Stockage connecté anti-gaspillage : le vrai test

Jobs, Remote Work & the Labour MarketBy 3L3C

Le stockage connecté anti-gaspillage séduit, mais son ROI se prouve. Analyse, méthodes simples et métiers IA/IoT derrière ces systèmes.

gaspillage alimentairestockage alimentaireIoTsupply chainmétiers de la datatravail hybride
Share:

Featured image for Stockage connecté anti-gaspillage : le vrai test

Stockage connecté anti-gaspillage : le vrai test

En 2018, un système de boîtes « intelligentes » promettait de faire pour nos placards ce que les applis ont fait pour nos agendas : remettre de l’ordre, réduire les oublis, éviter le gâchis. Sept ans plus tard, Silo — un projet né sur Kickstarter — commence enfin à livrer ses premiers soutiens… avec un prix qui a, lui, nettement grandi.

Ce retard n’est pas juste une anecdote de startup. Il raconte quelque chose de très concret sur l’agroalimentaire en 2025 : la lutte contre le gaspillage ne se gagne pas uniquement dans les champs, les entrepôts ou les usines. Elle se joue aussi dans la cuisine, là où une partie énorme des pertes « évitables » se décide au quotidien (courses trop optimistes, dates mal comprises, restes oubliés au fond du frigo).

Dans notre série « Jobs, Remote Work & the Labour Market », ce sujet a un angle travail évident : les solutions de stockage connecté créent des besoins en data, IA, supply chain, service client, mais aussi en industrialisation hardware. Et elles poussent les entreprises à organiser leurs équipes autrement : plus distribué, plus orienté produit, plus “ops”.

Ce que montre Silo (au-delà du produit)

Silo illustre une réalité simple : le hardware “connecté” est difficile. Longtemps. Cher. Et les crises récentes (pandémie, tensions sur les chaînes d’approvisionnement, hausse des coûts de transport) ont puni les calendriers optimistes.

Dans le récit public autour de Silo, deux causes ressortent :

  • La pandémie a empêché des déplacements en Chine pour piloter la production.
  • Un financement retiré en période de choc a créé un trou d’air, typique des jeunes marques matérielles.

Résultat : la promesse de 2018 arrive chez certains clients seulement en 2025. Et entre-temps, le prix a changé d’échelle : environ 199 $ au départ (crowdfunding) contre 499 $ aujourd’hui pour un pack de base (unité de mise sous vide + balance + 4 contenants), et 649 $ pour un kit 12 pièces.

Phrase à garder en tête : Un objet anti-gaspillage doit prouver son ROI, pas seulement sa bonne intention.

Pourquoi c’est important pour la filière agroalimentaire

On pense souvent “gaspillage = production”. En pratique, la demande et les habitudes domestiques pèsent aussi lourd : surproduction perçue, promotions qui poussent à acheter trop, aliments jetés faute d’avoir été conservés correctement ou consommés à temps.

Un stockage plus précis à la maison peut :

  • lisser la demande (moins d’achats “de remplacement”)
  • limiter les pertes en bout de chaîne
  • rendre plus visible la valeur des produits agricoles (quand on jette moins, on respecte plus)

C’est un pont direct entre consommation et sécurité alimentaire : chaque kilo non jeté, c’est de l’eau, de l’énergie, du transport et des intrants agricoles “épargnés”.

Stockage intelligent : quels mécanismes réduisent vraiment le gaspillage ?

Le cœur de ces systèmes, ce n’est pas “une boîte plus chère”. C’est la combinaison de trois leviers.

1) Allonger la durée de vie grâce au sous vide (quand c’est pertinent)

Le sous vide peut ralentir certaines dégradations (oxydation, dessèchement). Mais ce n’est pas magique : certains aliments supportent mal un environnement trop pauvre en oxygène, et le froid reste souvent déterminant.

Ce qui marche le mieux, dans la vraie vie :

  • produits secs (céréales, fruits à coque, café) : moins de rancissement, moins d’humidité
  • restes et préparations (selon les aliments) : réduction des odeurs, meilleure tenue

Ce qui marche moins si l’usage n’est pas clair :

  • produits très humides ou fragiles, où la question n’est pas l’air mais la température et la gestion du temps

2) Mesurer pour éviter “l’inventaire fantôme”

L’idée d’intégrer une balance est plus intelligente qu’elle n’en a l’air. Le gaspillage vient souvent de deux erreurs :

  • on croit qu’il “reste assez” (on ne rachète pas, puis on commande à emporter)
  • on croit qu’il “ne reste plus” (on rachète, puis on oublie)

Un inventaire basé sur le poids peut réduire ces biais… à une condition : que l’expérience soit simple et régulière.

3) Le vrai nerf de la guerre : l’habitude, pas l’objet

La plupart des foyers n’échouent pas à cause d’un manque de technologie. Ils échouent parce que la routine n’existe pas.

Si vous voulez un résultat sans vous compliquer la vie, je conseille une règle de base (qui vaut même sans appareil connecté) :

  1. Une zone “à finir d’abord” dans le frigo (visuelle, accessible)
  2. Un rituel 2 fois/semaine (ex. mercredi + dimanche) : 5 minutes pour lister ce qui doit partir
  3. Un repas “restes assumés” (pas improvisé) : soupe, wok, omelette, gratin

Un système connecté devient utile quand il s’aligne sur ces habitudes, pas quand il cherche à les remplacer.

