Le Burkina Faso investit 37,37 milliards FCFA dans une acadĂ©mie tech. Quelles leçons pour former Ă lâIA et moderniser lâadministration en AlgĂ©rie ?

Former Ă lâIA publique : leçons du Burkina pour lâAlgĂ©rie
Le 22/12/2025, une annonce a fait du bruit dans lâĂ©cosystĂšme numĂ©rique africain : le Burkina Faso prĂ©voit de construire une AcadĂ©mie technologique Ă PabrĂ©, sur 60 hectares, avec 37 369 648 089 FCFA TTC mobilisĂ©s pour une premiĂšre phase financĂ©e par le budget de lâĂtat (exercice 2025). Sur le papier, câest un chantier dâinfrastructures. En rĂ©alitĂ©, câest surtout un chantier de compĂ©tences.
Et câest lĂ que le sujet nous rattrape, cĂŽtĂ© algĂ©rien. Parce que moderniser lâadministration en AlgĂ©rie grĂące Ă lâintelligence artificielle ne dĂ©pend pas uniquement dâoutils, de plateformes, ou de dĂ©matĂ©rialisation. Le facteur qui bloque (ou accĂ©lĂšre) tout le reste, câest la capacitĂ© Ă former vite, former juste, et former durablement : ingĂ©nieurs, cadres publics, chefs de projet, juristes, agents au guichet, Ă©quipes cybersĂ©curitĂ©.
Je prends une position claire : sans âĂ©cole de lâIA publiqueâ, on multipliera les portails et les applications, mais on restera fragile sur lâessentiel : la qualitĂ© de service, la fiabilitĂ© des donnĂ©es, la sĂ©curitĂ©, et la confiance. Lâinitiative burkinabĂš est donc un bon prĂ©texte pour poser la vraie question : Ă quoi ressemblerait une stratĂ©gie algĂ©rienne de compĂ©tences IA, pensĂ©e pour lâadministration ?
Ce que rĂ©vĂšle lâAcadĂ©mie technologique du Burkina Faso
RĂ©ponse directe : ce projet montre quâun pays peut dĂ©cider de traiter la transformation numĂ©rique comme une politique industrielle et Ă©ducative, pas comme une suite de projets IT.
DâaprĂšs lâannonce, lâacadĂ©mie vise Ă former des ingĂ©nieurs dans des domaines trĂšs variĂ©s : mĂ©tallurgie, mĂ©canique, Ă©nergie, nuclĂ©aire, aĂ©ronautique, gĂ©nie civil, chimie, mĂ©tiers miniers, digital, cybersĂ©curitĂ© et tĂ©lĂ©communications. Ce mĂ©lange est intĂ©ressant : il dit que le numĂ©rique nâest pas un silo. Il traverse le reste.
Un détail qui compte : la cybersécurité est dans la liste
Réponse directe : inclure la cybersécurité dÚs la formation initiale est un choix de maturité.
Quand une administration se digitalise (Ă©tat civil, fiscalitĂ©, santĂ©, marchĂ©s publicsâŠ), elle augmente mĂ©caniquement sa surface dâattaque. Et lâIA amplifie ce risque : automatisation, interconnexions, accĂšs API, modĂšles hĂ©bergĂ©s, etc. Former âdigitalâ sans former âcybersĂ©curitĂ©â, câest construire une autoroute sans glissiĂšres.
Former localement, câest rĂ©duire la dĂ©pendance
Réponse directe : une académie nationale réduit la dépendance aux prestataires, aux recrutements rares et aux formations importées.
La modernisation de lâĂtat est souvent freinĂ©e par un phĂ©nomĂšne simple : les compĂ©tences clĂ©s sont captĂ©es par le privĂ©, ou partent Ă lâĂ©tranger, ou coĂ»tent trop cher. La formation locale nâannule pas ce problĂšme, mais elle donne un levier : augmenter lâoffre, et donc stabiliser les Ă©quipes.
Pourquoi lâAlgĂ©rie a besoin dâune âcompĂ©tence IAâ orientĂ©e service public
RĂ©ponse directe : lâIA dans lâadministration algĂ©rienne ne doit pas ĂȘtre un projet vitrine, mais un systĂšme de compĂ©tences qui amĂ©liore les dĂ©lais, rĂ©duit les erreurs et renforce la transparence.
