Les PsyEN ont changĂ© de mĂ©tier en silence. Et si lâIA aidait Ă clarifier lâorientation, allĂ©ger lâĂ©valuation et mieux soutenir les Ă©lĂšves en AlgĂ©rie ?

PsyEN, IA et orientation : clarifier sans déshumaniser
En 2025, beaucoup dâacteurs parlent dâorientation comme dâun « service » Ă organiser dans un guichet unique. Sur le papier, lâidĂ©e paraĂźt simple : regrouper information, conseil et accompagnement dans des Maisons de lâOrientation. Le problĂšme, câest quâon demande souvent les bons professionnels⊠pour les mauvaises raisons.
Le dĂ©bat autour des PsyEN (psychologues de lâĂducation nationale) en France met le doigt sur un sujet plus large, trĂšs utile pour notre sĂ©rie « Comment lâIA peut transformer lâĂ©ducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie » : quand un mĂ©tier Ă©volue en silence, le systĂšme finit par mal le piloter. Et quand lâorientation, la prĂ©vention du dĂ©crochage et le soutien psychologique se tĂ©lescopent, lâIA peut aider â Ă condition dâĂȘtre utilisĂ©e comme un outil de clartĂ© et de capacitĂ© dâaction, pas comme une machine Ă trier.
La « mutation silencieuse » : le PsyEN nâest plus seulement un conseiller
IdĂ©e centrale : depuis 2017, une part croissante du travail des PsyEN sâest dĂ©placĂ©e de lâorientation vers des missions psychologiques dâĂ©valuation et de soutien. Or, beaucoup dâinstitutions continuent de les appeler â et de les imaginer â comme des « conseillers dâorientation ».
Historiquement, la demande des collectivitĂ©s est comprĂ©hensible : les rĂ©gions associent les PsyEN Ă lâentretien dâorientation, aux salons, Ă lâaide sur les choix dâĂ©tudes, et aux procĂ©dures liĂ©es Ă lâaffectation. Sauf que, sur le terrain, le quotidien sâest densifiĂ© ailleurs.
Deux blocs dâactivitĂ© qui prennent (vraiment) de la place
1) LâĂ©valuation psychologique pour accĂ©der aux dispositifs. Les systĂšmes Ă©ducatifs, en France comme ailleurs, ont multipliĂ© les dispositifs et dossiers : troubles spĂ©cifiques, besoins particuliers, plans individualisĂ©s, allophonie, etc. RĂ©sultat mĂ©canique : il faut Ă©valuer. Et ce travail dâĂ©valuation (tests, entretiens cliniques, contribution aux dossiers) occupe une part de plus en plus importante du temps des PsyEN.
2) Le soutien psychologique face au mal-ĂȘtre scolaire. AprĂšs crise sanitaire, tensions sociales, prĂ©caritĂ©, anxiĂ©tĂ©, et parfois Ă©coanxiĂ©tĂ©, les Ă©tablissements voient remonter des demandes directes dâĂ©lĂšves : parler, ĂȘtre Ă©coutĂ©, ĂȘtre aidĂ© Ă tenir. Le PsyEN devient un point dâappui psychologique, au-delĂ des choix dâorientation.
Voici la phrase qui résume la situation de façon « citabile » : on réclame un conseiller, mais on mobilise un psychologue.
Le vrai problĂšme : lâambiguĂŻtĂ© institutionnelle coĂ»te cher
Quand une mission change sans ĂȘtre nommĂ©e, elle se gĂšre par bricolage. Câest exactement ce que dĂ©crit la situation : les textes officiels continuent dâinsister sur « lâaccompagnement Ă lâorientation », alors que, dans la rĂ©alitĂ©, lâĂ©valuation et le soutien psychologique structurent une grande partie du travail.
Cette ambiguĂŻtĂ© a trois consĂ©quences trĂšs concrĂštes â et elles parlent aussi Ă lâAlgĂ©rie.
1) Des attentes irréalistes et des tensions entre acteurs
Les rĂ©gions (ou, par analogie, les directions locales et partenaires emploi/formation) pensent rĂ©cupĂ©rer des compĂ©tences « orientation » prĂȘtes Ă lâemploi. Mais si les professionnels sont dĂ©jĂ absorbĂ©s par lâĂ©valuation et le soutien, la promesse dâun guichet unique devient un mirage opĂ©rationnel.
