IA & formation hydrocarbures : le modĂšle SONATRACH

Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie‱‱By 3L3C

Partenariat SONATRACH–Mauritanie : comment l’IA renforce la formation dans les hydrocarbures. Cas d’usage et plan d’action en 90 jours.

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IA & formation hydrocarbures : le modĂšle SONATRACH

Le 22/10/2025, Ă  Nouakchott, SONATRACH a signĂ© un contrat de formation avec la SociĂ©tĂ© Mauritanienne des Hydrocarbures via la SONATRACH Academy of Management (SMA). Vu de loin, c’est “juste” un accord RH. Vu de prĂšs, c’est un signal trĂšs clair : dans l’énergie, la compĂ©titivitĂ© se joue dĂ©sormais autant sur les compĂ©tences que sur les rĂ©serves.

Et en ce mois de dĂ©cembre 2025, au moment oĂč beaucoup d’organisations font leur bilan annuel et planifient 2026, ce type d’initiative a une valeur particuliĂšre : il montre une trajectoire. La rĂ©alitĂ©? Former mieux, plus vite et de façon mesurable devient un sujet stratĂ©gique — et l’IA appliquĂ©e Ă  la formation professionnelle est l’un des meilleurs raccourcis pour y arriver.

Dans cette publication (inscrite dans notre sĂ©rie « Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie »), je prends cet accord SONATRACH–Mauritanie comme cas d’école : pourquoi ces partenariats comptent, comment l’IA peut renforcer les programmes de formation dans les hydrocarbures, et quels choix concrets peuvent faire les directions RH, HSE, exploitation et maintenance en AlgĂ©rie.

Ce que l’accord SONATRACH–Mauritanie dit vraiment

Le point central est simple : l’accord vise Ă  renforcer les compĂ©tences en management et mĂ©tiers transverses des collaborateurs mauritaniens, grĂące au savoir-faire de SONATRACH, avec un programme “conçu et adaptĂ©â€ aux besoins de la partie mauritanienne.

Dans l’annonce, plusieurs Ă©lĂ©ments comptent :

  • Un cadre institutionnel solide : signature par la directrice de la SMA (Mme Souad ABDALLAH) et le PDG de la sociĂ©tĂ© mauritanienne (M. Taleb KHAYAR).
  • Un ancrage “talent & filiĂšre” : prĂ©sence du management RH de SONATRACH et de l’Institut AlgĂ©rien du PĂ©trole (IAP), ce qui souligne l’enjeu de montĂ©e en compĂ©tences structurĂ©e.
  • Un objectif explicitement bilatĂ©ral : Ă©change d’expertise, dĂ©veloppement des talents, bĂ©nĂ©fices des deux cĂŽtĂ©s.

Une coopération énergie durable se construit moins par des déclarations que par des compétences transférables, évaluables, et réutilisables sur le terrain.

Autrement dit, l’accord parle de formation, mais il parle aussi de standardisation des pratiques, de langage commun (process, reporting, sĂ©curitĂ©, pilotage), et de capacitĂ© Ă  exĂ©cuter.

Pourquoi l’IA devient la colonne vertĂ©brale des formations Ă©nergie

RĂ©ponse directe : l’IA rend la formation plus personnalisĂ©e, plus mesurable et plus opĂ©rationnelle — trois points qui manquent souvent aux dispositifs classiques.

Dans les hydrocarbures, on forme rarement “pour le plaisir”. On forme pour Ă©viter :

  • des arrĂȘts non planifiĂ©s,
  • des incidents HSE,
  • des erreurs de procĂ©dure,
  • des pertes de rendement,
  • des coĂ»ts de maintenance en hausse.

Personnaliser sans exploser les coûts

Une acadĂ©mie interne ou un institut peut difficilement offrir un parcours sur-mesure Ă  chaque apprenant. Avec des outils d’IA (moteurs adaptatifs, recommandations de contenus, analyse de progression), on peut :

  • adapter la difficultĂ© et le rythme,
  • proposer des rappels ciblĂ©s (microlearning),
  • dĂ©tecter les lacunes rĂ©currentes par Ă©quipe ou site.

