Dahra (Chlef) lance une station de dessalement clĂ©. Voici comment lâIA peut optimiser Ă©nergie, maintenance et qualitĂ© pour sĂ©curiser lâeau en AlgĂ©rie.

IA & dessalement Ă Chlef : piloter lâeau par la data
Le 13/12/2025, Ă Dahra (commune dâEl Marsa, wilaya de Chlef), SONATRACH a lancĂ© un chantier qui dit beaucoup plus que « nouvelle usine ». On parle dâune station de dessalement dâeau de mer capable dâaller jusquâĂ 300 000 mÂł/jour, intĂ©grĂ©e Ă un programme national visant Ă renforcer la sĂ©curitĂ© hydrique. Ă lâĂ©chelle dâun territoire, câest un basculement : lâeau potable devient une infrastructure industrielle Ă part entiĂšre.
Dans notre sĂ©rie « Comment lâIA soutient le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rie », ce type de projet est un cas dâĂ©cole. Parce quâune station de dessalement, câest autant une affaire dâeau que dâĂ©nergie, dâexploitation 24/7, de maintenance, de risques et de donnĂ©es. Et lĂ , lâintelligence artificielle nâest pas un gadget : elle permet de stabiliser les coĂ»ts, rĂ©duire les arrĂȘts, sĂ©curiser la qualitĂ©, et piloter lâempreinte Ă©nergĂ©tique.
Dahra : un projet dâeau⊠qui se pilote comme une usine dâĂ©nergie
Réponse directe : une station de dessalement moderne fonctionne comme un actif industriel critique, comparable à une unité de traitement dans les hydrocarbures, avec des KPI de disponibilité, rendement, qualité et sécurité.
La station de Dahra sâinscrit dans le deuxiĂšme programme national additionnel dĂ©cidĂ© au plus haut niveau, avec des projets comparables annoncĂ©s pour Chlef, Mostaganem et Tlemcen, chacun dimensionnĂ© jusquâĂ 300 000 mÂł/jour. Lâobjectif national affichĂ© est dâaugmenter la capacitĂ© de production dâeau dessalĂ©e Ă 5,6 millions de mÂł/jour dâici 2030.
Dahra vise une portĂ©e trĂšs concrĂšte : une alimentation durable en eau potable pour plus de 3 millions dâhabitants, dans un pĂ©rimĂštre de 150 Ă 250 km, couvrant notamment Chlef, MĂ©dĂ©a, AĂŻn Defla et Tissemsilt. Ce rayon dâaction implique des dĂ©fis opĂ©rationnels typiques des grands rĂ©seaux : pression, stockage, pompage, pertes, qualitĂ© et continuitĂ©.
Sur le plan de la gouvernance industrielle, le montage est aussi parlant : le projet est confiĂ© Ă lâENGTP (rĂ©alisation) sous supervision de lâADC (maĂźtrise/coordination), deux filiales du Groupe SONATRACH. Autrement dit, les savoir-faire « grands travaux + exploitation industrielle » sont dĂ©jĂ dans la maison. LâIA vient surtout industrialiser la performance et rendre cette performance mesurable, prĂ©dictive et pilotable.
Le vrai sujet : le nexus eauâĂ©nergie, et pourquoi lâIA devient incontournable
RĂ©ponse directe : le dessalement est Ă©nergivore ; lâIA sert Ă minimiser lâĂ©nergie par mÂł produit, tout en garantissant la qualitĂ© et la disponibilitĂ©.
Le dessalement nâest pas seulement une rĂ©ponse Ă la raretĂ© hydrique. Câest un arbitrage entre sĂ©curitĂ© hydrique et consommation Ă©nergĂ©tique. Dans la pratique, le coĂ»t dâexploitation dâune station est fortement tirĂ© par :
- la consommation électrique des pompes et des systÚmes de pression,
- lâĂ©tat des membranes (encrassement, vieillissement),
- la qualitĂ© dâeau en entrĂ©e (turbiditĂ©, salinitĂ©, tempĂ©rature),
- les cycles de nettoyage (CIP) et la chimie associée,
- les arrĂȘts non planifiĂ©s.
