IA et CRMA : moderniser l’administration algĂ©rienne

Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie‱‱By 3L3C

Le CRMA renforce les bases mathĂ©matiques de l’IA. Voici comment modĂ©lisation et data science peuvent moderniser l’administration algĂ©rienne et former les talents.

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IA et CRMA : moderniser l’administration algĂ©rienne

Le 24/12/2025, Ă  Sidi Abdellah, l’AlgĂ©rie a inaugurĂ© le Centre de Recherche en MathĂ©matiques AppliquĂ©es (CRMA). Beaucoup vont classer l’évĂ©nement dans la rubrique « recherche scientifique ». Je le vois plutĂŽt comme une piĂšce manquante d’un chantier bien plus concret : rendre l’administration publique plus rapide, plus fiable et plus transparente grĂące Ă  l’IA et Ă  la data.

La rĂ©alitĂ© est simple : on ne modernise pas un État avec des slogans, mais avec des modĂšles, des donnĂ©es propres et des compĂ©tences. Or, les mathĂ©matiques appliquĂ©es (modĂ©lisation, optimisation, statistique) sont le socle silencieux de ce que tout le monde appelle « IA ». Le CRMA arrive donc Ă  un moment stratĂ©gique — et il tombe bien : fin dĂ©cembre, les administrations bouclent bilans, budgets, plans 2026. C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  que la dĂ©cision publique a besoin d’outils plus robustes que le tableur de derniĂšre minute.

Dans cette sĂ©rie dĂ©diĂ©e Ă  “Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en AlgĂ©rie”, ce centre pose aussi une question de fond : qui former, Ă  quoi, et pour quels usages concrets dans le service public ?

Le CRMA, une réponse technique à un problÚme administratif

RĂ©ponse directe : moderniser l’administration, ce n’est pas « mettre un portail en ligne », c’est industrialiser la dĂ©cision publique avec des modĂšles fiables et des donnĂ©es exploitables.

Une administration moderne doit faire deux choses, en continu : (1) dĂ©livrer des services (documents, autorisations, aides, prises en charge) et (2) arbitrer (prioriser, planifier, contrĂŽler, prĂ©venir la fraude). Dans les deux cas, les mĂȘmes douleurs reviennent : dossiers incomplets, circuits longs, surcharges saisonniĂšres, manque de visibilitĂ© en temps rĂ©el.

C’est ici que les deux piliers annoncĂ©s autour du CRMA prennent une valeur trĂšs opĂ©rationnelle :

  • La modĂ©lisation complexe : transformer une rĂ©alitĂ© (flux de demandes, congestion, propagation d’un risque, tension budgĂ©taire) en Ă©quations et scĂ©narios.
  • La data science : transformer des masses de donnĂ©es brutes en indicateurs et prĂ©dictions actionnables.

Le mythe Ă  casser : l’IA sans maths n’existe pas. Les modĂšles de machine learning reposent sur l’algĂšbre linĂ©aire, les probabilitĂ©s et l’optimisation. Si le CRMA joue bien son rĂŽle, il peut devenir l’endroit oĂč l’AlgĂ©rie construit des briques algorithmiques adaptĂ©es Ă  ses contraintes administratives, plutĂŽt que de copier des solutions pensĂ©es ailleurs.

De la modĂ©lisation Ă  la dĂ©cision : 4 cas d’usage dans l’administration

RĂ©ponse directe : la modĂ©lisation mathĂ©matique sert Ă  prĂ©voir, dimensionner et optimiser — exactement ce que l’administration fait chaque jour, souvent sans outils.

1) Réduire les délais : prévoir les pics de demandes

Les guichets (physiques ou numĂ©riques) connaissent des pics : rentrĂ©e scolaire, campagnes d’aides, rĂ©gularisations, pĂ©riodes de voyage, clĂŽtures d’annĂ©e. Avec une approche de type forecasting (prĂ©vision), l’administration peut :

  • estimer le volume de demandes par pĂ©riode (jour/semaine/mois),
  • ajuster les Ă©quipes et les crĂ©neaux,
  • anticiper les goulets d’étranglement (validation, contrĂŽle, paiement).

Ce n’est pas de la magie : c’est de la statistique appliquĂ©e et des sĂ©ries temporelles. Une fois en place, cela se traduit par une promesse citoyenne mesurable : dĂ©lai moyen et dĂ©lai maximal.

2) Optimiser les ressources : planifier sans gaspillage

L’optimisation (recherche opĂ©rationnelle) est faite pour arbitrer sous contraintes : budget limitĂ©, effectifs limitĂ©s, dĂ©lais lĂ©gaux, prioritĂ©s nationales.

