Le MoU SONATRACHâPVEP montre comment lâIA peut accĂ©lĂ©rer lâexploration, fiabiliser les opĂ©rations et renforcer la coopĂ©ration Ă©nergĂ©tique AlgĂ©rieâVietnam.

Partenariats Ă©nergie : lâIA au cĆur des coopĂ©rations
Le 20/11/2025 Ă Alger, SONATRACH et la sociĂ©tĂ© vietnamienne Petrovietnam Exploration Production Corporation Ltd. (PVEP) ont signĂ© un protocole dâentente (MoU) pour renforcer leur coopĂ©ration dans les hydrocarbures. Beaucoup y verront une actualitĂ© « partenariat classique ». Moi, jây vois surtout un signal : les alliances internationales dans lâĂ©nergie se jouent dĂ©sormais autant sur la qualitĂ© des donnĂ©es que sur la gĂ©ologie.
Dans notre sĂ©rie « Comment lâIA soutient le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rie », ce MoU est un cas dâĂ©cole. Il couvre lâexploration, le dĂ©veloppement, la production, mais aussi lâaval (raffinage), les services techniques, le trading pĂ©trole et GNL, et mĂȘme les solutions bas carbone (CCS/CCUS, GES) et la R&D. Autrement dit : un pĂ©rimĂštre large, multi-Ă©quipes, multi-pays⊠exactement le terrain oĂč lâintelligence artificielle apporte du concret.
Ce que rĂ©vĂšle le MoU SONATRACHâPVEP : la donnĂ©e devient lâactif n°1
RĂ©ponse directe : ce protocole dâentente montre que la coopĂ©ration ne se limite plus aux parts de marchĂ© ou aux contrats, mais Ă la capacitĂ© Ă partager, sĂ©curiser et exploiter des informations techniques Ă grande Ă©chelle.
Le communiquĂ© indique des principes dâĂ©galitĂ©, de rĂ©ciprocitĂ© et de bĂ©nĂ©fices mutuels. TrĂšs bien. Mais dans les opĂ©rations pĂ©troliĂšres et gaziĂšres, lâĂ©galitĂ© rĂ©elle se construit sur la transparence opĂ©rationnelle : mĂȘmes hypothĂšses, mĂȘmes versions de donnĂ©es, mĂȘmes indicateurs HSE, mĂȘmes rĂšgles de qualitĂ©.
Le dĂ©fi ? Les projets E&P (Exploration & Production) gĂ©nĂšrent des volumes massifs : sismique, diagraphies, tests de puits, donnĂ©es de production, rapports dâintervention, maintenance, incidents, inventaires, contrats, logistique. Ajoutez lâaval (raffinerie), le trading (qualitĂ© produit, planification cargaisons, nominations, risques), et les trajectoires carbone (inventaires GES, suivi mĂ©thane, scĂ©narios CCUS). Sans une colonne vertĂ©brale data, un partenariat international avance au ralenti.
Pourquoi câest particuliĂšrement vrai entre lâAlgĂ©rie et le Vietnam
RĂ©ponse directe : parce que la distance gĂ©ographique et les diffĂ©rences dâĂ©cosystĂšmes IT renforcent les frictions : formats, langues, procĂ©dures, et maturitĂ©s digitales.
PVEP est prĂ©sentĂ© comme un partenaire de longue date, filiale dâun groupe public vietnamien et opĂ©rateur international. Câest un bon point : lâhabitude de travailler avec des standards variĂ©s accĂ©lĂšre la coopĂ©ration. Mais mĂȘme avec des Ă©quipes expĂ©rimentĂ©es, les problĂšmes reviennent toujours :
- documents techniques dispersés (PDF, tableurs, mails)
- terminologies diffĂ©rentes (noms dâĂ©quipements, codes dâĂ©vĂ©nements)
- temps de validation trop long (workflows manuels)
- difficulté à tracer « qui a changé quoi » sur un modÚle ou une hypothÚse
Câest lĂ que lâIA, bien dĂ©ployĂ©e, fait gagner des mois.
OĂč lâIA amĂ©liore un partenariat hydrocarbures, Ă©tape par Ă©tape
RĂ©ponse directe : lâIA apporte surtout 4 bĂ©nĂ©fices : accĂ©lĂ©rer lâanalyse, rĂ©duire les erreurs, fluidifier la coordination, et industrialiser le retour dâexpĂ©rience.
1) Exploration & développement : mieux décider, plus tÎt
Dans lâexploration, la valeur se joue sur des dĂ©cisions prises avec incertitude. LâIA ne remplace pas les gĂ©oscientifiques ; elle rĂ©duit le temps entre âdonnĂ©e bruteâ et âhypothĂšse exploitableâ.