LĂ oĂč beaucoup dâorganisations se trompent, câest en traitant ces paramĂštres sĂ©parĂ©ment. LâIA sert justement Ă relier les causes et les effets : elle apprend quels signaux (pression diffĂ©rentielle, conductivitĂ©, vibrations, tempĂ©rature, turbiditĂ©) annoncent une dĂ©rive, et recommande lâaction au bon moment.
Une phrase qui rĂ©sume bien lâenjeu : « Le dessalement se gagne sur le mÂł stable, pas sur le mÂł maximal. » Produire 300 000 mÂł/jour sur le papier compte peu si lâusine subit des arrĂȘts, des surconsommations ou des non-conformitĂ©s.
Trois usages IA Ă fort ROI pour une station comme Dahra
RĂ©ponse directe : la valeur la plus rapide vient de la maintenance prĂ©dictive, de lâoptimisation Ă©nergĂ©tique et du contrĂŽle qualitĂ© automatisĂ©.
1) Maintenance prĂ©dictive : rĂ©duire les arrĂȘts, sĂ©curiser la disponibilitĂ©
Une station de dessalement est un empilement dâĂ©quipements rotatifs et dâinstrumentation : pompes haute pression, moteurs, variateurs, vannes, capteurs, filtres, membranes. La logique IA la plus rentable est souvent simple : prĂ©voir la panne avant quâelle ne coĂ»te une journĂ©e de production.
Ce qui marche bien en pratique :
- Analyse vibratoire (pompes/moteurs) pour détecter désalignement, cavitation, roulements fatigués.
- ModÚles de dérive sur pression différentielle et débit pour anticiper colmatage des prétraitements.
- DĂ©tection dâanomalies sur sĂ©ries temporelles (SCADA/PLC) pour repĂ©rer des comportements « bizarres » avant lâincident.
RĂ©sultat attendu : moins dâurgences, plus de piĂšces commandĂ©es Ă temps, et des arrĂȘts planifiĂ©s plus courts. Dans une infrastructure destinĂ©e Ă des millions dâhabitants, cette diffĂ©rence est Ă©norme.
2) Optimisation énergétique : baisser le coût par m³ sans sacrifier la qualité
Le pilotage Ă©nergĂ©tique ne se rĂ©sume pas à « rĂ©duire la puissance ». Il faut maintenir les paramĂštres process dans une fenĂȘtre qui garantit :
- conformité sanitaire,
- longévité des membranes,
- stabilité des débits,
- maĂźtrise des rejets.
LâIA apporte deux leviers :
- Optimisation en temps rĂ©el des consignes (pression, dĂ©bits, sĂ©quences de filtration) en fonction de lâĂ©tat rĂ©el de lâeau et de lâinstallation.
- PrĂ©vision de charge (production demandĂ©e + contraintes rĂ©seau) pour lisser lâexploitation et Ă©viter les rĂ©gimes agressifs.
ConcrĂštement, on vise un KPI que tout le monde comprend : kWh consommĂ©s par mÂł produit. Câest le point de jonction parfait entre eau et Ă©nergie, et donc un indicateur central du nexus.
3) Qualité et conformité : détecter plus tÎt, documenter mieux
Une station dâeau potable vit sous contrainte de conformitĂ©. LâIA peut automatiser :
- la dĂ©tection dâĂ©carts (conductivitĂ©, turbiditĂ©, chloration, pH),
- la traçabilité (qui a fait quoi, quand, pourquoi),
- la documentation pour audits internes/externe.
Le bénéfice est double : on réduit le risque sanitaire et on améliore la gouvernance opérationnelle.
Insight opĂ©rationnel : plus la mesure est continue et intelligible, moins lâĂ©quipe dĂ©pend des « rondes » et des interprĂ©tations individuelles.
Du chantier Ă lâexploitation : oĂč lâIA doit ĂȘtre pensĂ©e dĂšs maintenant
RĂ©ponse directe : lâIA ne se rajoute pas Ă la fin ; elle se prĂ©pare pendant la construction via la donnĂ©e, lâinstrumentation et lâarchitecture.
Le lancement dâun chantier, câest le moment idĂ©al pour poser les bases numĂ©riques. Si on attend la mise en service, on hĂ©rite souvent dâun patchwork : capteurs inĂ©gaux, tags incohĂ©rents, historiques incomplets, et impossibilitĂ© de construire des modĂšles fiables.
