Le limogeage du PDG dâAlgĂ©rie TĂ©lĂ©com ouvre une fenĂȘtre pour accĂ©lĂ©rer lâIA : fiabilitĂ© rĂ©seau, transparence et meilleurs services publics.

IA et AlgĂ©rie TĂ©lĂ©com : lâoccasion dâaccĂ©lĂ©rer lâĂtat
Le 25/12/2025, la nouvelle est tombĂ©e en quelques lignes : Adel Bentoumi a Ă©tĂ© limogĂ© de la direction dâAlgĂ©rie TĂ©lĂ©com, sans explication publique dĂ©taillĂ©e, et sans annonce immĂ©diate dâun successeur. Sur le papier, câest un Ă©pisode de plus dans la vague de changements Ă la tĂȘte des grands groupes publics.
Mais dans les faits, câest un signal beaucoup plus intĂ©ressant : quand on change un PDG, on change aussi une feuille de route. Et pour un opĂ©rateur qui dĂ©tient le monopole de lâinternet fixe, la feuille de route ne concerne pas seulement la tĂ©lĂ©phonie ou lâADSL. Elle touche Ă la capacitĂ© de lâadministration algĂ©rienne Ă rendre des services numĂ©riques stables, rapides et transparents.
Dans notre sĂ©rie « Comment lâIA soutient le secteur de lâĂ©nergie et des hydrocarbures en AlgĂ©rie », on parle souvent de donnĂ©es, dâinfrastructures critiques et de fiabilitĂ© opĂ©rationnelle. AlgĂ©rie TĂ©lĂ©com est au cĆur de ce triptyque : sans rĂ©seau robuste, pas de digitalisation crĂ©dible pour les ministĂšres, les wilayas, les opĂ©rateurs dâĂ©nergie, ni pour les citoyens.
Ce que le limogeage change vraiment : la gouvernance du numérique
RĂ©ponse directe : ce type de changement crĂ©e une fenĂȘtre de 90 Ă 180 jours oĂč les arbitrages deviennent possibles (budget, prioritĂ©s, partenaires, indicateurs). Câest court, mais dĂ©cisif.
La raison est simple : un opĂ©rateur public fonctionne souvent avec des cycles lents (marchĂ©s, investissements, maintenance, procĂ©dures). Quand la direction change, tout le monde attend la nouvelle doctrine : quâest-ce quâon mesure ? quâest-ce quâon automatise ? quâest-ce quâon coupe ?
Or, lâIA nâest pas un « projet IT » de plus. Dans une entreprise rĂ©seau comme AlgĂ©rie TĂ©lĂ©com, lâIA devient un outil de gestion : elle sert Ă prĂ©voir, Ă prioriser, Ă dĂ©tecter, Ă expliquer. Bref, Ă piloter.
Une opportunité de recadrer les priorités
On peut prendre position sans se tromper : le prochain PDG sera jugĂ© sur lâexpĂ©rience rĂ©elle, pas sur les annonces.
- Latence et stabilitĂ© sur lâinternet fixe
- Temps de rétablissement aprÚs incident
- DĂ©lai dâinstallation/raccordement
- Qualité du support client
- Transparence sur les pannes et travaux
Ces sujets ne se rĂšglent pas uniquement avec des Ă©quipements. Ils se rĂšglent aussi par une meilleure exploitation de la donnĂ©e â et câest prĂ©cisĂ©ment lĂ que lâIA est utile.
LâIA, un levier concret pour moderniser AlgĂ©rie TĂ©lĂ©com (pas un slogan)
RĂ©ponse directe : lâIA apporte le plus de valeur quand elle rĂ©duit les temps morts : diagnostic, escalade, planification, contrĂŽle qualitĂ©, lutte contre la fraude, et relation usager.
Dans un opĂ©rateur tĂ©lĂ©com, les donnĂ©es sont dĂ©jĂ lĂ : tickets dâincident, logs rĂ©seau, mesures de performance, inventaires, historiques dâintervention, plaintes clients, cartes de couverture, etc. Le problĂšme habituel nâest pas lâabsence de donnĂ©es, câest leur fragmentation et leur non-exploitation.
1) Maintenance prédictive et réduction des pannes
Lâapproche la plus rentable est souvent la plus « sobre » : prĂ©dire les incidents avant quâils ne se voient.