Le rĂ©sultat attendu est concret : moins d’heures “gĂ©nĂ©riques”, plus de temps sur les compĂ©tences rĂ©ellement manquantes.

Mesurer ce qui compte (au-delĂ  des attestations)

Beaucoup de programmes s’arrĂȘtent Ă  “prĂ©sence + quiz final”. Dans l’énergie, c’est insuffisant.

L’IA permet d’aller vers des indicateurs plus utiles :

  • temps pour atteindre un niveau de maĂźtrise,
  • taux d’erreurs typiques sur cas pratiques,
  • progression par compĂ©tence (matrice de compĂ©tences dynamique),
  • corrĂ©lation entre formation et performance terrain (pannes, Ă©carts HSE, qualitĂ©).

Ce sont ces mesures qui transforment la formation en outil de pilotage industriel.

Passer du “cours” au “terrain” avec des simulateurs

Dans les mĂ©tiers hydrocarbures, les simulateurs et scĂ©narios font la diffĂ©rence. L’IA amĂ©liore les simulations (scĂ©narios variĂ©s, feedback intelligent, analyse des dĂ©cisions). Exemples trĂšs concrets :

  • gestion d’incident HSE (perte de confinement, alarme gaz),
  • diagnostic de panne instrumentation,
  • procĂ©dures d’arrĂȘt/redĂ©marrage,
  • arbitrages de production sous contraintes.

Cas d’usage IA “prĂȘts Ă  dĂ©ployer” pour une acadĂ©mie Ă©nergie en AlgĂ©rie

RĂ©ponse directe : il existe 5 familles de cas d’usage qui apportent vite de la valeur, sans attendre un “grand programme” digital.

1) Parcours adaptatifs pour management et métiers transverses

L’accord met l’accent sur le management et les fonctions transverses. Bonne nouvelle : c’est un terrain idĂ©al pour l’IA.

  • Leadership de site : gestion d’équipe postĂ©e, prise de dĂ©cision sous pression.
  • Pilotage budgĂ©taire : lecture des coĂ»ts, OPEX/CAPEX, arbitrages.
  • Gestion de projet : planification, risques, jalons, reporting.

Avec l’IA, on peut proposer des cas pratiques contextualisĂ©s (maintenance, exploitation, logistique) plutĂŽt que des cours trop gĂ©nĂ©raux.

2) Assistant de formation interne (copilote) pour formateurs et apprenants

Un assistant IA interne, cadré et sécurisé, peut :

  • expliquer une procĂ©dure Ă  partir d’un rĂ©fĂ©rentiel,
  • gĂ©nĂ©rer des quiz spĂ©cifiques (par unitĂ©, par mĂ©tier),
  • aider un formateur Ă  crĂ©er un scĂ©nario ou une Ă©tude de cas,
  • rĂ©pondre aux questions frĂ©quentes sans monopoliser l’expert.

Le point clĂ© : l’assistant doit ĂȘtre alimentĂ© par des contenus validĂ©s (procĂ©dures, standards HSE, retours d’expĂ©rience), pas par “Internet”.

3) Analytics RH : cartographier le gap de compétences

On parle souvent de “skills gap” sans le mesurer. Avec une matrice de compĂ©tences numĂ©risĂ©e et des Ă©valuations rĂ©guliĂšres, l’IA peut :

  • prĂ©dire les risques de pĂ©nurie par mĂ©tier,
  • identifier les compĂ©tences critiques par site,
  • prioriser les formations Ă  plus fort impact.

Pour une entreprise Ă©nergie, c’est un outil de gouvernance : on forme lĂ  oĂč le risque opĂ©rationnel est le plus Ă©levĂ©.

4) Sécurité industrielle : entraßnement et prévention

La prévention HSE progresse quand elle est fréquente, concrÚte et contextualisée.

L’IA permet notamment :

  • du microlearning HSE personnalisĂ© (selon poste, exposition, incidents passĂ©s),
  • des scĂ©narios “presque-accidents” (near-miss) pour entraĂźner les rĂ©flexes,
  • l’analyse de textes de rapports d’incidents pour repĂ©rer les causes rĂ©currentes.

