Lâaccord SONATRACHâSINOPEC Ă Arzew ouvre la voie Ă une raffinerie plus performante. Voici oĂč lâIA peut amĂ©liorer maintenance, Ă©nergie, qualitĂ© et pilotage EPCC.

IA & raffinage : lâaccord SONATRACHâSINOPEC Ă Arzew
Le 17/11/2025, SONATRACH a signĂ© Ă Alger un contrat EPCC avec SINOPEC Guangzhou Engineering pour construire Ă la raffinerie dâArzew une unitĂ© de dĂ©sulfuration (hydrotraitement) et de reformage CCR destinĂ©e au traitement du naphta lourd. Sur le papier, câest un projet industriel classique : 5 hectares, 30 mois de dĂ©lai, 738 000 tonnes/an de capacitĂ©. Mais derriĂšre ces chiffres, je vois autre chose : un signal clair que lâAlgĂ©rie veut sĂ©curiser ses volumes, moderniser ses procĂ©dĂ©s et, surtout, se donner une base solide pour dĂ©ployer des solutions dâintelligence artificielle Ă grande Ă©chelle.
Cette actualitĂ© sâinscrit parfaitement dans notre sĂ©rie « Comment lâIA soutient le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rie ». Parce quâun projet de raffinage de ce type nâest pas seulement une question dâacier et de tuyauterie : câest un terrain idĂ©al pour lâoptimisation par la donnĂ©e, la fiabilitĂ© opĂ©rationnelle, la maintenance prĂ©dictive et le pilotage de projet assistĂ© par IA.
Une raffinerie moderne, câest dâabord un systĂšme de donnĂ©es : capteurs, laboratoire, maintenance, logistique, qualitĂ©, sĂ©curitĂ©. LâIA devient utile dĂšs quâon relie ces couches.
Ce que change concrĂštement le projet dâArzew
RĂ©ponse directe : lâunitĂ© dâhydrotraitement et de reformage CCR vise Ă augmenter la production dâessence et Ă renforcer lâautonomie dâapprovisionnement du pays, notamment Ă lâOuest et au Sud-Ouest.
Le communiquĂ© de SONATRACH donne un indicateur trĂšs parlant : la capacitĂ© annuelle de production dâessence de la raffinerie devrait passer de 550 000 tonnes/an Ă 1,2 million de tonnes/an. Câest plus quâun gain de rendement ; câest un renforcement stratĂ©gique.
Pourquoi lâhydrotraitement + CCR est un couple âdigital-friendlyâ
RĂ©ponse directe : ces procĂ©dĂ©s sont fortement instrumentĂ©s et sensibles aux conditions dâopĂ©ration ; lâIA y apporte des gains rapides sur stabilitĂ©, qualitĂ© et consommation Ă©nergĂ©tique.
- Hydrotraitement : réduction des impuretés (soufre, azote, etc.) pour respecter les spécifications et protéger les catalyseurs des étapes suivantes.
- Reformage CCR (Continuous Catalyst Regeneration) : amĂ©lioration de lâindice dâoctane et production dâaromatiques/hydrogĂšne, avec rĂ©gĂ©nĂ©ration continue du catalyseur.
Dans les deux cas, lâexploitation repose sur des variables nombreuses (tempĂ©rature, pression, ratio hydrogĂšne, dĂ©bits, qualitĂ© feedstock, Ă©tat catalyseur). Le type mĂȘme de contexte oĂč lâIA fait la diffĂ©rence : dĂ©tecter des dĂ©rives tĂŽt, recommander des rĂ©glages, rĂ©duire les surconsommations, Ă©viter des arrĂȘts.
Un partenariat international, et un transfert de méthodes (pas seulement de matériel)
RĂ©ponse directe : lâaccord SONATRACHâSINOPEC crĂ©e une fenĂȘtre pour importer des standards dâexĂ©cution, dâingĂ©nierie et de digitalisation qui accĂ©lĂšrent lâadoption de lâIA.
On prĂ©sente souvent les partenariats EPCC comme des achats âclĂ© en mainâ. En pratique, ils structurent aussi :
- Les mĂ©thodes dâingĂ©nierie (bases de conception, exigences dâinstrumentation, architecture de contrĂŽle)
- Les formats de donnĂ©es (tags, nomenclatures, rĂ©fĂ©rentiels dâĂ©quipements)
- Les routines de mise en service (tests, validation, documentation)
- Les habitudes de performance (KPI énergie, rendement, disponibilité)
Et câest exactement lĂ que beaucoup dâinitiatives IA Ă©chouent : non pas Ă cause des algorithmes, mais parce que la donnĂ©e nâest pas âpropreâ, pas gouvernĂ©e, pas contextualisĂ©e.