Dans lâadministration, lâIA a un avantage concret : elle peut sâattaquer Ă ce qui Ă©puise les citoyens et les agents.
- Dossiers incomplets et allers-retours au guichet
- Temps de traitement imprévisible
- Documents papier, saisies manuelles, doublons
- Manque de traçabilité et de contrÎle
- Difficulté à orienter correctement le citoyen
La rĂ©alitĂ© ? Une IA utile Ă lâĂtat, câest souvent une IA âmodesteâ : classification de documents, extraction dâinformations, routage intelligent, dĂ©tection dâanomalies, aide Ă la dĂ©cision encadrĂ©e. Rien de spectaculaire. Mais câest exactement ce qui fait gagner des semaines.
Les 3 compétences qui manquent le plus (et qui se forment)
RĂ©ponse directe : il faut former en prioritĂ© la donnĂ©e, lâindustrialisation, et la conformitĂ©.
- Gouvernance et qualitĂ© des donnĂ©es : rĂ©fĂ©rentiels, identifiants uniques, nettoyage, rĂšgles de mise Ă jour. Sans ça, mĂȘme le meilleur modĂšle IA sort des rĂ©sultats incohĂ©rents.
- MLOps / industrialisation : dĂ©ploiement, supervision, mises Ă jour, gestion des dĂ©rives, continuitĂ© de service. Une IA âen dĂ©moâ ne sert personne.
- Juridique, éthique et conformité : protection des données, auditabilité, gestion des biais, responsabilité. Dans le service public, la confiance est non négociable.
Ă quoi ressemblerait un âcampus IA pour lâadministrationâ en AlgĂ©rie
RĂ©ponse directe : un modĂšle efficace combine formation continue des agents, filiĂšres dâingĂ©nieurs, et laboratoires dâusage dans les ministĂšres.
On peut sâinspirer de lâesprit âacadĂ©mieâ (investissement structurant), sans copier le format. Voici une architecture rĂ©aliste.
1) Une filiĂšre âIA & services publicsâ (pas seulement âinformatiqueâ)
RĂ©ponse directe : lâadministration a besoin de profils hybrides, capables de comprendre les processus administratifs autant que la tech.
Des modules concrets :
- Cartographie de procĂ©dures et simplification (avant lâautomatisation)
- Dématérialisation, signature, archivage électronique
- Traitement automatique de documents (OCR, extraction)
- Chatbots de service public (limités, supervisés)
- DĂ©tection de fraude et dâanomalies (fiscalitĂ©, aides)
- Conception âprivacy by designâ
2) Une formation courte pour les cadres (8 Ă 12 semaines)
Réponse directe : pour moderniser vite, il faut former ceux qui décident, pas seulement ceux qui codent.
Je recommande un parcours âcadres publicsâ orientĂ© pilotage :
- Comment choisir un cas dâusage IA rentable
- Comment rĂ©diger un cahier des charges IA (sans se faire vendre du rĂȘve)
- Comment mesurer lâimpact (dĂ©lais, coĂ»ts, satisfaction)
- Comment sécuriser (cyber, accÚs, journaux)
- Comment gérer le changement (agents, syndicats, communication)
3) Des âlaboratoires dâusageâ dans 3 secteurs pilotes
RĂ©ponse directe : lâIA marche quand elle est testĂ©e au contact du terrain, sur des donnĂ©es rĂ©elles, avec les agents.
Trois terrains évidents pour des pilotes en Algérie :
- Ătat civil : contrĂŽle de complĂ©tude, dĂ©tection de doublons, assistance Ă la saisie
- FiscalitĂ© et douanes : scoring de risques, dĂ©tection dâanomalies, ciblage de contrĂŽles
- Santé : gestion des rendez-vous, tri administratif, analyse de stocks et flux (pas de diagnostic automatisé sans cadre strict)
Le lien clé : modernisation administrative = formation + infrastructure + rÚgles
RĂ©ponse directe : la transformation numĂ©rique de lâĂtat repose sur un triptyque indissociable : compĂ©tences, infrastructure, gouvernance.
