La station de dessalement de Tlemcen (300âŻ000 mÂł/j) illustre comment lâIA peut optimiser Ă©nergie, maintenance et qualitĂ© pour sĂ©curiser lâeau industrielle.

Dessalement Ă Tlemcen : lâIA au service de lâeau
Le 08/11/2025, le lancement officiel de la station de dessalement dâeau de mer de Tlemcen a mis sur la table un sujet que beaucoup dâacteurs industriels traitent encore comme un «âŻĂ -cĂŽtĂ©âŻÂ» : lâeau est devenue une infrastructure critique, au mĂȘme titre que lâĂ©lectricitĂ©, le gaz, les pipelines ou les rĂ©seaux de tĂ©lĂ©communications.
Et pour lâAlgĂ©rie, ce nâest pas un dĂ©tail. Quand une rĂ©gion subit une tension hydrique, ce sont les mĂ©nages qui souffrent en premier⊠mais les activitĂ©s industrielles suivent trĂšs vite : maintenance, sĂ©curitĂ©, refroidissement, nettoyage, production, voire continuitĂ© de service. La rĂ©alitĂ© ? La souverainetĂ© hydrique soutient aussi la souverainetĂ© Ă©nergĂ©tique.
Dans cette sĂ©rie «âŻComment lâIA soutient le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rieâŻÂ», je veux prendre ce projet de Tlemcen comme un exemple concret : oĂč lâIA apporte de la valeur, comment elle rĂ©duit les risques, et quelles dĂ©cisions pratiques une direction industrielle peut prendre dĂšs maintenant.
Tlemcen : un projet hydrique au cĆur dâune logique industrielle
RĂ©ponse directe : la station de Tlemcen renforce la sĂ©curitĂ© dâapprovisionnement en eau potable Ă grande Ă©chelle, tout en rĂ©duisant la pression sur les barrages et les nappes. Câest exactement le type de projet qui stabilise un territoire⊠et rend les opĂ©rations industrielles plus prĂ©visibles.
Selon la communication institutionnelle, la station est situĂ©e Ă AĂŻn Adjroud (plage de Bider), commune de Marsa Ben Mâhidi, sur une emprise dâenviron 15 hectares. La capacitĂ© annoncĂ©e est claire : 300âŻ000 mÂł/jour Ă terme, via un procĂ©dĂ© dâosmose inverse. Une mise en service partielle est prĂ©vue sous 22 mois avec une production initiale de 150âŻ000 mÂł/jour.
Le projet est confiĂ© Ă Cosider Canalisations (Groupe Cosider), sous la supervision de lâAlgerian Desalination Company (ADC), filiale du Groupe SONATRACH. Lâenjeu affichĂ© est de desservir environ 3 millions dâhabitants (Tlemcen, Sidi Bel AbbĂšs, SaĂŻda), crĂ©er des emplois et dĂ©velopper lâexpertise nationale.
Pourquoi ce projet parle aussi au secteur énergie/hydrocarbures
RĂ©ponse directe : parce que lâeau conditionne la continuitĂ© et la qualitĂ© des opĂ©rations. Dans lâĂ©nergie et les hydrocarbures, lâeau intervient (directement ou indirectement) dans :
- le refroidissement dâĂ©quipements et utilitĂ©s,
- le nettoyage industriel,
- certaines étapes de traitement et de maintenance,
- la protection incendie,
- la vie des bases, sites et camps,
- la stabilitĂ© sociale des rĂ©gions industrielles (moins de conflits dâusage).
Autrement dit : sĂ©curiser lâeau, câest rĂ©duire lâincertitude opĂ©rationnelle. Et câest ici que lâIA devient un outil de gestion, pas un gadget.
LâIA dans le dessalement : trois gains qui comptent vraiment
RĂ©ponse directe : lâIA amĂ©liore la performance dâune station de dessalement en rĂ©duisant la consommation Ă©nergĂ©tique, en anticipant les pannes et en stabilisant la qualitĂ© de lâeau. Sur une unitĂ© Ă 300âŻ000 mÂł/jour, de petits pourcentages deviennent vite des Ă©conomies majeures.
1) Optimiser lâĂ©nergie (le vrai poste de coĂ»t)
Dans une station Ă osmose inverse, lâĂ©nergie est un poste critique : pompes haute pression, prĂ©traitement, post-traitement, distribution. LâIA sert Ă piloter âau plus justeâ selon la qualitĂ© de lâeau dâentrĂ©e, la tempĂ©rature, lâencrassement et la demande.