Le point “jobs” : quels métiers derrière ces objets anti-gaspillage ?

Un produit comme Silo n’est pas qu’un design d’objet. C’est une petite entreprise techno-industrielle, avec une chaîne de compétences complète. Et beaucoup de ces postes sont compatibles avec du travail hybride ou remote, surtout côté logiciel et data.

Les rôles qui montent

  • Product manager IoT / hardware : arbitrer expérience utilisateur, coûts, fiabilité, conformité
  • Ingénieur firmware / embarqué : capteurs, consommation énergétique, robustesse
  • Data analyst / data engineer : qualité des données, suivi des usages, métriques anti-churn
  • UX writer / designer : rendre l’usage évident (sinon l’objet finit au placard)
  • Supply chain & industrialisation : maîtrise des fournisseurs, contrôle qualité, cycles longs
  • Customer success (souvent hybride) : installation, support, retours, pédagogie anti-abandon

Les compétences IA qui font la différence (et qui recrutent)

On parle beaucoup d’IA en agriculture “au champ”. Ici, l’IA peut agir sur un autre maillon : la consommation. Les usages réalistes :

  • prévision de consommation (rythmes d’un foyer, saisonnalité)
  • alertes intelligentes (pas de spam : alerte au bon moment, avec une action simple)
  • recommandations recettes anti-gaspillage basées sur ce qui est réellement disponible

Ce sont des sujets parfaits pour des équipes distribuées : data, produit et design peuvent très bien travailler à distance, tandis que l’industrialisation reste plus terrain.

Le ROI d’un système à 499 $ : comment l’évaluer sans se raconter d’histoires

La question la plus honnête est financière : est-ce que ça paie le surcoût ?

Prenons un raisonnement simple (à adapter à votre foyer) :

  • Si un foyer jette 10 € de nourriture par semaine (ce n’est ni extrême ni rare), cela fait ~520 €/an.
  • Un système à ~499 $ (disons ~450–500 € selon contexte) doit donc réduire le gaspillage d’environ 1 an de pertes pour “s’amortir”.

Mais il y a deux pièges :

  1. Le gaspillage n’est pas uniforme : certains foyers jettent peu, d’autres beaucoup.
  2. L’outil peut déplacer le problème : on conserve mieux… mais on achète plus car on se sent “sécurisé”.

Mini-checklist avant d’acheter (ou de déployer en entreprise)

  • Votre douleur principale est-elle la conservation (produits qui rancissent, humidité) ou l’organisation (oubli, visibilité) ?
  • Qui va faire le geste d’usage ? Une personne motivée… ou tout le monde “quand il y pense” ?
  • Pouvez-vous tester une méthode “low tech” 2 semaines (zone à finir + rituel) ? Si ça marche déjà, le besoin d’un système coûteux diminue.

Une règle que j’applique souvent en produit : si l’usage n’est pas évident sans onboarding, le taux d’abandon sera élevé.

De la cuisine au champ : pourquoi le stockage domestique compte pour la durabilité

Quand les consommateurs jettent moins, le signal remonte toute la chaîne.

  • Moins de pertes peut réduire la pression sur certaines productions (à horizon long, via la demande).
  • Meilleure planification des achats favorise des circuits plus stables.
  • Valorisation du produit : si une famille prolonge la vie d’un fromage AOP ou d’un fruit de saison, elle achète souvent mieux (moins, mais mieux).

C’est là que l’IA dans l’agriculture et l’agroalimentaire devient cohérente : optimisation au champ + optimisation au stockage + optimisation de la consommation. Si un seul maillon est “aveugle”, on perd une partie du bénéfice.

Ce que j’attends d’une “boîte connectée” en 2026 (et ce que j’éviterais)

Les systèmes de stockage vont gagner s’ils deviennent plus modestes et plus utiles.

Ce que je veux voir

  • Des alertes actionnables : “il reste 220 g de riz, voilà 2 repas possibles”
  • Un mode hors-ligne solide (le frigo n’a pas besoin d’être dépendant du cloud)
  • Une hygiène irréprochable (joints, entretien, pièces remplaçables)
  • Des métriques claires : euros économisés, kilos évités, rythme de rotation

Ce que j’éviterais

  • le “tout-app” obligatoire
  • les notifications constantes
  • les promesses trop générales (“réduit le gaspillage” sans contexte d’usage)

Le stockage intelligent doit être un outil de discipline douce, pas une nouvelle source de charge mentale.

Prochaine étape : transformer l’anti-gaspillage en avantage compétitif (et en leads)

Si vous êtes une entreprise agroalimentaire, un distributeur, une coopérative ou une startup AgriTech, ce sujet est une opportunité concrète : l’anti-gaspillage se vend mieux quand il est mesurable. Les objets connectés comme Silo popularisent l’idée d’un inventaire domestique, et ça ouvre la porte à des services data, des partenariats marques, et des produits plus sobres.

Pour les talents aussi, le message est clair : la réduction du gaspillage n’est pas un “petit sujet RSE”. C’est un chantier industriel et logiciel, qui recrute des profils capables de relier usage terrain, données et chaîne alimentaire.

Et vous, si vous deviez parier sur une seule fonctionnalité pour réduire le gaspillage à la maison — visibilité, conservation, ou routines — vous mettriez votre budget où ?

🇨🇦 Stockage connecté anti-gaspillage : le vrai test - Canada | 3L3C