L’IA et la pédagogie par projets renforcent l’attractivité des formations. Le cas EM Strasbourg inspire un plan concret pour l’Algérie dès 2026.

IA et pédagogie par projets : leçons pour l’Algérie
Le 16/12/2025, l’EM Strasbourg a publié un point d’étape très parlant sur son plan stratégique 2023–2028 : toutes les 70 places de son nouveau programme Grande École post-bac ont été pourvues dès la phase principale, et le nombre d’intégrés a progressé de 45% entre 2024 et 2025. Ce n’est pas un « coup de com’ ». C’est un signal : quand une institution clarifie sa proposition de valeur, modernise sa pédagogie et aligne ses parcours sur le marché, l’attractivité suit.
Ce qui m’intéresse ici, c’est la mécanique derrière ce résultat. L’école assume une idée simple : les étudiants peuvent déjà accéder au savoir, y compris via des outils d’IA. La valeur d’une formation, aujourd’hui, se joue ailleurs : dans l’expérience, les projets, l’accompagnement, l’orientation, et la capacité à transformer des compétences en employabilité.
Pour l’Algérie, où la question centrale est souvent « comment rendre la formation plus utile, plus accessible et plus cohérente avec l’économie réelle ? », l’exemple est précieux. Pas pour copier un modèle français, mais pour adapter une logique : stratégie lisible, admissions mieux pilotées, pédagogie par projets, et — surtout — personnalisation à grande échelle, exactement là où l’IA peut aider.
Ce que montre l’EM Strasbourg : l’attractivité se construit
La réponse directe : l’attractivité ne vient pas d’un slogan, mais d’un design de parcours (accès, prix, expérience, débouchés) qui colle aux attentes des étudiants et des entreprises.
À Strasbourg, plusieurs choix structurants ressortent :
- Ouverture post-bac via un concours commun : 70 places remplies dès la phase principale.
- Stabilité post-prépa : 120 places maintenues, avec une hausse des intégrés de 47% vs 2024.
- Positionnement public assumé : frais largement portés par l’État, comme en prépa, avec un discours clair.
- Internationalisation ciblée : un parcours full track english en 1re année de bachelor.
Ce qui est intéressant, c’est que l’école ne cherche pas la croissance « pour la croissance ». Elle annonce ne pas vouloir « croître indéfiniment » et ne pas être en logique multi-campus. Autrement dit : priorité à la qualité perçue et à la cohérence du modèle.
Le point le plus transférable à l’Algérie : le discours de valeur
En Algérie, beaucoup d’établissements (publics comme privés) souffrent d’un décalage entre :
- ce que l’étudiant pense acheter (un diplôme),
- ce que l’employeur attend (des compétences prouvées),
- ce que l’école délivre réellement (souvent trop théorique, trop standardisé).
La leçon : une stratégie éducative crédible se voit dans les choix pédagogiques (projets, coaching, évaluation), pas seulement dans les plaquettes.
Pédagogie par projet + IA : le combo qui remet l’employabilité au centre
La réponse directe : si l’IA facilite l’accès au contenu, la pédagogie doit maximiser l’action — cas réels, production, feedback, itération, travail d’équipe.
À l’EM Strasbourg, la directrice des programmes le dit clairement : éviter de reproduire des cours en amphithéâtre quand des connaissances sont accessibles autrement, et basculer vers des projets concrets. Le laboratoire pédagogique et les cas professionnels (ex. projet autour de la valorisation de matériaux pour la maroquinerie) vont dans ce sens.
Pour l’Algérie, c’est exactement le terrain où l’IA peut amplifier l’impact, sans remplacer l’enseignant.
Comment l’IA rend la pédagogie par projets plus efficace (concrètement)
Voici ce que je recommande quand on parle d’IA dans l’éducation et de formation professionnelle en Algérie : partir d’usages simples, mesurables, et compatibles avec les réalités des établissements.
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Briefs de projet mieux cadrés
- Générer des cahiers des charges adaptés au niveau (L1/L2, BTS, centres de formation).
- Décliner un même sujet en 3 niveaux de difficulté.
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Tutorat et remédiation personnalisés
- Diagnostiquer les lacunes (prérequis, logique, expression écrite, calcul).
- Proposer des exercices ciblés + corrections expliquées.
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Feedback plus rapide sur les livrables
- Relecture structurée (clarté, plan, sources, cohérence).
- Détection d’incohérences dans un rapport ou un business plan.
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Simulation d’entretien et préparation à l’emploi
- Jeux de rôles : RH, manager, client.
- Grilles de compétences et reformulation orientée résultats.
Phrase à retenir : l’IA ne remplace pas le projet ; elle accélère le cycle “produire → corriger → améliorer”.
Ce que l’EM Strasbourg fait avec “Team Lab”… et ce que ça inspire
L’école prévoit un format “Team Lab” en 3e année de bachelor : mêmes enseignements, mais une autre modalité. Moins de cours classiques, plus de coaching autour d’un projet collectif, avec tout de même un socle commun (150 heures).
Transposé au contexte algérien, ça peut devenir un modèle très opérationnel pour des filières où l’écart théorie/emploi est fort (gestion, commerce, informatique, logistique, tourisme, métiers de l’industrie) :
- 1 projet fil rouge par semestre
- 1 livrable « entreprise » (rapport, prototype, audit, application)
- 1 soutenance avec jury mixte (enseignants + professionnels)
- évaluation par compétences (pas seulement par examens)
L’IA intervient comme outil d’appui (recherche, structuration, entraînement), mais l’évaluation porte sur : décisions, exécution, qualité, collaboration, impact.
