IA et XDR montrent comment sĂ©curiser la digitalisation. Une lecture utile pour moderniser lâadministration algĂ©rienne et les PME, sans perdre en efficacitĂ©.

IA et cybersĂ©curitĂ© : accĂ©lĂ©rer lâeâadministration
En dĂ©cembre, beaucoup dâĂ©quipes IT font le mĂȘme constat : les pics dâactivitĂ© (clĂŽtures, budgets 2026, campagnes de fin dâannĂ©e) font exploser les Ă©changes dâe-mails, les accĂšs distants et les partages de fichiers. Et câest exactement Ă ce moment-lĂ que les attaques deviennent plus âbruyantesâ⊠ou au contraire plus discrĂštes. Quand la surface dâattaque sâĂ©largit, lâorganisation qui nâa pas de visibilitĂ© globale perd du temps, puis de lâargent.
Lâentretien de Pascal Naudin (Kaspersky) publiĂ© le 23/12/2025 rappelle un point clĂ© : les attaques modernes sont multiâvecteurs (poste de travail, rĂ©seau, cloud, messagerie, mobile). Cette lecture est prĂ©cieuse pour les PME africaines⊠mais elle lâest tout autant pour lâAlgĂ©rie, Ă un endroit trĂšs concret : la modernisation de lâadministration. Parce que digitaliser les services publics sans renforcer la cybersĂ©curitĂ©, câest comme ouvrir un nouveau guichet sans serrure.
Dans cette sĂ©rie âLâintelligence artificielle au service des PME et entrepreneurs algĂ©riensâ, on parle souvent de productivitĂ©, de communication, de visibilitĂ© en ligne. Ici, je prends volontairement un angle plus âcoulissesâ : lâIA en cybersĂ©curitĂ© nâest pas un sujet annexe. Câest une mĂ©thode de modernisation (automatisation, rĂ©duction des frictions, pilotage par les donnĂ©es) qui peut inspirer lâeâadministration en AlgĂ©rie.
De lâEDR au XDR : la leçon de visibilitĂ© pour lâĂtat
RĂ©ponse directe : passer de protections isolĂ©es Ă une approche XDR, câest passer dâune âsĂ©curitĂ© par outilâ Ă une sĂ©curitĂ© par vision dâensemble, capable de relier des signaux faibles en temps rĂ©el.
Dans lâentretien, Pascal Naudin explique lâĂ©volution classique :
- Avant, un antivirus donnait un sentiment de sécurité.
- Ensuite, lâEDR (Endpoint Detection & Response) a amĂ©liorĂ© la dĂ©tection et la rĂ©ponse sur les postes.
- Aujourdâhui, le XDR (eXtended Detection & Response) Ă©largit lâanalyse aux postes + rĂ©seau + cloud et corrĂšle les Ă©vĂ©nements.
Ce qui compte, ce nâest pas le sigle : câest le principe. La modernisation administrative algĂ©rienne a exactement le mĂȘme dĂ©fi : des systĂšmes et applications qui poussent vite (portails, eâpaiement, dĂ©marches en ligne, interconnexions) mais qui restent parfois âen silosâ. RĂ©sultat : quand un incident arrive (fraude, fuite de donnĂ©es, rançongiciel), lâenquĂȘte se fait Ă la main, application par application.
Une administration moderne ne se définit pas par le nombre de services en ligne, mais par sa capacité à détecter, comprendre et contenir un incident sans bloquer la continuité de service.
Pourquoi lâIA change la donne en dĂ©tection
RĂ©ponse directe : lâIA est utile quand elle rĂ©duit le bruit et met en avant les incidents rĂ©ellement dangereux.
Les Ă©quipes sĂ©curitĂ© reçoivent des alertes en masse. LâIA sert Ă :
- repérer des comportements anormaux (connexion inhabituelle, exfiltration, mouvements latéraux) ;
- corréler des événements dispersés dans le temps ;
- prioriser la réponse (ce qui est urgent, ce qui peut attendre).
