Évaluer les chercheurs en AlgĂ©rie : l’IA comme accĂ©lĂ©rateur

Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie‱‱By 3L3C

Session CNEC 2026 : ce que l’annonce rĂ©vĂšle et comment l’IA peut simplifier l’évaluation des chercheurs via PROGRES, avec plus de clartĂ© et d’équitĂ©.

CNECPROGRESĂ©valuation des compĂ©tencescarriĂšre des chercheursIA dans l’éducationenseignement supĂ©rieur AlgĂ©rie
Share:

Featured image for Évaluer les chercheurs en AlgĂ©rie : l’IA comme accĂ©lĂ©rateur

Évaluer les chercheurs en AlgĂ©rie : l’IA comme accĂ©lĂ©rateur

Le calendrier est dĂ©jĂ  lĂ  : du 17/01/2026 au 05/02/2026, les chercheurs permanents en AlgĂ©rie dĂ©poseront leurs dossiers via PROGRES pour la 30ᔉ session de la Commission Nationale d’Évaluation des Chercheurs Permanents (CNEC). Ensuite : validation par les centres, expertise, rĂ©sultats, puis recours. Un processus balisĂ©, indispensable, mais souvent vĂ©cu comme
 lourd.

Et c’est justement lĂ  que cette annonce officielle devient intĂ©ressante pour notre sĂ©rie « Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie ». Parce que l’évaluation n’est pas qu’une affaire de promotion : c’est un systĂšme de reconnaissance des compĂ©tences, un outil de pilotage des carriĂšres, et une maniĂšre d’aligner (ou non) la recherche avec les besoins Ă©conomiques et sociaux.

Je vais prendre position : la numĂ©risation via PROGRES est un bon dĂ©but, mais ce n’est pas encore une modernisation du fond. Sans intelligence artificielle (et sans une vraie culture de la donnĂ©e), on digitalise surtout des formulaires. Avec l’IA, on peut rendre l’évaluation plus cohĂ©rente, plus rapide, plus personnalisĂ©e, tout en renforçant la transparence.

Ce que dit l’annonce CNEC (et ce qu’elle rĂ©vĂšle du systĂšme)

RĂ©ponse directe : l’annonce ouvre la 30ᔉ session CNEC et prĂ©cise qui peut candidater, comment dĂ©poser, et le calendrier dĂ©taillĂ©. Mais en filigrane, elle met en Ă©vidence les dĂ©fis classiques de l’évaluation des compĂ©tences dans le secteur public.

L’essentiel de l’annonce :

  • La session concerne les chercheurs permanents exerçant dans des Ă©tablissements publics Ă  caractĂšre scientifique et technologique.
  • L’accĂšs au grade supĂ©rieur s’appuie sur le cadre rĂ©glementaire (dĂ©cret exĂ©cutif n° 08-131 du 03/05/2008, modifiĂ© et complĂ©tĂ©).
  • Conditions d’anciennetĂ© pour candidater :
    • MaĂźtre de recherche classe “B” : 3 ans d’exercice effectif → candidature vers classe “A”
    • MaĂźtre de recherche classe “A” : 4 ans d’exercice effectif → candidature vers directeur de recherche
  • Le dĂ©pĂŽt se fait exclusivement sur la plateforme PROGRES via le compte professionnel.

Calendrier (tel qu’annoncĂ©) :

  1. 17/01/2026 → 05/02/2026 : dĂ©pĂŽt des candidatures (PROGRES)
  2. 07/02/2026 → 12/02/2026 : validation par les directeurs des centres
  3. 26/02/2026 → 14/03/2026 : Ă©valuation par les experts
  4. 16/03/2026 : proclamation des résultats
  5. 16/03/2026 → 21/03/2026 : dĂ©pĂŽt des recours
  6. 22/03/2026 → 28/03/2026 : traitement des recours
  7. 30/03/2026 : résultats définitifs aprÚs recours

Le point clĂ© : l’évaluation est un “goulot d’étranglement”

Quand un systĂšme dĂ©pend d’un dossier (piĂšces, justificatifs, grilles, preuves), il crĂ©e mĂ©caniquement :

  • des erreurs de saisie et des dossiers incomplets,
  • des dĂ©lais d’instruction,
  • une expĂ©rience candidat stressante,
  • et parfois un sentiment d’arbitraire si les critĂšres sont mal compris.

Ce n’est pas une critique des experts. C’est une rĂ©alitĂ© organisationnelle : plus le volume augmente, plus la charge explose. Et Ă  ce stade, la technologie peut faire mieux qu’un simple dĂ©pĂŽt en ligne.

