IA et contrats SONATRACH–PERTAMINA : cap sur l’efficacité

Comment l’IA soutient le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en AlgérieBy 3L3C

Les contrats SONATRACH–PERTAMINA montrent où l’IA crée de la valeur : planification, qualité, documents et logistique. Découvrez des cas d’usage concrets.

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IA et contrats SONATRACH–PERTAMINA : cap sur l’efficacité

Le 22/12/2025, SONATRACH et PERTAMINA ont signé à Alger trois contrats de service liés à l’enlèvement (lifting) de pétrole brut, condensat et GPL du périmètre Menzel Ledjmet (MLN, Bloc 405a). Sur le papier, c’est “simple” : programmer, coordonner et suivre des opérations de chargement au port. Dans la réalité, c’est un puzzle logistique et contractuel où une heure de retard, une météo défavorable ou un décalage de qualité produit se paye cash.

Ce type d’accord international dit quelque chose de très concret sur le secteur des hydrocarbures en Algérie : la compétitivité ne se joue plus seulement sur les volumes, mais sur la précision opérationnelle, la transparence des données et la capacité à travailler vite avec des partenaires multiples. Et c’est exactement là que l’intelligence artificielle devient utile — pas comme slogan, mais comme outillage.

Dans cette série “Comment l’IA soutient le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en Algérie”, je prends souvent le même parti : l’IA n’a de valeur que si elle réduit un risque mesurable (retard, non-conformité, incident HSE) ou améliore un indicateur business (temps de cycle, coûts, fiabilité). Les contrats SONATRACH–PERTAMINA offrent un cas d’école.

Ce que ces contrats changent vraiment (au-delà de l’annonce)

Point clé : un contrat de service de lifting est un contrat de “qualité d’exécution”. Il ne s’agit pas seulement d’autoriser un enlèvement, mais d’assurer que l’enlèvement se fait au bon moment, au bon endroit, avec la bonne documentation et les bons paramètres (quantités, spécifications, traçabilité).

D’après le communiqué, SONATRACH fournit à PERTAMINA ses services et son expertise pour la programmation, la coordination et le suivi des opérations d’enlèvement des quantités allouées à PERTAMINA aux ports algériens. Cela implique, très concrètement :

  • l’alignement entre disponibilité produit (réservoirs, mélange, qualité), capacité de chargement et fenêtre navire ;
  • la coordination port/terminal/navire/inspection ;
  • la gestion documentaire (BL, certificats, analyses, facturation, pénalités éventuelles) ;
  • le suivi des événements (attentes, incidents, re-planification).

Un contexte contractuel multi-parties qui complexifie tout

Le périmètre MLN est encadré par un contrat d’hydrocarbures en PSC (Production Sharing Contract), conforme à la loi 19-13, entré en vigueur le 07/01/2025 pour 25 ans, avec SONATRACH, PERTAMINA et REPSOL.

Plus il y a d’acteurs, plus l’exigence de “vérité unique” des données devient vitale. Dans les opérations de lifting, les divergences viennent rarement d’une “erreur massive”. Elles viennent d’une différence de version : un tableur pas à jour, un e-mail perdu, une qualité mesurée à un instant différent, une règle de nomination différente… et l’escalade commence.

Pourquoi l’IA est particulièrement adaptée aux opérations de lifting

Point clé : le lifting est une activité “data-heavy” et “time-critical”. On y trouve des séries temporelles, des contraintes, des aléas, des documents, et des décisions répétitives. C’est un terrain naturel pour l’optimisation par IA.

1) Planification et re-planification : l’IA comme copilote de dispatch

Le nerf de la guerre, c’est la synchronisation : produit disponible, moyens de chargement, créneau portuaire, arrivée du navire, inspections. Un changement sur un seul maillon peut imposer une re-planification.

Ce que l’IA fait bien ici :

  • optimiser les séquences de chargement sous contraintes (capacités, priorités, fenêtres, compatibilités produit) ;
  • simuler des scénarios (retard navire, indisponibilité d’un bras de chargement, limite de tirant d’eau) ;
  • recommander une meilleure alternative en minimisant les coûts (démurrage, pertes, re-manipulations).

Une approche pragmatique que je recommande : commencer par un moteur d’optimisation (programmation linéaire/contraintes) puis ajouter une couche IA pour la prévision (ETAs, volumes, temps de préparation, risques météo).

2) Qualité produit et conformité : détecter les anomalies avant qu’elles coûtent

Brut, condensat, GPL : chaque produit a des spécifications, des règles d’échantillonnage, des tolérances, des certificats. Les litiges naissent souvent autour de la qualité et de la mesure.

Apports IA possibles :

  • détection d’anomalies sur paramètres qualité (écarts inhabituels, dérives de capteurs, incohérences entre labo et capteurs en ligne) ;
  • rapprochement automatique qualité ↔ batch ↔ cuve ↔ cargaison pour améliorer la traçabilité ;
  • alertes proactives quand une cargaison risque d’être hors spécification.