Lâarticle sur le Burkina Faso dĂ©crit des infrastructures (bĂątiments, laboratoires, bibliothĂšque, logements, etc.). Câest utile, mais ce nâest pas le cĆur du sujet pour lâAlgĂ©rie. Le cĆur, câest lâalignement des trois couches suivantes :
- Compétences : ingénieurs, data stewards, chefs de produit public, cyber
- Infrastructure : cloud souverain ou hybride, interconnexions, identité numérique, sécurité
- RĂšgles : standards de donnĂ©es, rĂ©fĂ©rentiels, exigences dâaudit, politiques dâaccĂšs
Quand lâune manque, les deux autres se dĂ©gradent. Exemple simple : une plateforme de services publics sans gouvernance des donnĂ©es devient un empilement de fichiers. Une Ă©quipe compĂ©tente sans infrastructure finit Ă bricoler. Une infrastructure sans compĂ©tences devient un contrat coĂ»teux.
Questions fréquentes (et réponses utiles)
LâIA va-t-elle remplacer les agents publics ?
Réponse directe : non, elle remplace surtout des tùches répétitives et crée un besoin de supervision humaine.
Les gains viennent du tri, de la prĂ©-saisie, du contrĂŽle de complĂ©tude, et de lâorientation. Lâagent devient plus âgestionnaire de casâ que âsaisisseurâ.
Par quoi commencer : chatbot ou automatisation documentaire ?
RĂ©ponse directe : commencez par lâautomatisation documentaire et la qualitĂ© des donnĂ©es.
Un chatbot peut aider, mais sâil sâappuie sur des informations incomplĂštes ou changeantes, il devient un gĂ©nĂ©rateur dâerreurs. Lâextraction et la vĂ©rification de piĂšces, câest moins visible⊠mais beaucoup plus rentable.
Comment éviter les projets IA coûteux et inutiles ?
RĂ©ponse directe : imposez un cadre dâĂ©valuation dĂšs le dĂ©part : donnĂ©es disponibles, mĂ©triques, pilote court, et audit sĂ©curitĂ©.
Une rĂšgle pratique : si personne ne peut expliquer en une phrase quelle dĂ©cision lâIA aide Ă prendre, ou quel dĂ©lai elle rĂ©duit, le projet nâest pas prĂȘt.
Ce que lâAlgĂ©rie peut faire dĂšs 2026 (sans attendre un âgrand soirâ)
Réponse directe : il existe 5 actions rapides qui déclenchent un effet cumulatif sur 12 mois.
- CrĂ©er un rĂ©fĂ©rentiel de cas dâusage IA âadministrationâ (20 Ă 30 cas, priorisĂ©s par impact et faisabilitĂ©).
- Lancer un programme national de formation continue IA pour cadres (cohortes trimestrielles, certification interne).
- Standardiser 3 briques : identité numérique, archivage électronique, et échanges de données inter-administrations.
- Mettre en place une cellule âIA & conformitĂ©â (juridique, cyber, audit) pour valider les projets.
- Piloter 3 projets concrets avec métriques publiques : délai moyen, taux de dossiers incomplets, satisfaction usager.
Une modernisation qui se mesure est une modernisation qui dure.
Lâannonce burkinabĂš (37,37 milliards FCFA pour une premiĂšre phase, 60 hectares, une acadĂ©mie orientĂ©e ingĂ©nierie et digital) rappelle une vĂ©ritĂ© simple : la souverainetĂ© numĂ©rique commence par la souverainetĂ© des compĂ©tences. En AlgĂ©rie, si lâambition est dâavoir une administration plus rapide, plus transparente et plus fiable, lâIA sera un accĂ©lĂ©rateur⊠à condition dâinvestir dans la formation au mĂȘme niveau que dans les plateformes.
Si vous deviez choisir un seul chantier de compĂ©tences pour 2026 â qualitĂ© des donnĂ©es, cybersĂ©curitĂ©, ou industrialisation de lâIA â lequel dĂ©bloquerait le plus vite vos services publics ?