Exemples de cas dâusage rĂ©alistes :
- DĂ©tection dâanomalies sur des Ă©quipements de collecte (comportement qui dĂ©rive)
- Identification des zones oĂč les incidents se rĂ©pĂštent (corrĂ©lation mĂ©tĂ©o/travaux/charge)
- Priorisation automatique des interventions selon lâimpact (administrations, hĂŽpitaux, entreprises)
Une phrase que je rĂ©pĂšte aux Ă©quipes : âUn incident nâest pas seulement une panne, câest une chaĂźne de dĂ©cisions.â LâIA aide Ă raccourcir cette chaĂźne.
2) Optimisation des interventions terrain (le nerf de la guerre)
Sur le terrain, les gains viennent de la logistique et du routage. Avec des modĂšles dâoptimisation (et pas forcĂ©ment du deep learning), on peut :
- Réduire les kilomÚtres inutiles
- Mieux planifier les tournées selon les compétences
- Prévoir les piÚces de rechange à embarquer
- Diminuer les retours au dépÎt
Résultat attendu : moins de délais de rétablissement, et une expérience plus stable pour les services publics qui dépendent du réseau.
3) Assistance client et e-administration : le duo gagnant
Quand on parle de modernisation de lâadministration, on pense souvent aux portails. Mais un portail sans support, câest un mur.
Algérie Télécom peut jouer un rÎle structurant avec :
- Un assistant multicanal (web, mobile, messagerie) qui traite les demandes simples (Ă©ligibilitĂ©, suivi dâinstallation, pannes connues)
- Une qualification automatique des tickets (catégorie, urgence, zone, probabilité de cause)
- Des réponses cohérentes et traçables (utile pour la transparence)
Lâobjectif nâest pas de remplacer les agents. Câest de rĂ©server les humains pour les cas complexes, et dâĂ©lever le niveau de service.
Transparence et lutte contre la mauvaise gestion : lâIA comme preuve, pas comme promesse
RĂ©ponse directe : lâIA nâapporte de confiance que si elle sâappuie sur des indicateurs publics, auditables et reliĂ©s Ă des processus.
Lâarticle source rappelle que les changements de dirigeants sâinscrivent dans une logique de lutte contre la corruption, la mauvaise gestion et les passe-droits. Câest prĂ©cisĂ©ment le point oĂč le numĂ©rique peut passer de lâintention Ă la preuve.
Mesurer ce qui compte (et le rendre visible)
Un opĂ©rateur public peut publier, mĂȘme progressivement, des tableaux de bord simples :
- Taux de disponibilité par région
- DĂ©lais moyens dâinstallation
- DĂ©lais de rĂ©tablissement par type dâincident
- Nombre dâincidents majeurs (avec explication)
LâIA peut ensuite servir Ă expliquer ces indicateurs (analyse des causes racines) et Ă dĂ©tecter les incohĂ©rences (ex. temps dâintervention anormalement bas ou haut, rĂ©pĂ©titions suspectes, surconsommation de piĂšces).
Une organisation devient plus honnĂȘte quand ses chiffres cessent dâĂȘtre une affaire interne.
Réduire les « zones grises » dans les processus
Dans beaucoup dâentreprises, la mauvaise gestion se niche dans :
- la priorisation opaque des demandes,
- les dérogations non justifiées,
- les stocks mal suivis,
- les interventions non tracées.
Un systĂšme assistĂ© par IA, bien conçu, laisse des traces : qui a dĂ©cidĂ©, quand, sur quels critĂšres. Câest moins confortable Ă court terme, mais beaucoup plus sain.
TĂ©lĂ©coms + Ă©nergie : pourquoi cette transition compte aussi pour Sonatrach et lâindustrie
RĂ©ponse directe : moderniser AlgĂ©rie TĂ©lĂ©com, câest renforcer lâinfrastructure data qui permet lâIA dans lâĂ©nergie et les hydrocarbures.
