IA et dessalement : piloter Sidi Ladjel avec la data

Comment l’IA soutient le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en AlgérieBy 3L3C

Sidi Ladjel (300 000 m³/j) montre comment l’IA optimise énergie, maintenance et qualité dans le dessalement. Plan d’action concret pour industriels.

IA industrielleDessalementSONATRACHOsmose inverseMaintenance prédictiveData/SCADAInfrastructures critiques
Share:

Featured image for IA et dessalement : piloter Sidi Ladjel avec la data

IA et dessalement : piloter Sidi Ladjel avec la data

Le 22/11/2025, le chantier de la station de dessalement d’eau de mer de Sidi Ladjel (wilaya de Mostaganem) a été lancé officiellement. Chiffres à retenir : 300 000 m³/jour à terme, une première tranche annoncée à 150 000 m³/jour avec une mise en service partielle projetée dans 22 mois, sur un site d’environ 12 hectares. Derrière ces chiffres, il y a une réalité opérationnelle simple : une usine de dessalement moderne est d’abord une usine de données.

Et c’est exactement là que notre série « Comment l’IA soutient le secteur de l’énergie et des hydrocarbures en Algérie » prend tout son sens. Beaucoup pensent que l’intelligence artificielle (IA) ne concerne que l’exploration pétrolière, la maintenance des compresseurs ou l’optimisation des pipelines. Faux. Une station de dessalement, surtout à grande capacité, pose les mêmes défis industriels : énergie, fiabilité, maintenance, qualité, sécurité et pilotage multi-acteurs. L’IA devient alors un accélérateur pragmatique pour tenir les délais, stabiliser les coûts et sécuriser la production.

Sidi Ladjel n’est pas “juste” un projet d’eau potable : c’est un cas d’école sur la façon dont l’Algérie peut connecter ses investissements d’infrastructure à des logiques data-driven portées par des acteurs nationaux, dont SONATRACH et ses filiales.

Sidi Ladjel : ce que révèle un chantier de dessalement moderne

Le point clé : un projet de dessalement à 300 000 m³/jour est un système socio-technique, pas seulement un assemblage d’équipements.

D’après l’annonce officielle, Sidi Ladjel a été choisi pour sa position stratégique afin de servir plusieurs wilayas de l’Ouest ayant subi une baisse notable des précipitations. L’objectif est clair : renforcer la souveraineté hydrique, réduire la pression sur les barrages et les nappes, et répondre à une demande qui augmente.

Un montage industriel qui appelle l’optimisation

Le projet est confié en mode FEED + EPC “clé en main” à SARPI, filiale du groupe SONATRACH, déjà impliquée dans une station de dessalement à El Tarf. Ce choix a une implication concrète : un EPC performant ne se juge pas seulement sur le béton coulé, mais sur la capacité à industrialiser : standards, méthodes, approvisionnement, sécurité, qualité.

Là où l’IA s’insère naturellement, c’est dans les “angles morts” des grands projets :

  • Les retards liés aux interfaces (civil, électromécanique, automatisme, essais)
  • La variabilité des performances une fois l’usine lancée
  • Les coûts énergétiques qui peuvent exploser si l’exploitation n’est pas finement pilotée
  • Les arrêts non planifiés (fouling, membranes, pompes, prétraitement)

Autrement dit : si on attend la mise en service pour parler data, il est déjà trop tard.

L’IA dans le dessalement : réduire l’énergie et augmenter la disponibilité

La proposition est directe : l’IA sert d’abord à stabiliser la production et à réduire le kWh par m³.

Une station d’osmose inverse (technologie annoncée pour Sidi Ladjel) consomme essentiellement de l’énergie sur les pompes haute pression et se bat contre un ennemi permanent : la dégradation progressive des performances (colmatage, variations de salinité, température, turbidité).

Optimiser l’osmose inverse avec des modèles prédictifs

En exploitation, l’IA peut s’appuyer sur les données SCADA et capteurs (débit, pression, conductivité, température, qualité d’eau brute) pour :

  1. Prédire le colmatage (fouling) avant qu’il n’impacte fortement le débit
  2. Optimiser les séquences de lavage (CIP) au bon moment, ni trop tôt ni trop tard
  3. Ajuster les consignes (pression, récupération, dosage chimique) pour minimiser l’énergie tout en respectant la qualité

Une règle d’exploitation que j’ai souvent vue sur des sites industriels : on compense l’incertitude avec des marges. On “sur-dose”, on “sur-pressurise”, on “sur-lave”. C’est rassurant… et coûteux. L’IA remplace une partie de ces marges par de la prévision.

Maintenance prédictive : pompes, vannes, instruments, membranes

La maintenance est le deuxième gros levier. Les équipements critiques d’une station de dessalement se prêtent bien à la détection d’anomalies :

  • Pompes (vibrations, température, consommation)
  • Motorisations (courant, échauffement)
  • Vannes (temps de réponse, cycles)
  • Capteurs (dérives, incohérences)

Dans les hydrocarbures, ce type de maintenance prédictive est déjà bien connu. Transposé au dessalement, il vise une métrique très “business” : le taux de disponibilité. Pour une station qui doit alimenter près de 3 millions de citoyens (Mostaganem, Tissemsilt, Tiaret annoncées), chaque heure d’arrêt évité compte.

Une station de dessalement performante n’est pas celle qui “marche”, c’est celle qui marche tous les jours avec une qualité stable.

