Le recyclage des déchets alimentaires au bureau devient un sujet de pilotage. Voici comment l’IA aide à mesurer, prévoir et réduire le gaspillage.

Recycler les déchets alimentaires au travail, version IA
20 millions de dollars de chiffre d’affaires sur 12 mois pour une startup de recyclage des déchets alimentaires, ce n’est pas un “petit sujet RSE”. C’est un signal marché. Mill, connue pour son appareil de recyclage domestique, passe à l’échelle entreprise avec une offre “workplace”. Et quand une solution matérielle (avec service) s’installe dans des bureaux, un détail devient central : la donnée.
Dans notre série Jobs, Remote Work & the Labour Market, on parle souvent d’IA côté recrutement, productivité, ou organisation du travail hybride. Ici, l’angle est plus concret : la gestion des biodéchets au bureau devient un chantier opérationnel… qui crée de nouveaux besoins de compétences (facility management, data, maintenance), et qui se prête très bien à l’automatisation intelligente.
Le point clé : réduire le gaspillage alimentaire au travail n’est pas seulement “faire le tri”. C’est piloter un flux, mesurer, optimiser, et connecter l’aval (valorisation agricole) à l’amont (restauration collective, frigos partagés, évènements internes). Là , l’IA a un rôle évident.
Pourquoi le recyclage alimentaire en entreprise devient un sujet “métier”
Réponse directe : parce que les déchets alimentaires coûtent déjà de l’argent (collecte, stockage, non-conformités, temps humain) et qu’ils pèsent sur les objectifs ESG, désormais suivis de près.
Dans beaucoup d’entreprises, la gestion des biodéchets reste un patchwork : bacs dispersés, prestataires multiples, pas de mesure fiable, et des “bonnes intentions” qui s’épuisent après quelques mois. Or, dès qu’un site grossit (cantine, cafétéria, snacks, réunions), les volumes montent vite.
Ce qui change avec des solutions de type Mill pour workplace, c’est la promesse d’une approche “produit + service” :
- Un équipement qui traite les restes alimentaires sur place (réduction du volume, stabilisation du flux)
- Un service de collecte/valorisation en bout de chaîne (dans le cas de Mill, l’upcycling vers l’alimentation animale est mis en avant)
- Un logiciel de gestion de flotte (quand vous avez plusieurs sites ou plusieurs machines)
Mon avis : c’est ce troisième point—le logiciel—qui transforme le sujet en véritable levier. Sans mesure, vous faites de la communication. Avec mesure, vous faites de la performance.
Ce que les directions attendent réellement (au-delà du discours)
Réponse directe : de la preuve chiffrée, des process simples, et une charge opérationnelle minimale.
Les équipes RH et RSE veulent raconter une histoire crédible. Les directions immobilières et services généraux veulent que ça tourne sans incident. Et les achats veulent un modèle économique lisible.
En pratique, les questions qu’on me remonte le plus souvent ressemblent à ça :
- Combien de kilos de biodéchets évite-t-on par site et par mois ?
- Combien d’enlèvements de bennes en moins ?
- Quel temps d’équipe mobilisé (tri, nettoyage, maintenance) ?
- Quels risques (odeurs, nuisibles, conformité) ?
Un système instrumenté (capteurs, suivi, alertes) est beaucoup plus rassurant qu’un simple bac “à biodéchets”.
Là où l’IA s’insère vraiment : capteurs, prévision, et pilotage
Réponse directe : l’IA apporte de la valeur quand elle convertit un geste (jeter un reste) en décisions : fréquence de collecte, prévention du gaspillage, formation ciblée, et valorisation agricole.
On parle souvent d’IA comme d’un “cerveau”. Dans la gestion des déchets alimentaires, c’est plutôt un chef de quai : il organise le flux, repère les anomalies, et évite les débordements (littéralement).
1) Mesurer automatiquement, au lieu d’estimer
Réponse directe : la mesure fiable est la base de tout KPI RSE.
