IA et administration : bâtir la base numérique solide

Comment l’IA soutient le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en AlgérieBy 3L3C

Sans infrastructures numériques solides, l’IA ne modernise pas l’administration. Voici la feuille de route pour une e-gov fiable en Algérie.

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IA et administration : bâtir la base numérique solide

Le 15/12/2025, un atelier sous-régional s’ouvre à N’Djamena. Sujet en apparence technique : cartographier les infrastructures de fibre optique et accélérer les services financiers numériques. Mais la phrase qui marque les esprits, prononcée par Dr Boukar Michel, résume un problème que l’Algérie connaît bien : sans infrastructures numériques solides, il n’y a ni souveraineté numérique, ni intégration efficace… et, j’ajoute, pas d’IA utile dans l’administration.

Dans notre série « Comment l’IA soutient le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en Algérie », on parle souvent d’algorithmes, de capteurs, de maintenance prédictive et d’optimisation des opérations. Pourtant, sur le terrain, ce qui fait échouer les projets, ce n’est pas l’IA. C’est la base : connectivité, interconnexion, données fiables, cybersécurité, gouvernance. L’administration, comme l’énergie, dépend de ces fondations.

Ce billet met donc un point clair sur la table : moderniser l’administration algérienne avec l’IA exige d’abord une infrastructure numérique “capable d’encaisser”. Et c’est aussi vrai pour les grands opérateurs de l’énergie, qui travaillent avec l’État, les douanes, les impôts, les régulateurs, les ports, et toute la chaîne documentaire.

Les infrastructures numériques : le vrai prérequis de l’IA publique

Réponse directe : l’IA dans l’administration ne marche que si les systèmes sont connectés, les données circulent, et l’infrastructure tient la charge. Sans cela, on obtient des prototypes séduisants… puis des blocages au guichet.

L’IA “administrative” repose sur trois choses très terre-à-terre :

  • Des flux de données continus (dossiers, pièces, paiements, décisions, historiques)
  • Des systèmes interopérables (API, référentiels communs, identités numériques)
  • Une disponibilité élevée (réseaux, serveurs, sauvegardes, redondance)

Le discours de Dr Boukar Michel, centré sur la fibre et la coopération régionale, dit une chose essentielle : la transformation numérique n’est pas un slogan. J’adhère. Si un service public tombe en panne deux fois par semaine, l’IA ne “compense” rien ; elle devient un risque de plus.

Pourquoi l’énergie et l’administration sont dans le même bateau

Dans les hydrocarbures, l’IA apporte des gains quand les données sont industrialisées : capteurs, historiques de maintenance, images, logs, documents, météo, supply chain. Dans l’administration, c’est pareil : registres, fiscalité, cadastre, commerce, import/export, subventions, sécurité sociale.

Et surtout, l’énergie dépend de l’administration : autorisations, achats, marchés publics, conformité, contrôle, fiscalité. Une administration numériquement solide, c’est moins de friction, donc moins de coûts et plus de traçabilité.

Cartographier la fibre : un geste technique, un acte de souveraineté

Réponse directe : cartographier les réseaux, ce n’est pas faire un inventaire — c’est décider où investir, éviter les doublons et sécuriser les infrastructures critiques.

Le point le plus concret de l’atelier ARTAC–UIT (15–18/12/2025) est la cartographie de la fibre optique. Les problèmes listés dans l’article sont classiques et très parlants :

  • Zones stratégiques non connectées
  • Superposition d’infrastructures faute de coordination
  • Cartographie incomplète (on ne sait pas exactement ce qui existe)
  • Interconnexion régionale insuffisante

Pour l’Algérie, le raisonnement est transposable : sans visibilité réseau (backbone, accès, liens inter-ministériels, liaisons vers wilayas/daïras/communes, redondance), on pilote à l’aveugle. Et l’IA déteste l’aveugle.

Cartographier, c’est planifier intelligemment, réduire les coûts de duplication, et rendre crédibles les financements.

Ce que la “cartographie” veut dire concrètement pour une e-administration algérienne

Dans un programme de modernisation, une cartographie utile n’est pas un PDF. C’est un dispositif vivant :

  1. Carte des liens critiques (centres de données, nœuds régionaux, administrations clés)
  2. Mesures de qualité (latence, disponibilité, pertes, capacité)
  3. Identification des points uniques de panne (SPOF)
  4. Plan de redondance (deux routes, deux fournisseurs quand nécessaire)
  5. Priorisation par service public (état civil, fiscalité, santé, douanes…)

C’est aussi un préalable à une IA “sérieuse” : si vous voulez un assistant IA pour instruire des dossiers, il faut que les pièces arrivent, que les référentiels répondent, et que les logs soient exploitables.

Services financiers numériques : accélérateur de services publics (si le réseau suit)

Réponse directe : les services financiers numériques améliorent l’inclusion et réduisent les frictions, mais exigent des réseaux fiables et une cybersécurité mature.

Le second pilier de l’atelier porte sur les services financiers numériques. Dans une administration modernisée, c’est un levier puissant : paiement de taxes, timbres, redevances, factures, amendes, droits de dossier. Quand le paiement devient simple, traçable, et accessible, une partie du “papier” tombe naturellement.

