Les prompts IA peuvent fuiter via des extensions de navigateur. Guide concret pour les PME algĂ©riennes : rĂ©duire le risque sans freiner lâinnovation.

IA générative : sécuriser vos prompts en entreprise
En 2025, beaucoup de PME adoptent lâIA gĂ©nĂ©rative pour gagner du temps : rĂ©diger un email, rĂ©sumer un rapport, prĂ©parer une offre, analyser un incident, traduire un contrat. Le problĂšme, câest que les donnĂ©es les plus sensibles ne sortent pas toujours par âlâIAâ elle-mĂȘme⊠mais par ce qui lâentoure.
Dans le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rie, je vois souvent le mĂȘme scĂ©nario : un ingĂ©nieur demande Ă un chatbot de reformuler une note technique, un acheteur compare des fournisseurs, un responsable HSE cherche un modĂšle de procĂ©dure. Ces Ă©changes paraissent âinoffensifsâ. Pourtant, un prompt peut rĂ©vĂ©ler une stratĂ©gie, un incident en cours, un contrat en nĂ©gociation, ou une contrainte opĂ©rationnelle.
La nouveautĂ© inquiĂ©tante, mise en lumiĂšre par les travaux rĂ©cents sur la âdata brokerageâ, tient Ă ceci : les conversations avec une IA sont une donnĂ©e dĂ©clarative, beaucoup plus riche que lâhistorique de navigation. Et cette richesse attire des acteurs dont le mĂ©tier est de collecter, agrĂ©ger et revendre des signaux â parfois Ă la limite du cadre, parfois clairement au-delĂ .
Pourquoi vos prompts valent plus que votre historique de navigation
Réponse directe : un prompt exprime une intention explicite, pas seulement un comportement.
Pendant des annĂ©es, la collecte de donnĂ©es sâest appuyĂ©e sur le clickstream (pages vues, clics, temps passĂ©, paniers). On dĂ©duisait : âil sâintĂ©resse Ă Xâ, âil hĂ©site sur Yâ. Avec lâIA gĂ©nĂ©rative, lâutilisateur Ă©crit noir sur blanc :
- âJe dois rĂ©pondre Ă un appel dâoffres pour une station de compression, propose une structure.â
- âRĂ©sume cet incident de fuite et prĂ©pare un compte rendu pour la direction.â
- âCompare ces deux clauses de pĂ©nalitĂ© et propose une contre-proposition.â
Ce niveau de prĂ©cision change tout. Un prompt capture le contexte, le projet, les contraintes, parfois lâurgence. Pour un data broker, câest un matĂ©riau idĂ©al : il est rĂ©cent, structurable, et trĂšs corrĂ©lable avec dâautres signaux.
Une donnĂ©e âfraĂźcheâ, difficile Ă reconstituer
Réponse directe : un cookie peut disparaßtre, mais une conversation peut révéler la décision en cours.
Les identifiants publicitaires se rĂ©initialisent, lâhistorique se supprime, les cookies sâeffacent. Une conversation, elle, contient souvent :
- une intention dâachat (avant mĂȘme le devis),
- une décision opérationnelle (avant la validation interne),
- une difficultĂ© RH ou juridique (avant lâescalade),
- un arbitrage budgétaire (avant le comité).
Et dans une PME, ces Ă©lĂ©ments sont parfois concentrĂ©s dans quelques personnes. La fuite dâun petit volume de conversations peut suffire Ă exposer un avantage concurrentiel.
Le vrai point faible : le navigateur (et surtout ses extensions)
Réponse directe : la plupart des usages IA passent par le navigateur, ce qui en fait une surface de collecte trÚs rentable.
Chatbots grand public et professionnels sont souvent utilisĂ©s via Chrome, Edge ou Firefox, en parallĂšle dâoutils mĂ©tiers (ERP, messagerie, SaaS). RĂ©sultat : le navigateur devient un carrefour.
Le risque le plus sous-estimĂ© nâest pas âle modĂšle dâIA qui espionneâ. Câest lâĂ©cosystĂšme autour, notamment les extensions.
Extensions : un accĂšs âlogiqueâ⊠mais dangereux
RĂ©ponse directe : une extension peut lire le contenu dâune page, donc vos conversations IA, avant toute protection cĂŽtĂ© plateforme.