Applications trĂšs concrĂštes :
- InterprĂ©tation sismique assistĂ©e : segmentation de failles, dĂ©tection dâhorizons, comparaison multi-blocs.
- Fusion multi-sources : croiser sismique, diagraphies, carottes et données historiques pour améliorer la cohérence.
- Gestion de connaissances : retrouver en quelques secondes des analogues de champs, des rapports dâessais, des retours de forage.
Dans un partenariat comme SONATRACHâPVEP, cela signifie que les Ă©quipes peuvent aligner plus vite leurs analyses, discuter sur une base commune, et documenter les hypothĂšses avec traçabilitĂ©.
2) Production et opĂ©rations : lâIA pour la fiabilitĂ© et le HSE
RĂ©ponse directe : en production, lâIA est utile quand elle rĂ©duit les arrĂȘts non planifiĂ©s et renforce la sĂ©curitĂ©.
Le MoU mentionne aussi les services techniques (ingĂ©nierie, opĂ©rations pĂ©troliĂšres). Câest typiquement lâespace oĂč lâIA apporte des gains mesurables.
Exemples dâusages (dĂ©jĂ courants dans lâindustrie) :
- Maintenance prĂ©dictive sur pompes, compresseurs, turbines : dĂ©tection dâanomalies sur vibrations/tempĂ©ratures/pressions.
- Optimisation du lift (gas lift, ESP) : recommandations de rĂ©glages pour stabiliser le dĂ©bit et limiter lâusure.
- DĂ©tection dâĂ©vĂ©nements : identifier automatiquement des schĂ©mas annonciateurs (slugging, sable, corrosion).
- Analyse de sĂ©curitĂ© : classification automatique de rapports dâincident, extraction des causes, prĂ©vention ciblĂ©e.
Une bonne pratique que je recommande : dĂ©marrer par 1 Ă 2 actifs pilotes (un champ, une unitĂ©) et imposer dĂšs le dĂ©part un standard de donnĂ©es commun (tags, unitĂ©s, horodatage, qualitĂ©), sinon lâIA devient un âprojet PowerPointâ.
3) Raffinage et aval : optimiser lâĂ©nergie et la qualitĂ©
RĂ©ponse directe : en raffinage, lâIA est surtout une machine Ă arbitrer : Ă©nergie, rendement, contraintes qualitĂ©, maintenance.
Le protocole Ă©voque explicitement les activitĂ©s aval (raffinerie). Câest stratĂ©gique en AlgĂ©rie : amĂ©liorer lâefficacitĂ© Ă©nergĂ©tique et la disponibilitĂ© des unitĂ©s rĂ©duit les coĂ»ts, sĂ©curise lâapprovisionnement et libĂšre de la capacitĂ©.
Cas dâusage pertinents :
- Optimisation APC + IA : lâIA ajuste des consignes en tenant compte des dĂ©rives, de la variabilitĂ© des bruts et des contraintes.
- ContrÎle qualité assisté : corréler paramÚtres procédé et analyses labo pour anticiper les dérives.
- RĂ©duction de consommation dâĂ©nergie : recommandations sur rĂ©seaux vapeur, fours, Ă©changeurs (encrassement).
Trading pĂ©trole et GNL : lâIA pour sĂ©curiser la marge (et la conformitĂ©)
RĂ©ponse directe : lâIA amĂ©liore le trading quand elle combine prĂ©visions, planification et gestion des risques, sans casser la conformitĂ©.
Le MoU mentionne le trading pĂ©trole et GNL. Dans ce domaine, les erreurs coĂ»tent cher : une nomination mal gĂ©rĂ©e, une contrainte de qualitĂ© ignorĂ©e, une fenĂȘtre portuaire ratĂ©e.
Ce que lâIA peut faire utilement :
- Prévision de demande (court terme) et aide à la planification cargaisons.
- Optimisation logistique : séquences de chargement, contraintes de stockage, compatibilités produits.
- Surveillance documentaire : extraction automatique des clauses clés (incoterms, pénalités, tolérances qualité).
Point dâattention : le trading est aussi un sujet de gouvernance. Les modĂšles doivent ĂȘtre auditĂ©s, et les dĂ©cisions explicables. Dans un partenariat international, câest indispensable pour Ă©viter les tensions.
Bas carbone (CCS/CCUS, GES) : lâIA comme instrument de crĂ©dibilitĂ©
RĂ©ponse directe : lâIA est un accĂ©lĂ©rateur de dĂ©carbonation seulement si elle sert la mesure, la traçabilitĂ© et la rĂ©duction rĂ©elle des Ă©missions.
Le communiquĂ© cite explicitement les solutions bas carbone et les GES. Câest un passage important : on ne parle pas uniquement de produire plus, mais de produire mieux.