Exemples administratifs trĂšs concrets :

  • planification des tournĂ©es d’inspection,
  • allocation des stocks (documents sĂ©curisĂ©s, matĂ©riel),
  • affectation intelligente des rendez-vous,
  • optimisation des files d’attente et des circuits de validation.

Une phrase qui doit guider les dĂ©cideurs : “Chaque minute d’attente est un coĂ»t.” CoĂ»t social (temps perdu), coĂ»t Ă©conomique (productivitĂ©), coĂ»t politique (confiance).

3) Mieux cibler les contrĂŽles : lutte contre la fraude et les anomalies

DĂ©tecter la fraude ne se rĂ©sume pas Ă  “trouver des coupables”. Le bon objectif, c’est rĂ©duire les erreurs et anomalies en priorisant les contrĂŽles lĂ  oĂč le risque est statistiquement plus Ă©levĂ©.

Avec des modùles d’anomalies, on peut :

  • repĂ©rer des incohĂ©rences (doublons, dossiers impossibles),
  • dĂ©tecter des schĂ©mas de fraude (rĂ©pĂ©titions, corrĂ©lations suspectes),
  • rĂ©duire les contrĂŽles inutiles pour les citoyens “normaux”.

La condition de base : des rĂšgles claires, des donnĂ©es de qualitĂ©, et un cadre d’audit. L’algorithme doit pouvoir s’expliquer : pourquoi ce dossier est signalĂ© ?

4) Anticiper les crises : sanitaire, climatique, économique

Le RSS Ă©voque la sĂ©curitĂ© sanitaire et la biostatistique. C’est capital : la santĂ© publique est une Ă©cole de modĂ©lisation. Les mĂȘmes mĂ©thodes s’appliquent Ă  d’autres crises.

  • Sanitaire : capacitĂ© hospitaliĂšre, logistique de mĂ©dicaments, surveillance Ă©pidĂ©miologique.
  • Climatique : gestion de l’eau, prĂ©vention des incendies, planification des interventions.
  • Économique : simulation de scĂ©narios budgĂ©taires, suivi des aides et de leur impact.

Le point commun : passer d’une gestion “rĂ©active” Ă  une gestion “prĂ©visible”. Une administration qui prĂ©voit est une administration qui rassure.

SouverainetĂ© technologique : le vrai enjeu derriĂšre l’IA publique

RĂ©ponse directe : une administration pilotĂ©e par l’IA dĂ©pend de ses modĂšles, de ses donnĂ©es et de ses infrastructures ; si tout est externe, la dĂ©pendance devient structurelle.

Le CRMA a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme un levier de souverainetĂ©. Pour l’administration, cette souverainetĂ© se joue sur trois fronts.

DonnĂ©es : gouverner, c’est maĂźtriser ses rĂ©fĂ©rentiels

Sans rĂ©fĂ©rentiels fiables (identitĂ©, adresse, entreprise, Ă©tablissement, statut
), l’IA se trompe vite. Pire : elle amplifie des erreurs. La modernisation passe donc par :

  • des dictionnaires de donnĂ©es et standards,
  • des rĂšgles de qualitĂ© (complĂ©tude, cohĂ©rence, traçabilitĂ©),
  • une gouvernance inter-ministĂ©rielle des rĂ©fĂ©rentiels.

Le CRMA peut contribuer en proposant des mĂ©thodes de nettoyage, de rapprochement, de dĂ©tection d’incohĂ©rences — bref, la plomberie des donnĂ©es, moins glamour, mais dĂ©cisive.

ModĂšles : Ă©viter les “boĂźtes noires importĂ©es”

Acheter un outil IA « clé en main » peut aider à démarrer. Mais pour les secteurs sensibles (finances publiques, énergie, sécurité, santé), il faut au minimum :

  • des modĂšles auditables,
  • des jeux de tests locaux,
  • une capacitĂ© interne Ă  amĂ©liorer et corriger.

Le bĂ©nĂ©fice d’une expertise “faite maison” n’est pas idĂ©ologique : elle est pragmatique. Un modĂšle entraĂźnĂ© sur d’autres rĂ©alitĂ©s administratives donne souvent de mauvaises prioritĂ©s sur le terrain algĂ©rien.

Talents : retenir les cerveaux par des projets utiles

L’idĂ©e la plus forte dans le texte source, c’est celle-ci : retenir les compĂ©tences par des projets. Pour l’IA publique, cela veut dire offrir :

  • des problĂšmes “durs” et utiles (dĂ©lais, fraude, allocation, crise),
  • des donnĂ©es accessibles dans un cadre sĂ©curisĂ©,
  • de la puissance de calcul,
  • des carriĂšres lisibles (chercheur, data scientist public, architecte IA).