Pour le secteur public, cela se traduit par une promesse trÚs simple : moins de temps perdu, plus de cohérence entre administrations, et une meilleure protection des données des citoyens.
Pourquoi la cybersĂ©curitĂ© reste âthĂ©oriqueâ (et comment casser ce cycle)
RĂ©ponse directe : la cybersĂ©curitĂ© devient thĂ©orique quand elle est perçue comme un coĂ»t sans ROI immĂ©diat, et quand les compĂ©tences manquent pour lâopĂ©rationnaliser.
Pascal Naudin dĂ©crit une rĂ©alitĂ© quâon retrouve souvent : les PME priorisent la production, la vente, la facturation, la logistique. La sĂ©curitĂ© passe aprĂšs. Deux facteurs aggravants reviennent :
- SousâĂ©valuation du risque : âon est trop petit / on nâintĂ©resse personneâ.
- Solutions inadaptées : outils grand public déployés poste par poste, sans supervision globale.
Dans lâadministration, la mĂ©canique est similaire :
- la priorité est donnée au lancement du service (mettre en ligne, fluidifier, réduire la paperasse) ;
- la sĂ©curitĂ© arrive en âcoucheâ tardive ;
- lâexploitation quotidienne (monitoring, mises Ă jour, gestion dâincidents) est sousâdotĂ©e.
Le rĂ©sultat est prĂ©visible : la digitalisation augmente la surface dâattaque, mais la gouvernance et lâoutillage nâaugmentent pas au mĂȘme rythme.
Exemple concret : la âlicence expirĂ©eâ comme mĂ©taphore de modernisation
RĂ©ponse directe : une licence expirĂ©e, câest rarement une nĂ©gligence volontaire ; câest un symptĂŽme dâabsence de pilotage.
Lâentretien cite des cas oĂč des PME utilisent des solutions dont la licence a expirĂ©, parfois sans le savoir. Dans le secteur public, lâĂ©quivalent existe : certificats non renouvelĂ©s, correctifs retardĂ©s, inventaires incomplets, procĂ©dures dâaccĂšs non revues.
Ce nâest pas un problĂšme âtechniqueâ. Câest un problĂšme de process.
- Qui est propriĂ©taire de lâactif ?
- Quel est le cycle de vie (renouvellement, patch, audit) ?
- Qui reçoit lâalerte, et sous quel dĂ©lai ?
La modernisation administrative, câest aussi ça : rendre les responsabilitĂ©s explicites et mesurables.
LâIA en cybersĂ©curitĂ© : un modĂšle dâautomatisation pour lâeâgouvernance
RĂ©ponse directe : lâIA en cybersĂ©curitĂ© montre comment automatiser des tĂąches rĂ©pĂ©titives sans perdre le contrĂŽle, et comment standardiser des rĂ©ponses Ă grande Ă©chelle.
On associe parfois lâIA Ă des chatbots ou Ă la gĂ©nĂ©ration de contenu. Pourtant, en cybersĂ©curitĂ©, lâIA est surtout un moteur de tri, corrĂ©lation, et orchestration. Et câest exactement ce que cherche lâadministration moderne :
- réduire la bureaucratie par des décisions plus rapides ;
- limiter les erreurs humaines ;
- harmoniser les pratiques entre structures.
Ce que le XDR âenseigneâ aux services publics
Réponse directe : un bon systÚme ne collecte pas seulement des données, il les rend actionnables.
TransposĂ© Ă lâadministration :
- Collecter = formulaires, transactions, journaux dâaccĂšs, paiements, piĂšces jointes.
- Comprendre = détection de fraude, incohérences, identités suspectes, doublons.
- Agir = blocage ciblé, demande de vérification, escalade, traçabilité.
ConcrĂštement, lâadministration algĂ©rienne peut sâinspirer de cette logique en adoptant :
- Une supervision unifiée (tableaux de bord transverses, pas par direction).
- Des playbooks (procédures standardisées) pour les incidents et anomalies.
- Une automatisation contrÎlée (actions automatiques avec validation selon criticité).