Du chantier à l’exploitation : l’IA commence avant la mise en eau

Le message qui dérange un peu : mettre de l’IA après coup est une erreur classique. Les gains sont plus faibles, et l’intégration plus chère.

“Digital by design” sur un projet FEED + EPC

Sur un chantier comme Sidi Ladjel, l’IA et l’analytique avancée apportent de la valeur dès la phase projet :

  • Planification probabiliste (risques de retard, chemins critiques réels)
  • Optimisation logistique (approvisionnements, stockage, rotations)
  • Contrôle qualité augmenté (inspection visuelle, suivi de conformité)
  • Sécurité HSE (analyse d’incidents, zones à risque, prévention)

L’idée n’est pas d’ajouter des outils. C’est de définir un socle minimal : nomenclatures cohérentes, tags instrumentation, historique de maintenance, règles de gouvernance de données. Sans cela, l’IA se retrouve à “apprendre” sur des données inexploitables.

Jumeau numérique : utile si on le fait pour l’exploitation

On parle beaucoup de digital twin. Dans la vraie vie, un jumeau numérique n’a d’intérêt que s’il sert à :

  • tester des scénarios (variabilité de l’eau brute, pics de demande)
  • simuler l’effet d’un réglage sur énergie et qualité
  • préparer des arrêts programmés

La bonne approche est modeste : un jumeau numérique “ciblé” sur les sous-systèmes critiques (prétraitement + osmose + post-traitement), pas une réplique totale trop lourde.

Pourquoi SONATRACH a une carte à jouer : convergence eau–énergie–data

Le point clé : l’eau et l’énergie se pilotent ensemble.

Un dessalement à grande échelle dépend de l’énergie (et de sa stabilité). Or, l’Algérie dispose d’un écosystème industriel où les compétences en instrumentation, automatisme, maintenance lourde et conduite d’unités existent déjà largement dans les hydrocarbures.

La convergence est naturelle :

  • Les mêmes méthodes de fiabilité (RCM), d’intégrité des actifs et de maintenance
  • Les mêmes infrastructures de supervision (SCADA, historian)
  • Les mêmes exigences de cybersécurité industrielle
  • Les mêmes arbitrages coûts/risques/délais

Gouvernance des données : la vraie différence entre “piloté” et “subi”

L’IA n’est pas une baguette magique. Elle exige une gouvernance :

  • un dictionnaire de données (tags, unités, conventions)
  • des règles de qualité (données manquantes, dérives)
  • une traçabilité des décisions (pour l’audit et l’exploitation)
  • une séparation claire IT/OT avec des passerelles sécurisées

Dans un contexte d’infrastructures critiques, la cybersécurité n’est pas négociable. Plus on connecte, plus on doit durcir.

Questions fréquentes (et réponses nettes)

L’IA peut-elle vraiment réduire la facture énergétique du dessalement ?

Oui, parce que l’énergie se joue sur des réglages fins et continus (pression, récupération, séquences de lavage). Les économies viennent de la réduction des marges de sécurité “au feeling”.

Faut-il des capteurs “spéciaux” pour faire de l’IA ?

Pas forcément. L’essentiel est d’exploiter correctement le SCADA existant, d’ajouter quelques mesures manquantes sur des points critiques, et surtout de garantir la qualité des données.

Le plus gros piège ?

Construire un modèle brillant… puis découvrir qu’il n’est pas utilisable par les équipes d’exploitation. L’IA doit s’intégrer dans la routine opérateur : alertes claires, recommandations actionnables, et preuve de valeur.

Ce que les décideurs peuvent faire dès maintenant (plan en 90 jours)

Voici une feuille de route pragmatique, applicable à Sidi Ladjel et à d’autres infrastructures similaires.

  1. Cartographier les cas d’usage (énergie, disponibilité, qualité, HSE) et les prioriser par ROI et criticité.
  2. Auditer les données OT : quelles variables existent, à quelle fréquence, avec quelle fiabilité.
  3. Définir un socle de gouvernance : conventions de tags, unités, référentiels équipements.
  4. Lancer un pilote “énergie + maintenance” sur un sous-système (pompes HP ou prétraitement) avec un objectif mesurable.
  5. Former un binôme opérationnel : un responsable exploitation + un data/automatisme, avec un mandat clair.

Ce plan évite le piège du “grand programme IA” flou. Il ancre l’IA dans des résultats opérationnels.

Sidi Ladjel, une vitrine… si on traite la data comme un actif industriel

Le lancement du chantier de Sidi Ladjel rappelle une chose : l’Algérie investit dans des infrastructures vitales, pensées pour durer et renforcer la souveraineté hydrique. Mais la durabilité ne dépend pas seulement des équipements. Elle dépend de la capacité à piloter : anticiper les dérives, réduire l’énergie, maintenir la qualité, et garantir la disponibilité.

Dans cette série sur l’IA au service de l’énergie et des hydrocarbures en Algérie, Sidi Ladjel illustre parfaitement la continuité entre secteurs : les mêmes réflexes data et fiabilité qui font gagner des points sur un champ pétrolier peuvent sécuriser une station de dessalement.

Si votre organisation (énergie, ingénierie, utilities, maintenance) prépare un projet industriel similaire, la question utile n’est pas “faut-il de l’IA ?”. C’est : quelles décisions quotidiennes peut-on rendre plus fiables grâce aux données, dès la phase chantier ?

🇩🇿 IA et dessalement : piloter Sidi Ladjel avec la data - Algeria | 3L3C