Beaucoup dâextensions demandent des droits larges : lecture/Ă©criture sur les sites visitĂ©s, accĂšs au contenu des pages, injection de scripts. Certaines sont utiles (bloqueurs de pubs, gestionnaires de mots de passe, outils de capture), dâautres sont âgratuitesâ avec un modĂšle Ă©conomique flou (VPN gratuit, coupons, utilitaires).
Le point dur à accepter : si une extension a la permission de lire ce que vous tapez et voyez, elle peut techniquement capter un prompt et la réponse.
Quand un outil est gratuit et quâil demande des permissions trĂšs larges, le âprixâ est souvent la donnĂ©e.
Du petit plugin au pipeline industriel
RĂ©ponse directe : la collecte peut ĂȘtre industrialisĂ©e via des SDK partagĂ©s et des backends communs.
Des analyses en cybersĂ©curitĂ© ont dĂ©jĂ montrĂ© que plusieurs extensions, parfois sous des marques diffĂ©rentes, peuvent alimenter un mĂȘme backend. Lâobjectif nâest pas forcĂ©ment dâespionner âvousâ personnellement, mais de produire des produits de donnĂ©es : tendances, intentions de marchĂ©, signaux faibles.
Pour une PME algĂ©rienne (et encore plus dans lâĂ©nergie/hydrocarbures), câest un problĂšme concret :
- un prompt sur un besoin de piÚces critiques peut révéler une vulnérabilité de maintenance,
- une conversation sur des marges ou des conditions peut donner un avantage Ă un concurrent,
- un échange sur un incident HSE peut exposer un risque réputationnel avant communication officielle.
Data brokerage : pourquoi câest une zone grise qui dure
Réponse directe : la collecte via extensions se cache souvent derriÚre un consentement dilué et des conditions illisibles.
Le cadre rĂ©glementaire (dans de nombreux pays) sâest beaucoup focalisĂ© sur cookies, identifiants, tracking publicitaire. Les conversations IA, elles, arrivent comme une nouvelle catĂ©gorie de donnĂ©e, et les mĂ©canismes de collecte peuvent se situer âen amontâ : sur le poste utilisateur.
Trois raisons expliquent pourquoi cette zone grise persiste :
- Consentement implicite : lâutilisateur clique âAccepterâ sans mesurer que lâextension peut lire le contenu des pages.
- Ăvolution silencieuse : une mise Ă jour peut ajouter de nouvelles fonctions sans alerte comprĂ©hensible.
- ContrĂŽle difficile des stores : une extension peut ĂȘtre validĂ©e puis changer de comportement aprĂšs.
Dans la pratique, ce nâest pas un scĂ©nario de film. Câest souvent banal : une extension âutileâ, des permissions trop larges, et des prompts saisis comme on parlerait Ă un collĂšgue.
Cas dâusage en Ă©nergie/hydrocarbures : oĂč la fuite fait vraiment mal
RĂ©ponse directe : les prompts âopĂ©rationnelsâ et âcontractuelsâ sont les plus risquĂ©s.
Dans notre sĂ©rie sur lâIA au service du secteur Ă©nergĂ©tique en AlgĂ©rie, on parle beaucoup dâoptimisation, dâautomatisation, dâanalyse prĂ©dictive. Mais la rĂ©alitĂ© de terrain, câest aussi : appels dâoffres, conformitĂ©, HSE, maintenance, relations partenaires.
Voici les prompts typiques qui exposent le plus de valeur :
1) Appels dâoffres et nĂ©gociations
- Structuration dâune offre technique
- Argumentaire de pricing
- Analyse des clauses (pénalités, SLA, garanties)
Risque : divulgation de la stratégie commerciale, du positionnement prix, ou des concessions possibles.
2) HSE, incidents et conformité
- ModĂšles de rapports dâincident
- Plans dâactions correctives
- PrĂ©paration dâaudits
Risque : fuite dâinformations sensibles avant communication interne/externe, exposition juridique.
3) Maintenance et continuitĂ© dâactivitĂ©
- Diagnostic dâune panne rĂ©currente
- Liste de piĂšces critiques
- Planification dâarrĂȘts
Risque : signalement indirect dâun point de fragilitĂ© (pannes, stocks, capacitĂ©s), trĂšs exploitable.
4) RH et organisation
- Gestion dâun conflit
- Recrutement sur compétences rares
- RĂ©organisation dâĂ©quipes
Risque : données personnelles, climat social, décisions en préparation.
Plan dâaction concret pour les PME algĂ©riennes (sans bloquer lâinnovation)
Réponse directe : réduisez la collecte à la source (extensions), cloisonnez les usages IA, et formez les équipes.