PROGRES : un premier pas utile
 mais pas encore “intelligent”

RĂ©ponse directe : PROGRES structure le dĂ©pĂŽt et la traçabilitĂ©, mais l’IA peut ajouter la couche qui manque : comprĂ©hension des dossiers, assistance, dĂ©tection d’anomalies et personnalisation.

La plateforme PROGRES a déjà un impact concret :

  • elle centralise les candidatures,
  • impose un canal unique (moins de dispersion),
  • laisse des traces (horodatage, statut),
  • et facilite la coordination entre chercheurs, centres et commission.

Mais si on regarde froidement l’expĂ©rience : beaucoup de plateformes administratives restent transactionnelles. Elles ne comprennent pas ce qu’on leur donne. Elles stockent.

Ce que l’IA apporterait immĂ©diatement (sans changer la loi)

Sans modifier les textes réglementaires, on peut déjà améliorer 4 points :

  1. Pré-contrÎle automatique de complétude : piÚces manquantes, formats, incohérences (dates, doublons).
  2. Aide contextuelle : explications intelligentes de la grille selon le profil (classe B vs A, ancienneté, type de production scientifique).
  3. Résumé automatique du dossier : une synthÚse standardisée pour les évaluateurs (publications, projets, encadrement, impact).
  4. Traçabilité des décisions : journal des critÚres appliqués, pour réduire les incompréhensions et sécuriser les recours.

Une phrase utile Ă  retenir : digitaliser un dossier rĂ©duit le papier ; “intelligenter” un dossier rĂ©duit l’incertitude.

L’IA au service de l’évaluation : plus rapide, plus Ă©quitable, plus utile

RĂ©ponse directe : l’IA peut transformer l’évaluation des chercheurs en un processus orientĂ© compĂ©tences, en accĂ©lĂ©rant les tĂąches rĂ©pĂ©titives et en renforçant la cohĂ©rence des critĂšres.

On parle souvent d’IA comme si elle devait remplacer l’expertise humaine. Mauvais angle. Dans une commission, l’enjeu est plutĂŽt : laisser l’humain dĂ©cider, mais lui enlever le bruit.

1) Standardiser ce qui doit l’ĂȘtre (et seulement ça)

Dans une Ă©valuation, certaines tĂąches n’ont pas besoin d’interprĂ©tation :

  • vĂ©rifier qu’une publication existe,
  • repĂ©rer un DOI, une revue, une date,
  • classer des productions (article, communication, brevet, chapitre),
  • identifier les doublons.

Un systĂšme IA peut faire cette “mise Ă  plat” et prĂ©senter un dossier dans un format identique pour tous, ce qui rĂ©duit l’effet “qualitĂ© de dossier” (le candidat qui sait mieux prĂ©senter vs celui qui produit mieux).

2) Rendre les critĂšres lisibles pour le candidat

Le stress vient souvent d’une question simple : « Qu’est-ce qui compte vraiment dans ma grille ? ».

Une couche IA peut proposer un simulateur de candidature :

  • ce qui est dĂ©jĂ  acquis,
  • ce qui manque pour ĂȘtre compĂ©titif,
  • les preuves attendues,
  • une checklist personnalisĂ©e.

C’est exactement le lien avec la formation professionnelle : un systĂšme qui explique l’évaluation devient un systĂšme qui guide la montĂ©e en compĂ©tences.

3) Mieux gĂ©rer les recours (et Ă©viter qu’ils explosent)

Les recours sont normaux. Ce qui coĂ»te cher, c’est quand ils sont massifs et rĂ©pĂ©titifs.

Avec l’IA, on peut :

  • gĂ©nĂ©rer une explication structurĂ©e de la dĂ©cision (critĂšres, piĂšces prises en compte, pondĂ©ration),
  • dĂ©tecter les recours similaires pour un traitement homogĂšne,
  • repĂ©rer les points de friction rĂ©currents afin d’amĂ©liorer la grille ou les consignes.

Du grade au “skill graph” : relier recherche, compĂ©tences et marchĂ© du travail

RĂ©ponse directe : l’évaluation des chercheurs peut devenir un outil national d’alignement compĂ©tences–économie si on structure les donnĂ©es (productions, projets, expertises) en rĂ©fĂ©rentiels exploitables.

Voici le pivot qui intĂ©resse l’éducation et la formation en AlgĂ©rie : aujourd’hui, beaucoup d’évaluations mesurent des preuves (publications, encadrement, projets). Demain, on doit aussi ĂȘtre capable de mesurer et cartographier des compĂ©tences :

  • science des donnĂ©es,
  • IA appliquĂ©e (vision, NLP, optimisation),
  • cybersĂ©curitĂ©,
  • biotechnologies,
  • matĂ©riaux,
  • Ă©nergie,
  • gestion de projet R&D,
  • transfert technologique.