Ce que jâaimerais voir dĂšs la phase EPCC
RĂ©ponse directe : intĂ©grer dĂšs le contrat et la conception les prĂ©requis âIA-readyâ pour Ă©viter des surcoĂ»ts aprĂšs dĂ©marrage.
Voici une liste simple, mais trÚs efficace, de décisions à prendre tÎt :
- Normaliser la hiĂ©rarchie des actifs (site â unitĂ© â Ă©quipement â sous-ensemble) avec un rĂ©fĂ©rentiel unique.
- Imposer une stratĂ©gie tags capteurs cohĂ©rente (naming, unitĂ©s, frĂ©quence dâĂ©chantillonnage).
- Prévoir un historien de données process robuste et accessible (avec droits, traçabilité, rétention).
- Collecter les donnĂ©es maintenance (GMAO) et les lier aux Ă©vĂ©nements process (arrĂȘts, alarmes, interventions).
- DĂ©finir des KPI contractuels compatibles avec lâoptimisation : Ă©nergie spĂ©cifique, rendement, taux de disponibilitĂ©, qualitĂ© essence.
Ce nâest pas âde lâIAâ. Câest le socle qui rend lâIA rentable.
OĂč lâIA apporte un ROI rapide dans une unitĂ© de naphta
RĂ©ponse directe : les gains les plus rapides se trouvent dans la maintenance prĂ©dictive, lâoptimisation Ă©nergĂ©tique, la qualitĂ© produit et la rĂ©duction des Ă©vĂ©nements anormaux.
1) Maintenance prédictive : passer du calendrier au risque réel
Dans une raffinerie, les arrĂȘts non planifiĂ©s coĂ»tent cher : pertes de production, pĂ©nalitĂ©s qualitĂ©, stress HSE. LâIA (ou, plus exactement, lâanalyse avancĂ©e) peut :
- Détecter des signatures de dégradation sur pompes, compresseurs, échangeurs (vibrations, température, pression différentielle).
- Prioriser les interventions selon probabilité de panne et criticité.
- RĂ©duire les interventions inutiles, tout en sĂ©curisant lâexploitation.
Un cas trĂšs concret : lâencrassement des Ă©changeurs. Un modĂšle peut estimer la perte dâefficacitĂ© thermique, recommander le meilleur moment pour nettoyer, et Ă©viter de âsurconsommerâ du combustible au four pour compenser.
2) Optimisation Ă©nergĂ©tique : le poste oĂč les petites dĂ©rives coĂ»tent gros
Le raffinage est Ă©nergivore. Dans un hydrotraitement/reformage, lâIA peut aider Ă :
- RĂ©duire la variabilitĂ© des conditions dâopĂ©ration.
- Optimiser les consignes de fours et de recycle dâhydrogĂšne.
- Ăviter les marges âde sĂ©curitĂ©â trop conservatrices qui finissent en surconsommation.
LâidĂ©e est simple : stabiliser. Une unitĂ© stable consomme moins, produit plus rĂ©guliĂšrement et gĂ©nĂšre moins dâalarmes.
3) QualitĂ© et blending : arrĂȘter de corriger a posteriori
Entre la qualitĂ© du naphta lourd en entrĂ©e, lâĂ©tat du catalyseur, et les objectifs essence, la gestion de la qualitĂ© est un exercice dâĂ©quilibriste.
Une approche IA utile consiste à créer un jumeau de procédé (modÚle prédictif) qui anticipe la qualité en sortie (octane, soufre, pression de vapeur, etc.) et propose :
- des ajustements de consigne,
- des scénarios de blending,
- des alertes prĂ©coces quand on sâapproche dâune non-conformitĂ©.
4) DĂ©tection dâĂ©vĂ©nements anormaux : rĂ©duire les âmauvaises surprisesâ
Une raffinerie gĂ©nĂšre des milliers de points de mesure et dâalarmes. Les opĂ©rateurs voient tout⊠donc parfois trop.
Les systĂšmes de dĂ©tection dâanomalies (sans forcĂ©ment âfaire du deep learningâ) permettent de :
- repérer des combinaisons de signaux inhabituelles,
- classer les alarmes par cause probable,
- réduire le bruit et améliorer la réactivité.