Éducation et formation : ce que le CRMA change concrùtement

RĂ©ponse directe : le CRMA peut devenir un pont entre universitĂ©s, Ă©coles, entreprises et État — et donc un accĂ©lĂ©rateur de compĂ©tences IA rĂ©ellement employables.

Si l’on veut moderniser l’administration, il faut un vivier de profils hybrides. Pas seulement des dĂ©veloppeurs, et pas seulement des thĂ©oriciens.

Les compétences qui manquent le plus (et qui se forment)

Dans les projets IA du secteur public, j’ai souvent observĂ© la mĂȘme lacune : on forme “l’IA” comme un bloc, alors qu’il faut former des briques.

Priorités de formation (licence, master, formation professionnelle, reconversion) :

  1. Statistique appliquée et inférence (pour éviter les conclusions hùtives)
  2. Optimisation et recherche opérationnelle (pour planifier et arbitrer)
  3. Ingénierie des données (ETL, qualité, traçabilité)
  4. MLOps et déploiement (passer du prototype au service)
  5. Éthique, audit et conformitĂ© (biais, explicabilitĂ©, journalisation)

Le CRMA, avec ses projets, peut offrir le chaßnon manquant : des sujets de stage et de mémoire directement liés à des cas administratifs, et donc une formation par la preuve.

Un modùle efficace : “laboratoires vivants” avec les administrations

Un format qui fonctionne : des living labs oĂč une direction mĂ©tier (par exemple une direction des prestations, une wilaya, un organisme de santĂ©) apporte un problĂšme et des donnĂ©es, et l’équipe CRMA/universitĂ© construit :

  • un prototype (4 Ă  8 semaines),
  • un pilote (3 Ă  6 mois),
  • un plan de gĂ©nĂ©ralisation (12 mois).

Le rĂ©sultat attendu n’est pas un rapport. C’est un service qui tourne, mesurĂ© par des indicateurs simples : dĂ©lai, taux d’erreur, satisfaction, coĂ»t.

Une rĂšgle utile : un projet IA public sans indicateurs avant/aprĂšs est un projet de communication.

Feuille de route 2026 : comment passer du symbole à l’impact

RĂ©ponse directe : l’impact du CRMA sur l’administration dĂ©pendra d’une mĂ©canique : prioriser, accĂ©der aux donnĂ©es, dĂ©ployer, mesurer.

Voici une feuille de route réaliste sur 6 à 12 mois pour connecter CRMA, IA et modernisation administrative.

1) Choisir 3 “problùmes nationaux” plutît que 30 projets

Exemples de problÚmes bien cadrés :

  • rĂ©duction des dĂ©lais sur un service Ă  forte demande,
  • dĂ©tection d’anomalies sur un dispositif d’aide,
  • optimisation d’un processus logistique multi-sites.

2) Mettre en place un cadre de données sécurisé et partagé

  • anonymisation/pseudonymisation,
  • droits d’accĂšs,
  • catalogue de donnĂ©es,
  • traçabilitĂ© des usages.

3) Exiger des modÚles explicables pour les décisions sensibles

L’administration doit pouvoir justifier. Donc : modĂšles interprĂ©tables quand c’est possible, et audit quand ça ne l’est pas.

4) Industrialiser (MLOps) dÚs le départ

Un prototype qui reste dans un ordinateur ne modernise rien. Il faut penser déploiement, supervision, mises à jour et dérive des données.

Ce que l’inauguration du CRMA dit de l’AlgĂ©rie de 2030

L’inauguration du CRMA Ă  Sidi Abdellah n’est pas qu’une bonne nouvelle pour la recherche. C’est un signal : l’AlgĂ©rie veut bĂątir ses capacitĂ©s de modĂ©lisation, d’analyse et d’optimisation — exactement ce qu’exige une administration moderne.

Dans cette sĂ©rie sur l’IA et la formation, je retiens une idĂ©e pratique : si l’on veut des services publics plus simples, il faut former des profils capables de faire le lien entre la thĂ©orie (maths), la rĂ©alitĂ© (donnĂ©es) et l’exĂ©cution (systĂšmes). Le CRMA peut devenir cet atelier national.

La prochaine Ă©tape est trĂšs concrĂšte : quels trois services administratifs seront amĂ©liorĂ©s en premier, avec des rĂ©sultats mesurables d’ici fin 2026 ?