2) Un pilotage aveugle : on ne mesure pas ce qui se fait réellement
On finit par piloter un métier avec de mauvaises catégories : « information métiers », « orientation », « prévention du décrochage »⊠sans mesurer la charge réelle de testing, de dossiers, de coordination avec des structures médico-sociales, ou de prise en charge psychologique de premiÚre ligne.
3) Un risque éthique : le « tri » devient une fonction implicite
Quand lâĂ©valuation sert Ă ouvrir (ou non) lâaccĂšs Ă des dispositifs, elle peut ĂȘtre vĂ©cue comme un tri institutionnel. Ce nâest pas illĂ©gitime dâĂ©valuer. Mais câest dangereux de ne pas clarifier Ă quoi sert lâĂ©valuation, comment elle est rĂ©alisĂ©e, et quelles protections entourent les donnĂ©es.
Et câest lĂ que lâIA entre dans le sujet â pas comme solution miracle, mais comme levier de transparence, dâefficacitĂ©, et de personnalisation.
Comment lâIA peut aider (vraiment) lâorientation et le soutien, sans remplacer le PsyEN
RĂ©ponse directe : lâIA est utile si elle rĂ©duit la charge administrative, amĂ©liore la personnalisation de lâorientation, et sĂ©curise le suivi â tout en laissant la dĂ©cision et lâentretien au professionnel.
Dans le contexte algĂ©rien, oĂč lâenjeu est Ă la fois lâemployabilitĂ©, lâalignement formation-marchĂ©, et la massification, cette approche est particuliĂšrement pertinente.
IA pour lâorientation : passer du « conseil gĂ©nĂ©ral » au parcours personnalisĂ©
Un bon systĂšme dâorientation assistĂ© par IA ne dit pas : « tu dois faire X ». Il fait trois choses :
- Cartographier les formations (université, formation professionnelle, certificats) et les métiers.
- Faire correspondre un profil dâintĂ©rĂȘts/compĂ©tences Ă des options rĂ©elles.
- Expliquer pourquoi une recommandation apparaĂźt (transparence).
Exemple concret (adaptable en Algérie) :
- Un lycéen indique ses préférences (maths, travail de terrain, travail en équipe) + ses résultats + ses contraintes (distance, budget, langue).
- Lâoutil propose 6 parcours rĂ©alistes (BTS, centres de formation, licences) avec prĂ©-requis, dĂ©lais, coĂ»ts, dĂ©bouchĂ©s, passerelles.
- Le PsyEN (ou le conseiller) utilise cette base pour un entretien plus riche : motivations, freins, stratégie.
Le gain : moins de temps passé à réciter des catalogues, plus de temps sur le sens et la décision.
IA pour lâĂ©valuation : standardiser le âdossierâ, pas le diagnostic
LâIA nâa pas à « diagnostiquer » un trouble. En revanche, elle peut :
- Pré-remplir des trames de compte rendu (avec validation humaine)
- Structurer les informations (historique scolaire, observations, éléments de contexte)
- Alerter sur des incohérences ou manques
- Aider Ă prioriser les urgences
Le point clĂ© : le diagnostic clinique reste au psychologue, mais lâIA peut faire gagner des heures sur la paperasse.
IA pour le soutien psychologique : dĂ©tecter et orienter, pas âthĂ©rapiserâ
Le soutien psychologique scolaire est saturé partout. Une IA bien pensée peut :
- Offrir un auto-questionnaire de bien-ĂȘtre (non mĂ©dical) pour repĂ©rer des signaux faibles
- Proposer des ressources (gestion du stress, sommeil, méthodes de travail)
- Organiser un systĂšme de triage Ă©thique : qui a besoin dâun entretien rapide, qui peut ĂȘtre orientĂ© vers un service externe, qui relĂšve dâun suivi pĂ©dagogique
Mais il faut ĂȘtre ferme : une IA ne remplace pas une relation dâaide, surtout chez les adolescents. Elle peut, au mieux, rĂ©duire le temps avant accĂšs Ă un humain.