Le résultat recherché n’est pas “plus de data”, mais moins de surprises au quai.

3) Documents et coordination : l’IA pour réduire les frictions entre partenaires

Dans une coopération internationale (SONATRACH–PERTAMINA, et plus largement avec REPSOL sur le périmètre), la coordination se fait via une avalanche de documents et d’échanges.

Là, l’IA générative apporte une valeur immédiate, à condition de l’encadrer :

  • extraction automatisée de données depuis BL, certificats, rapports d’inspection ;
  • création d’un journal d’événements (qui a fait quoi, quand, et sur quelle version) ;
  • assistants multilingues pour résumer des échanges et produire des comptes rendus structurés.

Une règle simple : si une information est critique (quantité, qualité, date), elle doit exister dans un système structuré, pas seulement dans un e-mail.

Une collaboration internationale efficace a besoin d’une “vérité unique” des données

Point clé : l’IA ne compense pas une gouvernance de données faible. Elle l’expose.

Pour que SONATRACH et ses partenaires tirent parti d’outils IA, il faut organiser la donnée comme un actif industriel.

Les 4 briques à mettre en place (dans le bon ordre)

  1. Référentiels communs : nomenclatures produits, sites, cuves, unités, fuseaux horaires, règles de version.
  2. Pipelines de données : connecter terminal, trading, laboratoire, maintenance, météo, AIS/ETA navires.
  3. Qualité & traçabilité : contrôles automatiques, audit trail, gestion des accès.
  4. Couches IA : prévision, optimisation, détection d’anomalies, assistants documentaires.

Je prends position : beaucoup d’organisations commencent par la brique 4 parce qu’elle est visible. Les gains durables viennent des briques 1 à 3.

Cas d’usage “prêts à déployer” dans les hydrocarbures en Algérie

Point clé : mieux vaut 3 cas d’usage bien instrumentés que 15 POC sans adoption. Pour des opérations type MLN et des chargements aux ports algériens, voici des cas d’usage à ROI rapide.

1) Prévision des ETAs et du temps de cycle de chargement

Objectif : réduire l’attente au terminal et sécuriser les fenêtres.

  • Modèles basés sur historiques d’escales, météo, congestion, marées, performance terminal.
  • KPI : temps d’attente navire, respect du planning, réduction des coûts de retard.

2) Maintenance prédictive des équipements de chargement

Objectif : limiter les indisponibilités (bras de chargement, pompes, instrumentation).

  • IA sur signaux vibratoires, température, pression, historiques pannes.
  • KPI : baisse des arrêts non planifiés, meilleur taux de disponibilité.

3) Détection d’écarts mesure/quantité (custody transfer)

Objectif : réduire les écarts de comptage et les litiges.

  • Croiser jaugeage, débitmètres, densité, température, rapports inspection.
  • KPI : baisse des écarts, temps de résolution plus court.

4) Assistant opérationnel pour le “shift handover”

Objectif : fiabiliser la passation d’équipe et l’exécution.

  • Résumé automatique des événements, actions en cours, risques à surveiller.
  • KPI : moins d’oublis, meilleure continuité d’exploitation.

Questions fréquentes (et réponses directes)

L’IA peut-elle remplacer l’expertise opérationnelle sur les terminaux ?

Non. Elle accélère les décisions répétitives et améliore la visibilité, mais l’arbitrage final (sécurité, conformité, conditions réelles) reste humain.

Le plus grand risque d’un projet IA dans les hydrocarbures ?

Le risque n°1, c’est de viser une “belle démo” au lieu d’un processus adopté : données fiables, responsabilités claires, KPI suivis, boucle d’amélioration.

Par où démarrer côté SONATRACH / partenaires ?

Démarrer par un périmètre comme MLN avec un cas d’usage planification + ETA, parce que la valeur est mesurable vite et la donnée existe souvent déjà.

Ce que la signature SONATRACH–PERTAMINA annonce pour 2026

La signature de ces contrats de service s’inscrit dans une relation commerciale qui dure depuis plus de 24 ans. Cette longévité est un atout : elle rend possible une collaboration plus numérique, plus intégrée, parce que la confiance existe déjà.

Pour le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en Algérie, l’enjeu 2026 n’est pas d’“avoir de l’IA”. L’enjeu, c’est d’industrialiser des pratiques : gouvernance de données, pilotage en temps réel, optimisation sous contraintes, et coopération fluide avec des partenaires internationaux.

Si vous travaillez sur l’optimisation des opérations, la supply chain hydrocarbures, ou la coordination avec des partenaires étrangers, je vous conseille une étape simple : cartographier votre chaîne de décision du lifting (qui décide quoi, avec quelles données, et à quel moment). Ensuite seulement, on choisit les modèles.

Et vous, dans vos opérations (ports, terminaux, trading, production), quel est le point de friction qui coûte le plus cher : l’attente, la qualité, ou la paperasse ?

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