Sans fibre, interconnexion et cybersĂ©curitĂ©, lâIA dans lâadministration algĂ©rienne reste une vitrine. Voici la feuille de route pragmatique pour construire des services fiables.

IA dans lâadministration algĂ©rienne : tout part du rĂ©seau
Le 18/12/2025, Ă la fin dâun atelier sous-rĂ©gional tenu Ă NâDjamena (15â18/12/2025), un message a circulĂ© dans les couloirs comme une Ă©vidence qui dĂ©range : sans infrastructures numĂ©riques solides, la souverainetĂ© numĂ©rique reste un mot joli sur une affiche. Le Dr Boukar Michel lâa dit clairement dans son intervention : pas de connectivitĂ© fiable, pas dâinterconnexion, pas de confiance. Et surtout, pas de transformation numĂ©rique crĂ©dible.
En AlgĂ©rie, le dĂ©bat sur lâIA dans lâadministration publique prend de la vitesseâet câest une bonne nouvelle. Mais je vais ĂȘtre direct : une IA administrative sur des fondations fragiles devient une usine Ă frustrations. Chatbots qui tombent, dossiers qui se perdent, dĂ©lais qui explosent, donnĂ©es mal sĂ©curisĂ©es⊠LâIA nâefface pas les faiblesses structurelles, elle les rend visibles Ă grande Ă©chelle.
Ce billet sâinscrit dans notre sĂ©rie « Comment lâIA transforme le commerce et le e-commerce en AlgĂ©rie ». Pourquoi parler dâadministration ? Parce que le commerce numĂ©rique dĂ©pend dâun Ătat numĂ©rique : immatriculation, fiscalitĂ©, douanes, paiements, identitĂ©, litiges⊠Si ces rouages ne tiennent pas, le e-commerce non plus.
Infrastructures numĂ©riques : le vrai prĂ©requis de lâIA publique
RĂ©ponse directe : lâIA a besoin de rĂ©seaux, de donnĂ©es, et de sĂ©curitĂ©âen continu. Sans fibre, sans redondance, sans cloud maĂźtrisĂ©, sans API interopĂ©rables, lâIA reste au stade de dĂ©monstration.
LâIA dans lâadministration (tri automatique de dossiers, dĂ©tection de fraude, assistants virtuels, OCR des documents, prĂ©-remplissage des formulaires) consomme trois ressources vitales :
- ConnectivitĂ© stable (latence, bande passante, disponibilitĂ©) pour servir des millions de requĂȘtes.
- Données de qualité (structures cohérentes, référentiels uniques, historisation) pour éviter les décisions biaisées.
- CybersĂ©curitĂ© (contrĂŽles dâaccĂšs, chiffrement, traçabilitĂ©) car plus on automatise, plus on devient une cible.
Quand le Dr Boukar Michel insiste sur la connectivitĂ© comme condition de stabilitĂ© et de souverainetĂ©, il pointe un mĂ©canisme simple : lâĂtat digital nâexiste pas Ă moitiĂ©. Une plateforme « en ligne » qui marche un jour sur deux ne modernise rienâelle dĂ©place juste la file dâattente du guichet vers le tĂ©lĂ©phone.
Lâerreur la plus courante : commencer par lâoutil IA
Beaucoup dâorganisations commencent par acheter un outil (chatbot, moteur de scoring, assistant interne), puis cherchent ensuite oĂč brancher les donnĂ©es. Dans une administration, ça donne :
- une IA qui nâa accĂšs quâĂ une partie des informations,
- des agents qui doivent corriger manuellement,
- des citoyens qui ne comprennent pas pourquoi âle systĂšmeâ se contredit.
Lâordre logique, câest lâinverse : infrastructure â donnĂ©es â processus â IA.
Cartographier la fibre : une dĂ©marche âanti-doublonsâ⊠et pro-IA
RĂ©ponse directe : cartographier les rĂ©seaux, câest crĂ©er une vision commune pour investir au bon endroit. Dans lâatelier Ă©voquĂ© par lâarticle source, la cartographie des infrastructures de fibre optique est prĂ©sentĂ©e comme un outil de planification, de rationalisation et de souverainetĂ©.