5) Évaluation continue et certification interne crĂ©dible

Former, c’est bien. Certifier de façon robuste, c’est mieux.

Des Ă©valuations continues (cas pratiques, simulation, observation terrain) combinĂ©es Ă  des analyses IA peuvent produire des preuves de compĂ©tence plus solides qu’un examen final unique.

Coopération internationale : un accélérateur
 si on standardise

RĂ©ponse directe : la coopĂ©ration fonctionne quand les partenaires partagent un mĂȘme “systĂšme” de compĂ©tences et d’évaluation, pas seulement des sessions de formation.

L’accord SONATRACH–SociĂ©tĂ© Mauritanienne des Hydrocarbures vise l’échange d’expertise. Pour que cet Ă©change produise des rĂ©sultats durables, il faut souvent :

  • un rĂ©fĂ©rentiel de compĂ©tences commun (management, HSE, process),
  • des niveaux attendus (dĂ©butant/compĂ©tent/expert),
  • une mĂ©thode d’évaluation comparable,
  • un suivi post-formation (3 mois, 6 mois, 12 mois).

L’IA est utile ici parce qu’elle impose (positivement) une discipline : donnĂ©es d’apprentissage, traçabilitĂ©, et indicateurs comparables entre pays, sites ou filiales.

Une formation sans mĂ©triques, c’est une intention. Une formation avec mĂ©triques, c’est une stratĂ©gie.

Plan d’action en 90 jours pour une direction formation (AlgĂ©rie)

RĂ©ponse directe : en 3 mois, on peut passer d’une formation “catalogue” Ă  un dispositif pilotĂ© par la donnĂ©e, mĂȘme Ă  petite Ă©chelle.

Étape 1 (semaines 1–3) : cadrer les prioritĂ©s mĂ©tier

  • Choisir 2 populations (ex. superviseurs de production + planificateurs maintenance).
  • DĂ©finir 10–15 compĂ©tences critiques.
  • Fixer un niveau cible et un mode d’évaluation.

Étape 2 (semaines 4–7) : construire un pilote IA mesurable

  • Mettre en place un parcours adaptatif (modules + cas).
  • Ajouter un assistant IA interne limitĂ© au rĂ©fĂ©rentiel validĂ©.
  • Mesurer : progression, erreurs rĂ©currentes, complĂ©tion, satisfaction.

Étape 3 (semaines 8–12) : connecter la formation aux indicateurs terrain

  • Relier les donnĂ©es formation Ă  2–3 KPI opĂ©rationnels (ex. temps d’intervention, rework, Ă©carts HSE).
  • Organiser un retour d’expĂ©rience avec chefs de site.
  • DĂ©cider l’extension (ou l’ajustement) sur la base de donnĂ©es, pas d’impressions.

Ce que les décideurs énergie devraient retenir pour 2026

L’annonce du 22/10/2025 est un rappel utile : le capital humain est une infrastructure. Dans les hydrocarbures, on investit dans les unitĂ©s, les pipelines, les arrĂȘts techniques. On doit investir avec la mĂȘme rigueur dans les compĂ©tences.

L’IA n’est pas un gadget pour “digitaliser” des supports. Elle sert à faire trois choses trùs concrùtes :

  • mieux cibler (qui former, sur quoi, quand),
  • mieux prouver (compĂ©tence acquise, progression),
  • mieux transfĂ©rer (standardiser l’expertise entre partenaires, pays, sites).

Si l’AlgĂ©rie veut faire de la formation professionnelle un levier industriel — et pas seulement un poste budgĂ©taire — la combinaison acadĂ©mies internes + IA + coopĂ©ration internationale est probablement l’approche la plus rĂ©aliste.

Et maintenant, la vraie question opĂ©rationnelle Ă  se poser pour 2026 : quelles compĂ©tences critiques, chez vous, mĂ©ritent d’ĂȘtre pilotĂ©es comme un actif stratĂ©gique — avec des donnĂ©es, des objectifs, et une IA au service du terrain?