« LâIA doit accĂ©lĂ©rer lâaccĂšs Ă lâĂ©coute humaine, pas lâĂ©viter. »
Ce que lâAlgĂ©rie peut apprendre de ce dĂ©bat pour la formation et lâemployabilitĂ©
Le sujet nâest pas franco-français : il montre comment un systĂšme Ă©ducatif se transforme sous pression (mal-ĂȘtre, dispositifs, complexitĂ©), puis se retrouve mal alignĂ© avec ses propres objectifs.
En AlgĂ©rie, lâorientation et la formation professionnelle portent une attente lourde : rĂ©pondre au chĂŽmage des jeunes, aux besoins sectoriels, et aux transitions (numĂ©rique, industrie, services). Pour Ă©viter une « mutation silencieuse » similaire, je recommande trois axes.
1) Définir clairement les rÎles : orientation, évaluation, soutien
Une architecture saine distingue :
- Information métiers et formations (diffusion, événements, plateformes)
- Conseil et orientation personnalisés (entretiens, projets)
- Ăvaluation psychologique et besoins Ă©ducatifs (cadre, outils, droits)
- Soutien psychologique de premiÚre ligne (écoute, prévention, orientation vers soins)
Si tout est mĂ©langĂ©, lâIA ne fera quâaccĂ©lĂ©rer la confusion.
2) Mettre en place une âdata gouvernanceâ Ă©ducative avant les outils
LâIA dans lâĂ©ducation en AlgĂ©rie doit partir dâun principe simple : donnĂ©es minimales, finalitĂ© claire, consentement, durĂ©e de conservation limitĂ©e. Lâorientation manipule des informations sensibles (rĂ©sultats, contexte social, parfois santĂ©). Sans rĂšgles, la confiance sâeffondre.
3) Former les professionnels : pas Ă lâIA « en gĂ©nĂ©ral », mais aux usages rĂ©els
Une formation utile ressemble à ça :
- Comment utiliser un assistant IA pour prĂ©parer un entretien dâorientation
- Comment vérifier une recommandation (biais, explicabilité)
- Comment rédiger/structurer un dossier sans divulgation inutile
- Comment protéger les données des élÚves
- Comment documenter une décision de maniÚre traçable
Câest concret. Et câest ce qui manque souvent quand on parle de transformation numĂ©rique.
Mini FAQ (format âPeople Also Askâ)
LâIA peut-elle amĂ©liorer lâorientation scolaire et professionnelle ?
Oui, si elle sert Ă personnaliser (options rĂ©alistes, passerelles, contraintes) et Ă expliquer les recommandations, tout en laissant lâentretien et la dĂ©cision au professionnel.
Est-ce que lâIA risque dâaugmenter le tri des Ă©lĂšves ?
Oui, si elle est utilisĂ©e pour classer automatiquement ou dĂ©cider dâun accĂšs Ă un dispositif. La rĂšgle Ă tenir : lâIA propose, lâhumain dĂ©cide, et chaque proposition doit ĂȘtre justifiable.
Que faire quand les missions dâun mĂ©tier Ă©voluent sans texte clair ?
Mesurer le travail rĂ©el, nommer les pratiques, et adapter lâorganisation : indicateurs de charge, protocoles, formation, outils. Le silence coĂ»te plus cher que la clarification.
Clarifier maintenant, outiller intelligemment, protĂ©ger lâhumain
Le dĂ©bat sur la mutation des PsyEN raconte une chose trĂšs actuelle : le systĂšme scolaire demande aujourdâhui plus de psychologie, plus de suivi, plus de personnalisation â tout en continuant dâutiliser le mot âorientationâ comme si rien nâavait bougĂ©.
Dans notre sĂ©rie sur lâIA et lâĂ©ducation en AlgĂ©rie, je prends position : lâenjeu nâest pas dâajouter une plateforme de plus. Lâenjeu, câest de rĂ©concilier trois rĂ©alitĂ©s : le bien-ĂȘtre des apprenants, lâefficacitĂ© des parcours, et lâalignement compĂ©tencesâmarchĂ© du travail. LâIA peut aider, mais seulement si on la met au bon endroit : dans le soutien aux professionnels, pas dans le remplacement de leur jugement.
Si vous deviez choisir une prioritĂ© pour 2026 en AlgĂ©rie, ce serait laquelle : une plateforme dâorientation nationale basĂ©e sur les compĂ©tences, ou un systĂšme de dĂ©tection prĂ©coce du dĂ©crochage assistĂ© par IA â avec garanties Ă©thiques fortes ?