Lâobjectif nâest pas dâinterdire lâIA gĂ©nĂ©rative. Dans une PME, câest souvent contre-productif. Le bon compromis, câest un usage encadrĂ©, simple, appliquĂ©.
1) Politique âextensions : zĂ©ro surpriseâ
DĂ©cidez une rĂšgle claire : pas dâextensions hors liste approuvĂ©e sur les postes de travail.
Checklist minimale :
- Inventaire mensuel des extensions installées
- Suppression de tout âVPN gratuitâ, âcouponâ, âoutil miracleâ
- Permissions limitĂ©es (Ă©viter âLire et modifier toutes les donnĂ©es sur tous les sitesâ)
- Gestion centralisĂ©e (GPO/MDM) quand câest possible
2) Cloisonner lâIA pour les usages sensibles
Si vos équipes utilisent des chatbots, imposez un cloisonnement simple :
- Un navigateur/profil dédié au travail (sans extensions)
- Sessions séparées pour usage personnel et pro
- Interdiction dâentrer : secrets industriels, donnĂ©es clients identifiables, documents contractuels complets
Quand lâactivitĂ© est critique (Ă©nergie/hydrocarbures), jâencourage une approche âIA entrepriseâ : environnement contrĂŽlĂ©, journalisation, paramĂštres de rĂ©tention, comptes gĂ©rĂ©s.
3) RÚgles de rédaction de prompts (faciles à appliquer)
Donnez aux Ă©quipes un guide dâune page. Exemple de rĂšgles :
- Remplacer les noms propres par des variables :
Client_A,Fournisseur_B. - Ne jamais coller un contrat complet : extraire la clause et anonymiser.
- Ne pas inclure de numéros : facture, CIN, passeport, compte bancaire.
- Pour les incidents : décrire le problÚme sans localisation exacte ni noms.
La qualité du résultat reste bonne, et la fuite potentielle perd énormément de valeur.
4) Formation courte, répétée, orientée cas réels
RĂ©ponse directe : 45 minutes de formation bien ciblĂ©e valent mieux quâun PDF de 30 pages.
Faites une session trimestrielle basĂ©e sur vos usages : appels dâoffres, HSE, maintenance. Montrez des exemples de âbonsâ et âmauvaisâ prompts. Et surtout : expliquez pourquoi le navigateur et les extensions sont un point faible.
5) Indicateurs simples Ă suivre (PME-friendly)
- % de postes avec navigateur géré et extensions contrÎlées
- Nombre dâextensions non approuvĂ©es dĂ©tectĂ©es/mois
- Nombre dâincidents âpartage de donnĂ©es sensibles dans un promptâ
- Taux dâadoption dâun profil IA dĂ©diĂ©
Le but est la réduction progressive du risque, pas la perfection.
Ce que je recommande si vous travaillez avec des partenaires internationaux
Réponse directe : standardisez vos pratiques IA comme vous standardisez vos pratiques HSE.
Dans lâĂ©nergie, les partenaires (clients, sous-traitants, majors, EPC) demandent de plus en plus des garanties : confidentialitĂ©, conformitĂ©, maturitĂ© cyber. Une PME qui sait dire :
- âNos usages IA sont cloisonnĂ©sâ,
- âNos extensions sont contrĂŽlĂ©esâ,
- âNos prompts sont anonymisĂ©sâ,
- âNos Ă©quipes sont formĂ©esâ,
⊠renvoie un signal de sérieux immédiat. Et ça aide dans les due diligence.
Un dernier mot pour 2026 : lâIA en PME, oui â mais avec des garde-fous
Lâangle mort actuel de la cybersĂ©curitĂ©, câest la donnĂ©e conversationnelle : vos prompts, vos arbitrages, vos intentions. Pour une PME algĂ©rienne qui veut grandir dans lâĂ©nergie et les hydrocarbures, câest un actif stratĂ©gique. Il mĂ©rite une protection au mĂȘme niveau que les emails, les contrats ou les accĂšs VPN.
Si vous deviez choisir une seule action dĂšs cette semaine : faites lâinventaire des extensions de navigateur sur les postes qui utilisent lâIA gĂ©nĂ©rative. Câest rapide, peu coĂ»teux, et ça Ă©limine une grande part du risque.
La question qui va compter en 2026 nâest pas âEst-ce quâon utilise lâIA ?â. Câest : est-ce quâon lâutilise sans exposer nos donnĂ©es et nos clients ?