âLâutilisateur est le premier pareâfeuâ : vrai aussi au guichet numĂ©rique
RĂ©ponse directe : la formation rĂ©duit fortement les incidents, parce que lâhumain reste la porte dâentrĂ©e la plus ciblĂ©e (phishing, ingĂ©nierie sociale).
Pascal Naudin avance un chiffre marquant : un programme de sensibilisation structurĂ© peut rĂ©duire la propagation des attaques jusquâĂ 80 %. Quâon retienne 80 % ou moins, lâidĂ©e est robuste : la culture sĂ©curitĂ© fait Ă©conomiser plus que nâimporte quel outil isolĂ©.
Dans le contexte algérien, cela concerne :
- les agents publics (messagerie, accĂšs aux portails internes, manipulation de documents) ;
- les prestataires (maintenance, développement, infogérance) ;
- et aussi les citoyens, via des campagnes simples (reconnaĂźtre les faux SMS, faux eâmails, faux portails).
Miniâplan de sensibilisation (prĂȘt Ă dĂ©ployer en 30 jours)
RĂ©ponse directe : mieux vaut une sensibilisation courte, rĂ©guliĂšre et mesurĂ©e quâune grande formation annuelle.
- Semaine 1 : diagnostic (quiz de 10 questions + inventaire des incidents récents).
- Semaine 2 : module phishing (30 minutes) + affiches internes ârĂ©flexesâ.
- Semaine 3 : simulation de phishing (sans âhumilierâ, avec feedback).
- Semaine 4 : procédure unique de signalement (un canal, un bouton, un délai).
Indicateurs simples : taux de clic, taux de signalement, temps moyen de traitement.
Pour les PME algériennes : cybersécurité, marketing et croissance sont liés
RĂ©ponse directe : une PME qui utilise lâIA pour vendre (contenu, pub, CRM) doit sĂ©curiser ses donnĂ©es, sinon elle finance sa propre vulnĂ©rabilitĂ©.
Dans cette sĂ©rie, on parle dâIA pour :
- créer du contenu marketing ;
- automatiser la communication ;
- améliorer la visibilité en ligne.
Mais plus vous digitalisez (site, eâcommerce, facturation, WhatsApp Business, cloud), plus vous accumulez :
- des accĂšs (comptes admin, API) ;
- des données (clients, transactions) ;
- des dépendances (prestataires, outils SaaS).
La cybersĂ©curitĂ© âXDRâlikeâ pour une PME, ce nâest pas forcĂ©ment acheter la plateforme la plus complexe. Câest adopter la mentalitĂ© : visibilitĂ© + coordination + rĂ©ponse rapide.
Checklist pragmatique pour commencer :
- Activer la double authentification partout (messagerie, cloud, réseaux sociaux).
- Centraliser les accĂšs (qui a quoi ? qui part ? qui arrive ?).
- Mettre Ă jour et sauvegarder avec une vraie routine.
- Mesurer la sensibilisation (au moins 1 exercice/trimestre).
Moderniser lâadministration en AlgĂ©rie : la cybersĂ©curitĂ© comme moteur, pas comme frein
La tentation est forte de traiter la cybersĂ©curitĂ© comme un âcontrĂŽleâ qui ralentit les projets. Je pense lâinverse : la cybersĂ©curitĂ© bien pensĂ©e accĂ©lĂšre la modernisation, parce quâelle rend les services plus fiables et rĂ©duit les arrĂȘts, les crises et les retours en arriĂšre.
LâidĂ©e portĂ©e par lâIA dans le XDR est simple : voir large, corrĂ©ler vite, rĂ©pondre proprement. AppliquĂ©e Ă lâeâadministration, elle soutient exactement ce que les citoyens attendent : moins dâattente, moins de dĂ©placements, plus de transparence, et une meilleure protection des donnĂ©es.
Si vous ĂȘtes une PME, un entrepreneur ou un acteur public en AlgĂ©rie, la question utile nâest pas âfautâil de lâIA ?â. Câest : quels processus rĂ©pĂ©titifs et risquĂ©s peut-on automatiser dĂšs maintenant, tout en gardant la maĂźtrise ?