LĂ oĂč lâIA aide vraiment :
- Inventaires GES plus fiables : collecte automatisée, contrÎle de cohérence, rapprochement entre sources.
- DĂ©tection des fuites mĂ©thane : analyse dâimages (drones/satellites/inspection) et priorisation des interventions.
- Aide au dimensionnement CCUS : scĂ©narios dâinjection, suivi des puits, modĂ©lisation de risques.
Phrase Ă garder en tĂȘte : âCe qui nâest pas mesurĂ© proprement ne se pilote pas.â Dans un partenariat, une mĂ©thodologie commune (donnĂ©es, pĂ©rimĂštre, facteurs dâĂ©mission, audit) Ă©vite les dĂ©bats stĂ©riles.
Collaboration internationale : lâIA utile, câest surtout une IA « dâorganisation »
Réponse directe : les gains les plus rapides viennent des outils IA qui fluidifient le travail quotidien : recherche, traduction, comptes rendus, gestion documentaire.
On pense souvent Ă lâIA comme Ă un modĂšle complexe. Pourtant, dans des coopĂ©rations comme SONATRACHâPVEP, les premiers gains viennent de lâIA appliquĂ©e Ă la coordination :
- Traduction spécialisée (termes techniques, HSE, contrats) avec glossaire partagé.
- Recherche sĂ©mantique dans les rapports (forage, intervention, HAZOP) : retrouver âle bon documentâ sans connaĂźtre son nom.
- Compte rendu automatique de réunions (avec action items, responsables, échéances).
- Détection de doublons et incohérences dans les versions de documents.
Ce sont des âpetitesâ briques, mais elles rĂ©duisent les dĂ©lais et les malentendus â et câest souvent lĂ que se perd la valeur dâun partenariat.
Gouvernance et sécurité : la condition non négociable
RĂ©ponse directe : sans gouvernance data et cybersĂ©curitĂ©, lâIA augmente le risque au lieu de le rĂ©duire.
Le secteur hydrocarbures est critique. Lâouverture de donnĂ©es entre partenaires doit sâappuyer sur :
- Classification des données (publique, interne, sensible, critique)
- ContrĂŽles dâaccĂšs (rĂŽles, traçabilitĂ©, journaux)
- Environnements cloisonnĂ©s pour lâentraĂźnement et les tests
- ProcĂ©dures dâanonymisation quand câest nĂ©cessaire
Un partenariat international solide met ces rÚgles noir sur blanc dÚs le début, pas aprÚs un incident.
Plan dâaction en 90 jours : dĂ©marrer lâIA dans un partenariat SONATRACHâPVEP
RĂ©ponse directe : il faut choisir un cas dâusage Ă fort impact, imposer un standard de donnĂ©es, et dĂ©finir une gouvernance simple.
Voici un schéma qui marche bien (et évite les projets interminables) :
-
Semaine 1â2 : cadrage
- définir un objectif mesurable (ex. réduire le temps de recherche documentaire de 50 %)
- sélectionner un périmÚtre (un actif, une équipe, un flux)
-
Semaine 3â6 : prĂ©paration data
- inventaire des sources
- normalisation minimale (noms, unités, horodatage)
- rÚgles de confidentialité
-
Semaine 7â10 : pilote IA
- déployer un outil (recherche sémantique, extraction automatique, prédiction simple)
- valider avec utilisateurs terrain
-
Semaine 11â13 : industrialisation
- procĂ©dures dâusage
- indicateurs de performance
- plan de montée en charge
LâidĂ©e nâest pas de tout automatiser. LâidĂ©e est de rendre la coopĂ©ration plus rapide, plus sĂ»re, plus traçable.
Ce que ce MoU change pour lâAlgĂ©rie : une opportunitĂ© de standardiser Ă lâinternational
Le protocole SONATRACHâPVEP, signĂ© en prĂ©sence des chefs de gouvernement, rappelle que lâĂ©nergie est aussi une diplomatie industrielle. Ă ce niveau, lâIA devient un outil dâexĂ©cution : accĂ©lĂ©rer lâexploration, fiabiliser la production, optimiser lâaval, sĂ©curiser le trading, et crĂ©dibiliser les trajectoires bas carbone.
Si vous travaillez dans lâĂ©nergie en AlgĂ©rie â exploitation, HSE, maintenance, data, supply, trading, ingĂ©nierie â le message est clair : les partenariats de demain exigeront une maturitĂ© IA opĂ©rationnelle, pas seulement des âPOCâ.
Vous envisagez un programme IA pour un actif, une raffinerie, ou une cellule partenariat international ? La question utile nâest pas âquelle IA acheterâ, mais : quelles dĂ©cisions voulons-nous prendre plus vite, avec moins dâerreurs, et avec une traçabilitĂ© irrĂ©prochable ?