Dans le secteur Ă©nergĂ©tique, lâIA dĂ©pend de trois conditions trĂšs concrĂštes :
- Connectivité fiable (sites éloignés, capteurs, remontées SCADA/IoT)
- Temps quasi rĂ©el (alertes sĂ©curitĂ©, dĂ©tection dâanomalies)
- Sécurité et segmentation réseau (isoler les environnements critiques)
Si lâinternet fixe et les liaisons de transport ne sont pas stables, les projets IA cĂŽtĂ© Ă©nergie deviennent fragiles : modĂšles alimentĂ©s par des donnĂ©es incomplĂštes, retards dâalertes, pertes de paquets, synchronisation approximative. Et ça, sur un site industriel, ce nâest pas un dĂ©tail.
Un exemple parlant : lâIA sur un site industriel
Sur un site de production, lâIA peut dĂ©tecter une dĂ©rive (tempĂ©rature, vibration, pression), et dĂ©clencher une action prĂ©ventive. Mais si la connectivitĂ© est instable :
- lâalerte arrive trop tard,
- le modĂšle nâa pas assez de contexte,
- lâĂ©quipe ne fait plus confiance au systĂšme.
Câest pour ça que le rĂ©seau est une condition de crĂ©dibilitĂ© de lâIA industrielle â pas un sujet sĂ©parĂ©.
Feuille de route â90 joursâ pour un nouveau PDG : pragmatique et mesurable
Réponse directe : si la direction change, il faut commencer par des projets IA courts, avec métriques, puis élargir.
Voici ce que je pousserais, sans attendre des années de transformation :
- Unifier la donnée des incidents (tickets + logs + interventions) dans une base exploitable
- Mettre en place une dĂ©tection dâanomalies sur 2 Ă 3 zones pilotes (grandes agglomĂ©rations + une zone mixte)
- Lancer un copilote interne pour les techniciens et le support (recherche dans procédures, diagnostics, historiques)
- DĂ©ployer un assistant client limitĂ© Ă des cas simples, avec transfert humain systĂ©matique au-delĂ
- Publier un tableau de bord mensuel sur 4 indicateurs (disponibilité, installation, rétablissement, incidents majeurs)
Les métriques à suivre (sinon, on raconte des histoires)
- Diminution du MTTR (Mean Time To Repair / temps moyen de rétablissement)
- Taux de tickets requalifiés automatiquement et correctement
- Taux de résolution au premier contact (support)
- Baisse des incidents répétitifs sur une zone
Un projet IA qui ne change aucun de ces chiffres est un projet décoratif.
Questions fréquentes que tout le monde se pose (et réponses nettes)
LâIA peut-elle amĂ©liorer lâADSL et la fibre sans investissement rĂ©seau ?
Oui, partiellement. LâIA optimise lâexploitation (diagnostic, priorisation, planification). Mais si la capacitĂ© et lâaccĂšs sont saturĂ©s, il faudra investir. Les deux vont ensemble.
Est-ce risqué pour la protection des données ?
Oui, si on fait nâimporte quoi. Il faut minimiser les donnĂ©es, journaliser les accĂšs, anonymiser quand câest possible, et sĂ©parer les environnements. Un assistant client, par exemple, doit ĂȘtre conçu pour Ă©viter lâexposition dâinformations sensibles.
Pourquoi lâIA plutĂŽt quâun âsimpleâ logiciel de gestion ?
Parce que le rĂ©seau produit trop dâĂ©vĂ©nements pour ĂȘtre pilotĂ© manuellement. LâIA sert Ă filtrer, classer, prĂ©dire et expliquer, lĂ oĂč un logiciel classique se contente dâenregistrer.
Ce que ce changement peut apporter dĂšs 2026
Le limogeage dâAdel Bentoumi, annoncĂ© le 25/12/2025, nâest pas une solution en soi. Mais il crĂ©e une occasion : mettre lâIA au service dâune exploitation rĂ©seau plus fiable et dâune administration plus fluide.
Si AlgĂ©rie TĂ©lĂ©com devient meilleur sur trois axes â disponibilitĂ©, dĂ©lais, transparence â lâimpact dĂ©passe largement lâentreprise. Câest toute la chaĂźne de la digitalisation publique qui gagne : services en ligne plus stables, dĂ©marches plus rapides, et un socle solide pour lâIA dans lâĂ©nergie et les hydrocarbures.
Pour les dĂ©cideurs, la question Ă poser au prochain PDG nâest pas âavez-vous une stratĂ©gie IA ?â. Elle est plus simple, et plus exigeante : quels indicateurs allez-vous amĂ©liorer, de combien, et en combien de temps ?