Si PROGRES (ou un module associĂ©) structure les informations en donnĂ©es exploitables, on peut construire un “skill graph” national (cartographie des compĂ©tences de recherche), utile pour :

  • identifier les pĂŽles d’expertise par rĂ©gion,
  • orienter la formation doctorale et la formation continue,
  • anticiper les besoins de compĂ©tences Ă  3 ans,
  • faciliter les partenariats université–entreprise.

Exemple concret (simple, mais parlant)

Un chercheur dĂ©pose un dossier avec : publications en traitement automatique de la langue, encadrement de mĂ©moires, participation Ă  un projet sur l’analyse de documents.

Un systĂšme IA peut :

  • extraire automatiquement des mots-clĂ©s de compĂ©tences,
  • suggĂ©rer des passerelles de formation (Ă©thique IA, MLOps, Ă©valuation de modĂšles),
  • signaler des opportunitĂ©s de collaboration (autres Ă©quipes proches),
  • et produire un profil compĂ©tences utile au centre et au ministĂšre.

On ne parle pas de surveillance. On parle d’orientation et de pilotage, sur des donnĂ©es que le candidat fournit dĂ©jĂ .

Comment avancer sans crĂ©er une “usine Ă  gaz” : plan en 90 jours

RĂ©ponse directe : on peut introduire l’IA par petites briques : qualitĂ© des donnĂ©es, assistance candidat, synthĂšse Ă©valuateur, puis analyse nationale.

Pour Ă©viter l’effet “projet Ă©norme qui n’aboutit pas”, voici un sĂ©quençage rĂ©aliste (et compatible avec des contraintes publiques) :

Étape 1 — QualitĂ© & complĂ©tude (0–30 jours)

  • rĂšgles automatiques de validation (formats, dates, champs obligatoires),
  • dĂ©tection de doublons,
  • alertes de cohĂ©rence.

Étape 2 — Assistant candidat (30–60 jours)

  • checklist personnalisĂ©e selon le grade visĂ©,
  • FAQ intelligente basĂ©e sur la grille,
  • prĂ©visualisation d’un dossier “tel qu’il sera lu”.

Étape 3 — SynthĂšse Ă©valuateur (60–90 jours)

  • rĂ©sumĂ© standardisĂ© des productions,
  • mise en Ă©vidence des Ă©lĂ©ments clĂ©s,
  • comparaison structurĂ©e au rĂ©fĂ©rentiel (pas une note automatique, une aide Ă  lecture).

Position claire : la notation finale doit rester humaine. L’IA sert Ă  prĂ©parer, vĂ©rifier, structurer, expliquer.

Questions fréquentes (celles que tout le monde se pose)

L’IA risque-t-elle d’introduire des biais dans l’évaluation ?

Oui, si on lui demande de “noter” Ă  partir de donnĂ©es historiques. Non, si on l’utilise pour des tĂąches objectives (complĂ©tude, extraction, mise en forme) et si la dĂ©cision reste collĂ©giale et traçable.

Est-ce compatible avec les procédures actuelles ?

Oui, parce que la premiĂšre valeur de l’IA ici est administrative : rĂ©duire les erreurs, accĂ©lĂ©rer le traitement, standardiser la prĂ©sentation. Aucun besoin de réécrire les rĂšgles du dĂ©cret pour commencer.

Quel est le bénéfice pour la formation professionnelle ?

Un systĂšme d’évaluation intelligent peut produire des recommandations de montĂ©e en compĂ©tences (formations courtes, certifications, modules) et relier la recherche aux compĂ©tences attendues par l’économie.

Ce que cette session CNEC nous apprend pour 2026

La 30ᔉ session CNEC (dĂ©pĂŽt entre 17/01/2026 et 05/02/2026, rĂ©sultats le 16/03/2026, puis rĂ©sultats dĂ©finitifs le 30/03/2026) montre que l’AlgĂ©rie avance sur la digitalisation des carriĂšres scientifiques. C’est une base saine.

Le prochain cap, c’est d’utiliser l’IA pour faire trois choses trĂšs concrĂštes : rĂ©duire la friction administrative, amĂ©liorer l’équitĂ© de lecture, et transformer l’évaluation en boussole de compĂ©tences pour l’enseignement supĂ©rieur et la formation professionnelle.

Si on veut que l’IA serve vraiment l’éducation en AlgĂ©rie, il faut commencer lĂ  oĂč ça fait mal : les processus qui consomment du temps, crĂ©ent de l’incertitude, et dĂ©couragent les talents. L’évaluation des chercheurs est un excellent terrain.

Et vous, si PROGRES intĂ©grait un assistant IA dĂšs 2026, vous le voudriez d’abord pour sĂ©curiser les dossiers, pour clarifier la grille, ou pour obtenir un vrai plan de progression de compĂ©tences ?