Voici ce que je recommande pour une station comme Dahra, dĂšs la phase projet :
- Standardiser les tags et la qualité de données (nomenclature instrumentation, unités, fréquences, horodatage).
- Mettre en place une architecture OT/IT claire : SCADA/PLC â historien â couche analytique â tableaux de bord.
- PrĂ©voir un jumeau numĂ©rique pragmatique : pas un modĂšle âmarketingâ, mais un outil qui simule dĂ©bit/pression/Ă©tats et aide au diagnostic.
- Définir 10 à 15 KPI non négociables : disponibilité, kWh/m³, taux de rejets, incidents, temps moyen de réparation, consommation chimique, etc.
Lâenjeu nâest pas seulement technique. Il est humain : le communiquĂ© souligne la crĂ©ation dâemplois et les programmes de formation et montĂ©e en compĂ©tences. LâIA peut accĂ©lĂ©rer cette montĂ©e en compĂ©tence si elle est prĂ©sentĂ©e comme une aide au pilotage (alertes, recommandations, explications), pas comme une boĂźte noire.
Sécurité, cybersécurité et fiabilité : le trio à ne pas négliger
RĂ©ponse directe : plus on connecte une infrastructure dâeau, plus il faut industrialiser la cybersĂ©curitĂ© et la sĂ»retĂ© de fonctionnement.
Lâeau potable est une infrastructure sensible. Une station de dessalement est aussi une installation industrielle connectĂ©e (capteurs, automates, supervision). DĂšs quâon parle IA, on parle :
- surface dâattaque accrue,
- dépendance aux données,
- risques de faux positifs/faux négatifs.
Deux rÚgles simples aident énormément :
- Segmentation réseau OT/IT et contrÎle strict des accÚs.
- Gouvernance des modĂšles IA : versions, tests, seuils dâalerte, procĂ©dures de bascule en mode manuel.
La bonne approche, câest une IA qui amĂ©liore la fiabilitĂ© sans fragiliser lâexploitation.
Questions fréquentes (et réponses utiles)
RĂ©ponse directe : les mĂȘmes briques IA que dans les hydrocarbures sâappliquent au dessalement, avec des prioritĂ©s diffĂ©rentes.
LâIA est-elle vraiment adaptĂ©e au dessalement en AlgĂ©rie ?
Oui, parce que les prĂ©requis sont dĂ©jĂ familiers au secteur Ă©nergie : instrumentation, supervision, maintenance, HSE, continuitĂ© de service. Le dĂ©fi principal est dâaligner les donnĂ©es et les Ă©quipes.
Quel est le premier âquick winâ IA sur une station ?
La dĂ©tection dâanomalies sur donnĂ©es SCADA (dĂ©bits, pressions, vibrations) est souvent le plus rapide : peu intrusif, valeur visible, amĂ©lioration immĂ©diate des arrĂȘts non planifiĂ©s.
Qui doit porter ces projets : IT, exploitation, ingénierie ?
Lâexploitation doit ĂȘtre propriĂ©taire des KPI et des dĂ©cisions. LâIT sĂ©curise et industrialise. LâingĂ©nierie garantit la cohĂ©rence process. Sans ce trio, lâIA devient un outil de plus, pas un systĂšme de pilotage.
Prochaine Ă©tape : faire du dessalement une plateforme industrielle pilotĂ©e par lâIA
La station de Dahra nâest pas quâun projet dâeau : câest un exemple concret de lâintĂ©gration eauâĂ©nergie en AlgĂ©rie, avec une capacitĂ© industrielle (300 000 mÂł/jour) et une ambition nationale (5,6 millions de mÂł/jour dâici 2030). Câest exactement le type dâinfrastructure oĂč lâIA a du sens : pas pour « faire moderne », mais pour tenir la promesse la plus difficile â produire stable, sĂ»r, et au bon coĂ»t.
Si vous travaillez dans lâĂ©nergie, les hydrocarbures, lâeau ou les grands projets, je vous conseille de poser une question simple dĂšs la phase chantier : quelles donnĂ©es voulons-nous avoir le jour 1 de lâexploitation pour Ă©viter le jour 100 de la crise ? Câest souvent lĂ que se joue la rĂ©ussite.
Et maintenant, la question qui compte pour 2026 : est-ce quâon veut des stations qui produisent, ou des stations qui sâoptimisent en continu ?