapter

Le copier-coller ne marche jamais. Mais on peut copier la logique.

À copier : une modernisation “par lots” et orientĂ©e rĂ©sultats

L’appel d’offres camerounais est structurĂ© en lots cohĂ©rents. C’est intelligent : on limite la complexitĂ© et on garde la maĂźtrise.

Pour l’AlgĂ©rie, une approche similaire pourrait organiser la modernisation par :

  • lot “rĂ©seau local” (sites centraux + wilayas)
  • lot “interconnexion & secours” (fibre, micro-ondes, satellite selon zones)
  • lot “supervision & SOC” (cybersĂ©curitĂ© opĂ©rationnelle)
  • lot “interopĂ©rabilitĂ© & APIs” (Ă©changes entre administrations)

À adapter : la question des liaisons de secours

Le Cameroun choisit du satellite en backup pour les sites dĂ©concentrĂ©s. En AlgĂ©rie, l’arbitrage dĂ©pendra des rĂ©alitĂ©s terrain :

  • densitĂ© fibre / disponibilitĂ© opĂ©rateurs
  • zones Ă©loignĂ©es (Hauts Plateaux, Sud)
  • exigences de latence (certaines applications supportent mal le satellite)

L’idĂ©e Ă  garder : un plan B obligatoire. Un service public numĂ©rique sans continuitĂ©, c’est juste une promesse fragile.

Un plan d’action pragmatique (6 Ă©tapes) pour moderniser une administration fiscale algĂ©rienne avec l’IA

Voici une sĂ©quence rĂ©aliste que j’ai vue fonctionner dans des projets publics :

  1. Cartographier l’existant : sites, liens, pannes rĂ©currentes, applications critiques.
  2. Standardiser l’architecture rĂ©seau : Ă©quipements, adressage, segmentation, Wi‑Fi pro si besoin.
  3. Installer la supervision : tableaux de bord, alerting, SLA internes.
  4. Sécuriser : MFA, chiffrement, journalisation, réponse aux incidents.
  5. Rendre les données exploitables : qualité, référentiels, interopérabilité, gouvernance.
  6. DĂ©ployer l’IA sur des cas d’usage rentables : fraude, tri de dossiers, assistance agent, cybersĂ©curitĂ©.

Phrase simple Ă  retenir : si vous ne pouvez pas mesurer la disponibilitĂ© et la qualitĂ© des donnĂ©es, vous ne pouvez pas piloter l’IA.

Les questions qui reviennent (et des réponses directes)

“Peut-on lancer l’IA avant la modernisation rĂ©seau ?”

Oui, mais sur des pĂ©rimĂštres limitĂ©s. À l’échelle d’une administration nationale, vous obtiendrez surtout des pilotes. Pour industrialiser, l’infrastructure doit suivre.

“L’IA va-t-elle rĂ©duire la corruption ?”

Elle peut réduire certaines zones grises, surtout si elle :

  • trace les actions (audit)
  • standardise les dĂ©cisions
  • dĂ©tecte les anomalies

Mais la transparence vient aussi de la gouvernance, pas seulement de l’algorithme.

“Quel est l’indicateur le plus parlant pour un projet e‑gouvernance ?”

Je vote pour celui-ci : le dĂ©lai moyen de traitement d’une dĂ©marche, avant/aprĂšs. C’est ce que le citoyen ressent.

Une derniĂšre idĂ©e pour 2026 : penser “service public continu”, pas “portail en ligne”

Le Cameroun met sur la table une modernisation fiscale structurante parce qu’il a compris que la fiscalitĂ© numĂ©rique ne tient pas sur des slogans. Elle tient sur un rĂ©seau, des interconnexions, une supervision, des compĂ©tences, et une maintenance.

Pour l’AlgĂ©rie, l’opportunitĂ© est claire : utiliser l’IA comme accĂ©lĂ©rateur, mais uniquement aprĂšs avoir consolidĂ© les fondations. La modernisation administrative n’est pas un projet de communication ; c’est un projet d’exĂ©cution.

Si vous deviez choisir un seul chantier en premier, lequel aurait le plus d’impact : l’interconnexion des services, la gouvernance des donnĂ©es, ou l’automatisation des dossiers ?