LâIA aide Ă suivre, optimiser et prouver lâimpact des plantations dâarbres. Exemple : comment industrialiser un reboisement chez SONATRACH.

IA et reboisement : piloter lâimpact chez SONATRACH
Le 25/10/2025, des Ă©quipes de SONATRACH et de ses filiales ont plantĂ© des arbres dans le cadre de la campagne nationale «âŻun million dâarbresâŻÂ», notamment Ă MaĂąlma (site de MegtaĂ Kheira) dans la wilaya dâAlger. Lâimage est forteâŻ: des collaborateurs sur le terrain, des pelles, des plants, un geste concret.
Mais une vĂ©ritĂ© dĂ©rangeante revient toujours dans ce type dâinitiativeâŻ: planter est la partie la plus facile. La partie difficile, câest tout ce qui suit. Survie des plants, disponibilitĂ© de lâeau, protection contre le pĂąturage, suivi des parcelles, preuve dâimpact, conformitĂ© HSE, reporting ESG⊠Sans mĂ©thode, une campagne de reboisement peut vite devenir un âmoment photoâ plutĂŽt quâun actif environnemental durable.
Câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que sâinscrit le fil rouge de notre sĂ©rie «âŻComment lâIA soutient le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rieâŻÂ» : lâintelligence artificielle nâest pas une vitrine, câest un outil de pilotage. UtilisĂ©e correctement, elle aide Ă mesurer, optimiser, sĂ©curiser et documenter lâimpact environnemental, y compris pour des opĂ©rations ânon-coreâ comme le reboisement.
La plantation dâarbres : un projet industriel (pas un Ă©vĂ©nement)
Un reboisement rĂ©ussi se gĂšre comme un projet multi-sites avec des KPI. Dans un groupe Ă©nergĂ©tique, lâĂ©chelle change toutâŻ: diversitĂ© des zones (littoral, hauts plateaux, Sahara), contraintes hydriques, logistique, fournisseurs, sous-traitants, exigences de traçabilitĂ©.
Pour transformer une campagne en rĂ©sultats tangibles, il faut un minimum de discipline opĂ©rationnelleâŻ:
- Cartographier précisément les parcelles (coordonnées, surface, accÚs)
- Choisir les essences adaptées (sol, climat, stress hydrique)
- Planifier lâarrosage et la protection (clĂŽtures, paillage, gardiennage)
- Suivre la survie (3 mois, 6 mois, 12 mois) et replanter si nécessaire
- Tracer les intrants (plants, eau, compost) et les interventions
Dans le contexte algĂ©rien, la contrainte la plus structurante est souvent lâeau. Le reboisement ne peut pas ĂȘtre pensĂ© âhors-solââŻ: si lâirrigation est mal dimensionnĂ©e, le taux de reprise chute et lâeffort humain devient frustrant.
Pourquoi lâIA devient utile dĂšs la premiĂšre semaine
LâIA aide Ă dĂ©cider oĂč agir en prioritĂ© et comment rĂ©duire les pertes. ConcrĂštement, elle permet dâintĂ©grer des donnĂ©es hĂ©tĂ©rogĂšnes (mĂ©tĂ©o, sol, relief, disponibilitĂ© dâeau, historique de feux, pression pastorale) pour proposer des scĂ©narios opĂ©rationnels.
Dans une campagne nationale, cette approche Ă©vite le pilotage âĂ lâinstinctâ et introduit une logique de rendement Ă©cologiqueâŻ: Ă budget constant, maximiser la survie et la croissance.
Trois usages IA concrets pour sĂ©curiser lâimpact du reboisement
LâIA crĂ©e de la valeur quand elle relie le terrain au tableau de bord. Voici trois usages rĂ©alistes, particuliĂšrement pertinents pour un acteur comme SONATRACH.
1) Ciblage des zones Ă haut taux de survie (modĂšles de âsite suitabilityâ)
Le bon arbre au bon endroit : câest un principe simple, mais difficile Ă appliquer Ă grande Ă©chelle.