Admissions, orientation, personnalisation : l’Algérie a une carte à jouer
La réponse directe : la personnalisation des parcours est le raccourci le plus crédible vers l’employabilité, et l’IA permet de la rendre faisable à grande échelle.
L’EM Strasbourg profite de mécanismes d’admission structurés (concours, volumes maîtrisés) et adapte sa communication (assumer le public, valoriser la qualité). En Algérie, l’enjeu n’est pas de copier un concours, mais d’améliorer trois maillons souvent faibles :
- Orientation (trop tardive, trop générale)
- Diagnostic de niveau (peu systématique)
- Ajustement des parcours (peu flexible)
Un modèle simple de personnalisation “IA-compatible”
Si vous dirigez un établissement, une école, ou un centre de formation, voici un schéma que j’ai vu fonctionner :
- Test de positionnement en entrée (30–45 minutes)
- Profil de compétences (techniques + soft skills)
- Parcours recommandé : modules obligatoires + modules optionnels
- Suivi mensuel : progression, risques de décrochage, besoins d’appui
Avec des outils d’IA, on peut automatiser une partie du diagnostic et du suivi, et réserver le temps humain (enseignants, conseillers, coachs) à ce qui compte : motivation, projet pro, méthode, mise en situation.
Mini FAQ (façon “People Also Ask”)
Est-ce que l’IA suffit pour améliorer la formation ? Non. Sans réforme pédagogique, l’IA peut même aggraver le copier-coller et la passivité. Elle marche quand elle sert une pédagogie active.
Comment éviter la triche avec l’IA ? En évaluant moins « le texte final » et plus : journaux de bord, soutenances, itérations, preuves de travail, co-évaluation, et livrables ancrés dans un contexte réel.
Quels secteurs algériens gagnent le plus avec ce modèle ? Ceux où les besoins sont immédiats et mesurables : numérique, énergie, BTP, logistique, agroalimentaire, services, gestion.
Financement et gouvernance : investir là où l’impact est mesurable
La réponse directe : la transformation pédagogique coûte moins cher que l’immobilisme, si on investit dans les bons postes (coaching, projets, données, outils).
L’article rappelle que le plan 2023–2028 représente plus de 3,5 M€ d’investissement, pour un budget consolidé de 28 M€ (70% ressources propres, 30% ressources publiques). L’école relance aussi une levée de fonds (200 à 250 k€ par an) pour la recherche et les aides aux étudiants.
En Algérie, les modèles de financement diffèrent, mais la logique reste valable :
- financer des projets pédagogiques concrets plutôt que des initiatives floues,
- mesurer l’impact (taux de complétion, insertion, satisfaction entreprise),
- outiller le pilotage (données, suivi, amélioration continue).
Où l’argent fait réellement la différence
Si je devais prioriser 5 lignes budgétaires pour un établissement algérien qui veut intégrer l’IA dans la formation :
- Formation des enseignants à la pédagogie active (et pas seulement à l’outil)
- Coaching projet (intervenants, mentors, partenariats entreprises)
- Plateforme de suivi des compétences (portfolio, badges, référentiels)
- Infrastructures minimales (connectivité, salles projet, accès outils)
- Gouvernance et règles (charte IA, éthique, évaluation)
Passer de l’exemple à l’action en Algérie : un plan 90 jours
La réponse directe : en 90 jours, un établissement peut lancer un pilote crédible IA + projets, sans attendre une réforme nationale.
Voici un plan pragmatique, très applicable dès le prochain semestre :
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Semaine 1–2 : cadrage
- 1 filière pilote, 1 semestre, 1 projet fil rouge
- référentiel de compétences (10–15 compétences max)
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Semaine 3–4 : design pédagogique
- livrables, jalons, soutenance
- grille d’évaluation anti “copier-coller”
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Mois 2 : outillage IA
- assistants d’écriture encadrés (citations, plan, reformulation)
- quiz adaptatifs pour les prérequis
- portfolio de preuves (captures, versions, décisions)
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Mois 3 : partenariats & jury
- 5 entreprises locales ou alumni
- 1 journée de soutenances
Le bénéfice est immédiat : une formation qui produit des preuves (projets) et des profils (compétences) plutôt qu’un simple volume de cours.
Ce que l’EM Strasbourg rappelle, et pourquoi ça compte pour l’Algérie
Un établissement devient attractif quand il peut dire, preuves à l’appui : “voici ce que vous saurez faire”, pas seulement “voici ce que vous aurez suivi”. L’EM Strasbourg montre qu’une stratégie lisible, des volumes maîtrisés, et une pédagogie centrée sur l’expérience peuvent entraîner des résultats concrets (places remplies, progression des intégrés).
Pour notre série « Comment l’IA peut transformer l’éducation et la formation professionnelle en Algérie », le message est clair : l’IA n’est pas un sujet d’outil, c’est un sujet de design éducatif. Le plus grand gain vient de la personnalisation (diagnostic, remédiation, orientation) et de l’apprentissage par projets (preuves, employabilité, confiance).
Si vous pilotez une école, un centre de formation, ou un programme interne en entreprise, quelle serait votre première expérimentation IA “utile” dès janvier 2026 : diagnostic de niveau, tutorat personnalisé, ou projet fil rouge évalué par compétences ?