Mais l’avertissement du ministre est juste : sans réseaux fiables et sécurisés, l’innovation reste un mirage. Dans la pratique, les irritants sont connus :

  • transactions qui échouent aux heures de pointe
  • canaux d’assistance absents ou inopérants
  • fraudes (SIM swap, phishing, usurpation)
  • difficulté à réconcilier paiement et dossier (référence unique manquante)

L’IA peut sécuriser… à condition d’avoir des données et des garde-fous

Là où l’IA devient pertinente :

  • détection de fraude (anomalies transactionnelles, comportements suspects)
  • scoring de risque pour contrôles ciblés (douanes, fiscalité)
  • automatisation de réconciliation (paiement ↔ dossier ↔ quittance)

Mais sans infrastructure (réseau + systèmes + logs + SOC), on fabrique surtout des exceptions, et une bureaucratie “numérique” qui finit par revenir au papier.

Souveraineté numérique : ce n’est pas “tout héberger chez soi”, c’est contrôler les dépendances

Réponse directe : la souveraineté numérique se construit par la maîtrise des infrastructures, des données, des normes d’interopérabilité et de la sécurité.

On confond souvent souveraineté avec une posture : “on héberge local, donc on est souverains”. La réalité est plus exigeante. Une administration souveraine, c’est :

  • des données gouvernées (qualité, cycle de vie, accès, audit)
  • des identités maîtrisées (agents, citoyens, entreprises)
  • des standards d’échange (interopérabilité entre ministères)
  • une cybersécurité opérationnelle (détection, réponse, continuité)

Dans le secteur de l’énergie, cette question est encore plus sensible : infrastructures critiques, sites industriels, chaînes logistiques, contrats, géodata. La souveraineté numérique devient une condition de résilience.

Interconnexion régionale : utile à l’Algérie sans diluer la souveraineté

Le message sur la coopération régionale en Afrique centrale est intéressant : aucun pays ne relève seul les défis de connectivité. Pour l’Algérie, la logique peut se traduire par :

  • échanges de bonnes pratiques (e-gov, cybersécurité, régulation)
  • standards communs (facturation électronique, e-identity, e-procurement)
  • interconnexions économiques (commerce, transit, finance) sécurisées

La souveraineté n’exige pas l’isolement. Elle exige une capacité de choix et un cadre de confiance.

Feuille de route pragmatique : 7 actions pour rendre l’IA possible dans l’administration

Réponse directe : commencez par fiabiliser le réseau, industrialisez la donnée, puis déployez des cas d’usage IA à fort impact.

Voici ce qui marche, quand on veut éviter l’effet “démo brillante, adoption nulle” :

  1. Cartographier les infrastructures et la criticité (réseau, data centers, applications clés)
  2. Fixer des objectifs de disponibilité (ex. 99,9 % sur les services vitaux)
  3. Créer un référentiel d’identités (agents + citoyens/entreprises) et des droits d’accès auditables
  4. Standardiser les échanges inter-ministériels (API, formats, métadonnées, traçabilité)
  5. Mettre en place une gouvernance des données (qualité, dictionnaire, responsabilités)
  6. Renforcer la cybersécurité (SOC, gestion des vulnérabilités, PRA/PCA)
  7. Choisir 2–3 cas IA “utiles tout de suite” :
    • tri et pré-instruction de dossiers (avec contrôle humain)
    • extraction automatique de pièces (OCR + vérifications)
    • détection d’anomalies (paiements, déclarations, demandes)

Ce séquencement évite le piège classique : commencer par l’IA alors que l’administration n’a pas encore une circulation de données fiable.

Ce que cela change pour l’énergie et les hydrocarbures en Algérie

Réponse directe : une e-administration robuste réduit les délais, sécurise la conformité et fluidifie les opérations du secteur énergétique.

Dans notre série, on insiste sur l’IA “dans les opérations”. Mais une grande partie des gains se joue à l’interface État–entreprises :

  • dédouanement plus rapide des pièces et équipements
  • paiement et réconciliation plus simples des droits et taxes
  • traçabilité documentaire (contrats, conformité, audits)
  • réduction des litiges grâce à des journaux d’événements fiables

Et quand l’administration est stable numériquement, l’IA devient réellement un outil de performance : moins de ressaisie, moins d’ambiguïtés, plus de décisions fondées sur des données.

Conclusion : l’IA n’est pas le point de départ, c’est la couche supérieure

Le propos de Dr Boukar Michel est utile parce qu’il remet l’ordre des priorités à l’endroit : infrastructures d’abord. Pour moderniser l’administration en Algérie (et maximiser l’impact de l’IA dans l’énergie et les hydrocarbures), il faut traiter la connectivité, la cartographie réseau, l’interconnexion des systèmes, et la confiance numérique comme des sujets de gouvernance, pas comme des sujets “IT”.

Si vous devez retenir une seule phrase : l’IA amplifie ce qui existe déjà — une bonne organisation ou un chaos. La bonne nouvelle, c’est que les chantiers d’infrastructure (cartographie, redondance, interopérabilité, cybersécurité) sont précisément ceux qui rendent l’administration plus rapide, plus transparente et plus crédible.

La prochaine étape logique ? Choisir un service public à fort volume (paiements, documents, autorisations), le rendre fiable, puis y injecter de l’IA de façon mesurée. Quelle brique numérique l’administration algérienne devrait-elle fiabiliser en premier pour que l’IA devienne enfin “utile au guichet” ?