Pilotage de projet : lâIA utile avant mĂȘme le premier baril
RĂ©ponse directe : sur un chantier EPCC de 30 mois, lâIA peut rĂ©duire les retards et les reprises en amĂ©liorant la planification, la qualitĂ© documentaire et la gestion des risques.
On associe souvent lâIA Ă lâexploitation, alors que le chantier est une mine dâopportunitĂ©s :
IA pour le planning et la logistique
- Prévision de retards sur lots critiques (approvisionnements, préfabrication, montage).
- Détection de conflits de ressources (soudeurs qualifiés, levage, essais).
- Optimisation des séquences de commissioning.
IA pour la qualité documentaire
Sur EPCC, la documentation est massive : P&ID, isomĂ©triques, datasheets, procĂ©dures, rapports dâessais.
Des outils dâassistance (NLP) peuvent :
- vérifier la cohérence entre documents,
- détecter des écarts de version,
- accélérer la recherche et la validation,
- réduire les erreurs qui coûtent cher en mise en service.
IA et HSE : prévenir plutÎt que réagir
Sans promesses irrĂ©alistes : lâanalyse des incidents et quasi-accidents, couplĂ©e Ă des donnĂ©es de terrain (permis de travail, zones, coactivitĂ©), amĂ©liore la prĂ©vention. Câest particuliĂšrement utile dans les pĂ©riodes de fin dâannĂ©e oĂč la pression planning monte.
Questions que se posent les décideurs (et réponses franches)
âEst-ce que lâIA remplace lâexpertise mĂ©tier ?â
RĂ©ponse directe : non. Elle amplifie lâexpertise, mais ne la remplace pas.
Dans le raffinage, lâIA fonctionne quand les ingĂ©nieurs process, maintenance et HSE cadrent les cas dâusage, valident les modĂšles et fixent les limites.
âPar quoi commencer pour que ça marche en AlgĂ©rie ?â
RĂ©ponse directe : par la gouvernance de donnĂ©es et 2 Ă 3 cas dâusage Ă ROI rapide.
Je recommande souvent ce trio :
- Historian + qualité de données (instrumentation, tags, synchronisation)
- Maintenance prédictive sur équipements critiques
- Optimisation énergie sur une unité pilote
âQuel lien avec la demande locale Ouest/Sud-Ouest ?â
RĂ©ponse directe : plus de capacitĂ© et plus de fiabilitĂ© rĂ©duisent les tensions logistiques et amĂ©liorent la continuitĂ© dâapprovisionnement.
LâIA nâaugmente pas, Ă elle seule, les tonnes produites. Mais elle augmente la disponibilitĂ©, rĂ©duit les pertes et stabilise la qualitĂ©. Et ça, au quotidien, compte autant que lâinvestissement initial.
Ce que cette signature raconte sur la trajectoire numérique de SONATRACH
RĂ©ponse directe : le contrat dâArzew illustre une logique âinfrastructure + performanceâ, qui est le meilleur terrain pour industrialiser lâIA dans lâĂ©nergie en AlgĂ©rie.
Une modernisation rĂ©ussie ne se rĂ©sume pas Ă acheter des logiciels. Elle repose sur des projets concrets oĂč la donnĂ©e devient un actif : instrumentation bien pensĂ©e, exploitation disciplinĂ©e, Ă©quipes formĂ©es, et objectifs chiffrĂ©s.
En cette fin dâannĂ©e 2025, beaucoup dâentreprises font des bilans et fixent leurs prioritĂ©s 2026. Si vous travaillez dans lâĂ©nergie, les hydrocarbures, lâingĂ©nierie ou la maintenance en AlgĂ©rie, câest le bon moment pour poser une question simple Ă votre organisation : oĂč sont nos donnĂ©es critiques, et qui en est responsable ?
Si vous voulez transformer des projets industriels (comme Arzew) en rĂ©sultats mesurables via lâIA â disponibilitĂ©, Ă©nergie, qualitĂ©, sĂ©curitĂ© â on peut cadrer ensemble une feuille de route rĂ©aliste : 90 jours pour un pilote, 6 mois pour lâindustrialisation.
Et vous, sur un projet EPCC, quel est le premier âirritant opĂ©rationnelâ que vous aimeriez voir disparaĂźtre grĂące Ă la donnĂ©e : les arrĂȘts, lâĂ©nergie, la qualitĂ©, ou les retards de chantier ?