Des modĂšles prĂ©dictifs peuvent estimer un score dâaptitude par parcelle en combinantâŻ:
- Pluviométrie et températures (historique + prévisions saisonniÚres)
- Texture et salinité du sol
- Exposition, pente, risque dâĂ©rosion
- ProximitĂ© dâun point dâeau / faisabilitĂ© logistique
- Risque dâincendie ou de dĂ©gradation
RĂ©sultatâŻ: on peut prioriser les sites oĂč 100âŻ000 plants donneront rĂ©ellement une forĂȘt, plutĂŽt que des sites oĂč 100âŻ000 plants donneront⊠15âŻ000 survivants.
2) Suivi automatisé de la santé des plantations (satellite, drone, mobile)
Si on ne mesure pas, on ne pilote pas. Or visiter toutes les parcelles chaque semaine est impossible.
Une approche moderne combineâŻ:
- Imagerie satellite (suivi régulier à grande échelle)
- Drones (contrÎle ciblé sur zones critiques)
- Photos géolocalisées via application terrain (agents, bénévoles, sous-traitants)
LâIA intervient pour dĂ©tecter des signaux faiblesâŻ:
- Stress hydrique (baisse de vigueur)
- Déficit de couverture végétale
- Zones de mortalité anormale
- Dégradation de clÎtures, traces de passage
Ce suivi peut alimenter des alertes simplesâŻ: «âŻParcelle AâŻ: risque Ă©levĂ© de perte dans 10 jours sans arrosageâŻÂ».
3) Optimisation de lâeau et des tournĂ©es (prĂ©vision + planification)
Dans une plantation, lâeau est une ressource stratĂ©gique. LâIA aide Ă la planifier finement.
Deux briques se complĂštentâŻ:
- Prévision du besoin hydrique (selon météo, type de sol, ùge des plants)
- Optimisation des tournées (camions-citernes, équipes, temps de trajet)
Ă lâĂ©chelle dâun groupe Ă©nergĂ©tique, ce sujet devient rapidement un problĂšme dâoptimisationâŻ: minimiser les kilomĂštres, sĂ©curiser lâarrosage des parcelles les plus fragiles, respecter les fenĂȘtres dâintervention, rĂ©duire le gaspillage.
Et câest exactement le type de problĂšme oĂč lâIA (et plus largement lâoptimisation mathĂ©matique) est trĂšs forte.
Mettre le reboisement au niveau ESG : traçabilité, audit et conformité
La crĂ©dibilitĂ© dâune action environnementale se joue dans la preuve. Pour une entreprise du secteur des hydrocarbures, la pression est doubleâŻ: attentes sociĂ©tales et exigences de conformitĂ©.
LâIA ne remplace pas lâaudit, mais elle peut rendre lâaudit plus solide en automatisant la collecte et la cohĂ©rence des donnĂ©esâŻ:
- Registre unique des plantations (parcelles, essences, dates)
- Journal des interventions (arrosage, remplacement, protection)
- Justificatifs terrain (photos horodatées et géolocalisées)
- Consolidation multi-sites et multi-filiales
Une campagne de reboisement devient âpilotableâ quand chaque arbre plantĂ© est rattachĂ© Ă un site, une date, une Ă©quipe, et un statut de survie.
Cette logique est aussi un pont naturel vers les pratiques HSE dĂ©jĂ familiĂšres au secteur Ă©nergĂ©tique (plans dâaction, indicateurs, traçabilitĂ©, retour dâexpĂ©rience).
Du terrain Ă la stratĂ©gie : lâIA comme âchef dâorchestreâ de la durabilitĂ©
Le reboisement nâest pas isolĂ©âŻ: il sâinsĂšre dans une stratĂ©gie climat plus large. Dans lâĂ©nergie, la durabilitĂ© crĂ©dible passe par des portefeuilles dâactionsâŻ: rĂ©duction de torchage, efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique, maintenance prĂ©dictive, optimisation des utilitĂ©s, gestion des fuites, projets de compensation et de restauration.