ConcrÚtement, une cartographie utile répond à des questions trÚs opérationnelles :
- OĂč sont les zones mal desservies (administrations locales, wilayas Ă©loignĂ©es, hubs Ă©conomiques) ?
- OĂč les infrastructures se superposent inutilement ?
- Quels tronçons sont critiques (points de rupture, uniques routes de transport, dépendances internationales) ?
- Quelle redondance existe en cas de coupure (deuxiĂšme route, boucle, bascule automatique) ?
« Cartographier, câest planifier intelligemment, Ă©viter les doublons coĂ»teux, sĂ©curiser nos infrastructures critiques et attirer des financements crĂ©dibles. »
Si on ramĂšne cela Ă lâAlgĂ©rie et Ă lâIA administrative : une IA qui gĂšre des dossiers sensibles (impĂŽts, Ă©tat civil, santĂ©) ne peut pas dĂ©pendre dâun seul lien, dâune seule route rĂ©seau ou dâun seul data center. Lâobjectif nâest pas dâavoir âInternetâ, mais dâavoir un service public numĂ©rique rĂ©silient.
Un exemple parlant cÎté commerce et e-commerce
Prenons une chaĂźne simple : crĂ©ation dâentreprise en ligne â compte bancaire â solution de paiement â facturation â dĂ©claration fiscale.
Si la connectivitĂ© dâune administration locale est instable, ou si les systĂšmes ne sont pas interconnectĂ©s, le commerçant finit par :
- se dĂ©placer pour âdĂ©bloquerâ un dossier,
- multiplier les justificatifs papier,
- perdre du temps (et donc du chiffre dâaffaires).
Résultat : le e-commerce ralentit non pas faute de vendeurs, mais faute de tuyauterie institutionnelle.
SouverainetĂ© numĂ©rique : le sujet nâest pas idĂ©ologique, il est pratique
RĂ©ponse directe : la souverainetĂ© numĂ©rique, câest la capacitĂ© Ă opĂ©rer, sĂ©curiser et faire Ă©voluer ses services sans dĂ©pendance bloquante.
Dans le discours relayĂ©, la souverainetĂ© est liĂ©e Ă lâinterconnexion rĂ©gionale et Ă la coopĂ©ration. Câest une rĂ©alitĂ© : aucun pays ne maĂźtrise seul toute la chaĂźne (cĂąbles, transit, logiciels, normes, cybersĂ©curitĂ©). Mais il y a une diffĂ©rence entre coopĂ©ration et dĂ©pendance.
Pour que lâAlgĂ©rie dĂ©ploie de lâIA dans lâadministration sans se mettre en risque, il faut viser :
- Des donnĂ©es hĂ©bergĂ©es et gouvernĂ©es clairement (oĂč, par qui, avec quels contrĂŽles).
- Des standards dâĂ©change (API, formats, rĂ©fĂ©rentiels) pour Ă©viter lâenfermement fournisseur.
- Une capacitĂ© nationale de supervision (observabilitĂ©, SOC, gestion dâincidents) car lâIA multiplie les surfaces dâattaque.
- Des environnements hybrides rĂ©alistes : certains services peuvent ĂȘtre mutualisĂ©s, dâautres doivent rester souverains.
Ma position : une souverainetĂ© numĂ©rique âproclamĂ©eâ ne vaut rien sans budget de maintenance, compĂ©tences et mĂ©triques de disponibilitĂ©. Le vrai indicateur, câest la continuitĂ© de service.
Services financiers numĂ©riques : sans confiance, pas dâIA utile
RĂ©ponse directe : les paiements numĂ©riques et lâIA administrative partagent le mĂȘme carburantâla confiance.
Lâatelier met aussi lâaccent sur les services financiers numĂ©riques (paiements, transferts, inclusion). Le lien avec lâadministration est immĂ©diat : si lâĂtat veut automatiser des aides, des remboursements, des paiements de taxes, des amendes ou des droits, il doit garantir :
- une authentification robuste,
- des transactions traçables,
- des systĂšmes disponibles,
- une protection contre la fraude.