Ce que jâai vu fonctionner dans lâindustrie (et qui sâapplique trĂšs bien au dessalement), câest une combinaison de :
- prévisions de demande (par zone, par heure, par saison),
- pilotage prédictif des pompes et trains membranaires,
- optimisation multi-objectifs : coût énergie vs qualité vs durée de vie des membranes.
MĂȘme sans dĂ©voiler des chiffres internes, lâidĂ©e est simple : si vous rĂ©duisez les âsur-margesâ de pression et les cycles inutiles, vous Ă©conomisez chaque heure.
2) RĂ©duire lâencrassement des membranes (et les arrĂȘts)
Les membranes, câest le nerf de la guerre. Le fouling (encrassement) et le scaling (entartrage) font monter la pression, dĂ©gradent le dĂ©bit, puis imposent des nettoyages chimiques (CIP) et des remplacements.
RĂ©ponse directe : lâIA aide Ă prĂ©dire quand nettoyer et comment ajuster le prĂ©traitement pour Ă©viter lâarrĂȘt non planifiĂ©.
ConcrĂštement, on utilise :
- des modĂšles de dĂ©tection dâanomalies (sur pression diffĂ©rentielle, conductivitĂ©, turbiditĂ©),
- des jumeaux numériques simplifiés pour simuler la dérive de performance,
- des rĂšgles apprenantes pour recommander un CIP «âŻau bon momentâŻÂ».
RĂ©sultat opĂ©rationnel attendu : moins dâarrĂȘts surprises, des nettoyages mieux planifiĂ©s, et une durĂ©e de vie des membranes mieux maĂźtrisĂ©e.
3) Stabiliser la qualitĂ© dâeau, mĂȘme quand la mer change
La MĂ©diterranĂ©e nâest pas un robinet. TempĂȘtes, blooms biologiques, variations de salinitĂ©, matiĂšres en suspension⊠tout cela impacte lâentrĂ©e.
RĂ©ponse directe : lâIA sert de âcopilote qualitĂ©â en ajustant le prĂ©traitement et en anticipant les dĂ©rives.
Cela se traduit par :
- des alertes précoces (avant que les seuils réglementaires soient dépassés),
- des recommandations dâajustement (coagulants, filtration, taux de rĂ©cupĂ©ration),
- une meilleure traçabilité qualité pour les équipes et les autorités.
Gestion de projet : lâIA avant mĂȘme la premiĂšre goutte
RĂ©ponse directe : lâIA apporte de la valeur dĂšs la phase chantier en rĂ©duisant les retards, en sĂ©curisant lâapprovisionnement et en amĂ©liorant la coordination multi-entreprises. Sur un projet annoncĂ© avec une mise en service partielle sous 22 mois, la maĂźtrise du planning est un KPI politique et industriel.
Planification dynamique et risques (planning, achats, logistique)
Les grands projets souffrent rarement dâun seul problĂšme. Ils souffrent dâune accumulation : retard fournisseur, mĂ©tĂ©o, indisponibilitĂ© dâune grue, non-conformitĂ©, reprise, attente dâun visa, etc.
Une approche IA pragmatique consiste Ă :
- structurer les données projet (WBS, jalons, non-conformités, supply chain),
- entraßner des modÚles simples de prédiction de retards par lots,
- produire des scĂ©narios «âŻsi⊠alorsâŠâŻÂ» (ex. alternative fournisseur, re-sĂ©quencement).
Le gain nâest pas « magique ». Il est trĂšs concret : vous passez dâun pilotage rĂ©actif Ă un pilotage probabiliste, avec des dĂ©cisions plus tĂŽt.
Sécurité HSE : détecter les situations à risque
Sur un chantier industriel (15 hectares, multi-sous-traitants, zones électriques, levage), la sécurité se joue au quotidien.
RĂ©ponse directe : la vision par ordinateur et lâanalytique vidĂ©o peuvent dĂ©tecter des non-conformitĂ©s HSE en temps quasi rĂ©el : absence dâEPI, intrusion en zone, proximitĂ© dangereuse, mauvaises pratiques de levage.
Lâobjectif nâest pas de « surveiller pour sanctionner ». Câest de prĂ©venir et dâaider les superviseurs Ă prioriser.
Comment connecter le dessalement Ă lâĂ©cosystĂšme Ă©nergie en AlgĂ©rie
RĂ©ponse directe : le dessalement devient une brique de âsmart infrastructureâ quand il est intĂ©grĂ© aux rĂ©seaux Ă©nergie-eau et pilotĂ© par la donnĂ©e. Câest lĂ que lâapproche sĂ©rie « IA + Ă©nergie » prend tout son sens.