Ce que jâobserve souvent, câest que les entreprises possĂšdent dĂ©jĂ des donnĂ©es⊠mais pas de systĂšme simple pour relier ces donnĂ©es Ă des dĂ©cisions. LâIA apporte ce lien si on la met au bon endroitâŻ:
- Au niveau opérationnel : prioriser, planifier, alerter
- Au niveau managérial : arbitrer budgets et ressources
- Au niveau reporting : consolider et dĂ©montrer lâimpact
Une feuille de route pragmatique (90 jours) pour une entreprise du secteur
Oui, on peut dĂ©marrer petit et obtenir des rĂ©sultats rapides. Un plan rĂ©aliste en 3 Ă©tapesâŻ:
-
Standardiser la donnĂ©e terrain (2â3 semaines)
- Une fiche parcelle unique
- Une application mobile simple (photo + statut + commentaires)
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Mettre en place un tableau de bord âsurvie & interventionsâ (4â6 semaines)
- Taux de reprise par site
- Alertes sur parcelles Ă risque
- Suivi des remplacements
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Ajouter une couche IA sur un pĂ©rimĂštre pilote (6â10 semaines)
- ModÚle de risque de mortalité
- Recommandations dâarrosage et de tournĂ©e
Lâobjectif nâest pas de âfaire de lâIAâ, mais de rĂ©duire les pertes de plants et stabiliser lâimpact.
Questions que les décideurs posent (et les réponses utiles)
«âŻEst-ce que lâIA est vraiment nĂ©cessaire pour planter des arbresâŻ?âŻÂ»
Non, pour planter non. Pour faire survivre et prouver lâimpact, oui. Ă grande Ă©chelle, lâIA aide surtout Ă prioriser et Ă dĂ©tecter tĂŽt les dĂ©rives.
«âŻQuels indicateurs suivre pour Ă©viter les effets dâannonceâŻ?âŻÂ»
Le KPI central est le taux de survie Ă 12 mois, suivi parâŻ:
- taux de survie Ă 3 et 6 mois
- nombre dâinterventions par parcelle
- volume dâeau consommĂ© par plant survivant
- coût par plant survivant (pas par plant planté)
«âŻQuâest-ce qui bloque le plus souventâŻ?âŻÂ»
La donnée terrain mal structurée. Une photo sans GPS, une parcelle sans coordonnées, un arrosage non enregistré⊠et le pilotage devient impossible.
Ce que lâinitiative de SONATRACH dit du moment algĂ©rien
La participation de SONATRACH Ă la campagne nationale de plantation dâun million dâarbres (25/10/2025) montre une volontĂ© claireâŻ: ancrer lâengagement environnemental dans lâaction. Et câest important.
Pour aller plus loin, le secteur de lâĂ©nergie en AlgĂ©rie a une opportunitĂ© concrĂšteâŻ: faire passer ces actions du registre symbolique au registre mesurable, en sâappuyant sur des approches data et IA dĂ©jĂ utilisĂ©es dans lâoptimisation industrielle.
La prochaine Ă©tape, Ă mon sens, nâest pas dâannoncer davantage de plantations. Câest de pouvoir dire, un an aprĂšsâŻ: voici le taux de survie, voici les parcelles, voici les interventions, voici lâimpact, voici ce quâon a corrigĂ©.
Si vous voulez intĂ©grer lâIA dans la gestion dâinitiatives environnementales (reboisement, suivi HSE, conformitĂ©, reporting ESG) avec une approche pragmatique, lâenjeu est simpleâŻ: mettre la donnĂ©e au service du terrain â pas lâinverse. Alors, quelle serait votre premiĂšre source de donnĂ©es fiable pour dĂ©marrerâŻ?