LâIA peut aider, par exemple, Ă :
- détecter des schémas de fraude (multi-comptes, anomalies, collusion),
- prioriser des contrĂŽles (scoring de risque),
- réduire les erreurs (réconciliation automatique, catégorisation).
Mais lâIA ne compensera jamais une faiblesse fondamentale : si le rĂ©seau est instable ou si la cybersĂ©curitĂ© est faible, les utilisateurs reviennent au cash et au papier. Et Ă ce moment-lĂ , toute ambition âcashless/paperlessâ sâeffondre.
Ce que lâadministration peut emprunter au e-commerce
Les acteurs du e-commerce algĂ©rien lâont appris Ă leurs dĂ©pens : la conversion se joue sur quelques secondes. Lâadministration, câest pareil.
- Un formulaire trop long = abandon.
- Une plateforme en panne = retour au guichet.
- Un paiement qui échoue = perte de confiance.
Lâinfrastructure nâest pas un sujet technique, câest un sujet dâexpĂ©rience utilisateur citoyenne.
Feuille de route pragmatique pour une IA administrative âqui tientâ
RĂ©ponse directe : il faut traiter lâinfrastructure comme un produit critique, avec objectifs chiffrĂ©s, gouvernance et cycles dâamĂ©lioration.
Voici une approche concrĂšte, applicable Ă lâAlgĂ©rie (et compatible avec une logique de modernisation progressive) :
1) Fixer des objectifs non négociables (SLA publics)
- Disponibilité cible des services clés : 99,5 % minimum pour démarrer, puis montée progressive.
- Temps de réponse cible : par exemple < 2 secondes sur les parcours critiques.
- Taux dâĂ©chec de transaction (paiement, dĂ©pĂŽt de dossier) suivi chaque semaine.
2) Cartographier et prioriser les âroutes critiquesâ
- Liaison des ministĂšres + administrations locales (wilayas/daĂŻras/communes).
- Points dâĂ©change, backbones, redondance.
- Sites sensibles : état civil, fiscalité, douanes, santé.
3) Construire une gouvernance de la donnĂ©e (avant lâIA)
- Référentiels : identité, entreprise, adresse, statut fiscal.
- Qualité : déduplication, historisation, gestion des erreurs.
- AccĂšs : qui voit quoi, journalisation, contrĂŽle.
4) DĂ©ployer lâIA sur des cas dâusage ârentablesâ et mesurables
Trois cas qui donnent souvent de bons résultats :
- OCR + extraction des piÚces (réduction du temps de traitement).
- Triage automatique des demandes (orientation et priorisation).
- DĂ©tection dâanomalies (fraude, incohĂ©rences, doublons).
5) SĂ©curiser dĂšs le dĂ©part (sinon tout sâarrĂȘte)
Zero Trustpour les accÚs internes.- Chiffrement des données sensibles.
- Supervision SOC, exercices de crise, plans de continuité.
Ce que cette discussion change pour lâAlgĂ©rie en 2026
En cette fin dâannĂ©e 2025, beaucoup dâorganisations prĂ©parent leurs plans 2026. Mon conseil : si votre programme âIAâ ne contient pas une ligne claire sur la fibre, lâinterconnexion, la disponibilitĂ©, et la cybersĂ©curitĂ©, ce nâest pas un programme IAâcâest une vitrine.
Et pour rester cohĂ©rent avec notre sĂ©rie sur le commerce et le e-commerce en AlgĂ©rie : lâIA qui fluidifie le e-commerce (service client, recommandations, contenus) a besoin dâun Ătat qui fluidifie le cadre (paiement, fiscalitĂ©, identitĂ©, litiges). Les deux avancent ensemble.
La question utile pour ouvrir 2026 nâest pas âquelle IA acheter ?â. Câest : quels services administratifs voulons-nous rendre fiables Ă 99,5 %âet quelles infrastructures faut-il pour y arriver ?