Couplage Ă©nergie-eau : Ă©viter que lâun pĂ©nalise lâautre
Une station de dessalement consomme de lâĂ©lectricitĂ©. Le rĂ©flexe classique est de la considĂ©rer comme un « gros client ». La meilleure approche consiste Ă la gĂ©rer comme un acteur flexible du systĂšme.
Exemples dâoptimisations possibles (sans promesses irrĂ©alistes) :
- déplacer certains cycles énergivores hors des pointes,
- ajuster la production en fonction de la demande et des contraintes réseau,
- utiliser des modÚles de prévision pour éviter les variations brutales.
Dans un pays oĂč la planification Ă©nergĂ©tique et la demande saisonniĂšre pĂšsent lourd, cette flexibilitĂ© est une assurance opĂ©rationnelle.
Données industrielles : du SCADA à la décision
Beaucoup de sites disposent dĂ©jĂ de SCADA, dâhistorians, dâoutils de maintenance. Le problĂšme nâest pas lâabsence de donnĂ©es. Câest :
- la qualité (capteurs, étalonnage),
- la standardisation (tags, nomenclatures),
- la gouvernance (qui valide quoi),
- la cybersécurité.
RĂ©ponse directe : lâIA nâest fiable que si la donnĂ©e est gouvernĂ©e. Sans base solide, on multiplie les tableaux de bord sans impact.
Feuille de route IA réaliste pour une station comme Tlemcen
RĂ©ponse directe : commencez par 90 jours de âfondations + quick winsâ, puis industrialisez en 12 mois. Les projets IA qui rĂ©ussissent Ă©vitent lâeffet vitrine.
Phase 1 (0â3 mois) : fondations et cas dâusage rapides
- Inventaire des capteurs et des flux (process, énergie, qualité, maintenance)
- Mise en place dâun rĂ©fĂ©rentiel tags/actifs (pompes, membranes, vannes)
- 1 cas dâusage Ă ROI rapide : dĂ©tection dâanomalies sur pompes haute pression ou qualitĂ©
Phase 2 (3â12 mois) : optimisation et maintenance prĂ©dictive
- ModÚles de prédiction de fouling et recommandation de CIP
- Optimisation énergétique (pilotage prédictif)
- Tableaux de bord décisionnels (direction, exploitation, maintenance)
Phase 3 (12+ mois) : jumeau numérique et intégration inter-sites
- Jumeau numĂ©rique pour simulation (qualitĂ© dâentrĂ©e, saisonnalitĂ©, performance)
- Benchmark multi-stations (meilleures pratiques, piÚces, procédures)
- Intégration avec la planification énergie-eau régionale
Phrase Ă garder en tĂȘte : « LâIA utile, câest celle qui change une dĂ©cision dâexploitation. »
Ce que les dĂ©cideurs devraient demander (et ce quâils doivent Ă©viter)
Réponse directe : posez des exigences opérationnelles mesurables, pas des slogans.
Ă exiger dĂšs lâappel dâoffres ou le cadrage :
- des KPI clairs : disponibilitĂ©, kWh/mÂł, taux dâarrĂȘts non planifiĂ©s, conformitĂ© qualitĂ©
- une approche cybersécurité (segmentation, droits, journalisation)
- un plan de montée en compétences des équipes locales
- une stratégie données (propriété, qualité, archivage)
à éviter :
- des POC sans accÚs aux données réelles
- des modĂšles impossibles Ă maintenir par lâexploitation
- des solutions « boßte noire » non auditables
Et maintenant : de Tlemcen à une industrie plus résiliente
Le projet de Tlemcen (300âŻ000 mÂł/jour Ă terme, 150âŻ000 mÂł/jour en premiĂšre phase) est une rĂ©ponse structurante Ă la pression hydrique. Mais il raconte aussi autre chose : lâinfrastructure moderne ne se limite plus au bĂ©ton et Ă lâacier. Elle se pilote.
Si lâAlgĂ©rie veut des systĂšmes Ă©nergie-eau stables, capables dâabsorber le climat, la croissance urbaine et les exigences industrielles, il faut traiter lâIA comme une capacitĂ© industrielle : donnĂ©es fiables, maintenance outillĂ©e, dĂ©cisions mesurĂ©es, amĂ©lioration continue.
Si vous pilotez un site Ă©nergĂ©tique, une usine, ou un projet dâinfrastructure, la question pratique est simple : quel est le premier processus que vous voulez rendre âprĂ©dictibleâ en 2026 â lâĂ©nergie, la maintenance, la qualitĂ©, ou le planning ?