Un système connecté peut suivre : poids/volume traité, cycles d’utilisation, saturation, incidents, horaires de pics. Cela permet de produire des indicateurs robustes, utiles pour le reporting et les plans de réduction.
Exemple concret (très courant) : un site “pense” jeter surtout des restes de repas, mais la donnée montre que le gros du flux vient des surstocks de snacks ou de la casse en cuisine. Ce n’est pas le même plan d’action.
2) Prévoir les volumes, surtout dans un monde hybride
Réponse directe : le travail hybride rend les volumes de cantine plus variables, donc l’optimisation plus difficile sans prévision.
Entre télétravail, jours de présence, séminaires, et pics saisonniers (fin d’année, événements commerciaux), la production de déchets peut fluctuer fortement.
Une IA simple (modèle de prévision) peut croiser :
- Taux d’occupation des bureaux (badges, réservations de postes)
- Planning de restauration (menus, quantités préparées)
- Historique des volumes de biodéchets
- Calendrier d’événements internes
Objectif : adapter les commandes, la production, et la collecte. La meilleure tonne de déchets, c’est celle qui n’existe pas.
3) Détecter les anomalies et réduire les incidents
Réponse directe : les alertes automatiques réduisent la charge mentale des équipes de site.
Odeur, surchauffe, bac mal fermé, cycle interrompu, utilisation anormalement faible (mauvaise adoption) : ce sont des signaux qu’un système intelligent peut remonter avant que cela devienne “un problème RH” (plaintes) ou “un problème hygiène”.
Dans une logique marché de l’emploi, cela change aussi le travail des équipes : moins de rondes “au feeling”, plus de pilotage via tableaux de bord. Cela crée une demande de profils facility manager data-friendly.
Du bureau au champ : pourquoi l’upcycling intéresse l’agriculture
Réponse directe : parce que transformer des restes en ressource (ex. alimentation animale) ferme une boucle et renforce la souveraineté matière.
Mill a popularisé l’idée d’un service qui transforme les déchets alimentaires traités en aliment pour poules (selon leur communication). Au-delà du cas précis, le mouvement est clair : valoriser plutôt qu’éliminer.
Côté agriculture et agroalimentaire, l’intérêt est double :
- Sécuriser des flux d’intrants (ou ingrédients) secondaires quand c’est réglementairement possible
- Réduire l’empreinte environnementale de la chaîne (moins de déchets, moins de transport, moins de méthane en décharge)
L’IA joue ici un rôle discret mais crucial : la traçabilité et la qualité. Pour que l’upcycling passe à grande échelle, il faut qualifier le flux (ce qui entre, ce qui sort, comment c’est traité). Les modèles de classification, les contrôles qualité automatisés et le suivi lot peuvent faire la différence.
Phrase à retenir : sans données, l’économie circulaire reste une intention ; avec données, elle devient une filière.
Ce que l’Europe (et la France) rendent inévitables
Réponse directe : la pression réglementaire et la maturité ESG poussent les entreprises à industrialiser la gestion des biodéchets.
Même si les détails varient selon les secteurs et tailles d’organisation, la tendance est la même : les entreprises doivent prouver, auditer, documenter. En 2026, celles qui auront déjà des mesures propres et une chaîne de valorisation stable seront en avance—et pas seulement sur la com.
“Mill for Workplace” : ce que ce lancement dit du marché du travail
Réponse directe : la gestion intelligente des déchets crée des rôles hybrides entre terrain, logiciel et RSE.
Quand une startup atteint 20 M$ de revenus et élargit son offre entreprise, cela signifie qu’il existe un budget, une adoption, et une dynamique d’équipement. Or, chaque équipement en entreprise implique : installation, maintenance, formation, suivi, relation fournisseur, indicateurs.
Les nouveaux métiers (ou nouvelles compétences) qui apparaissent
On voit déjà émerger des besoins concrets :
- Responsable environnement / RSE orienté opérations (capable de parler KPI, sites, prestataires)
- Facility manager “data-ready” (pilotage multi-sites, dashboards, optimisation)
- Technicien maintenance avec une couche IoT (diagnostic, interventions planifiées)
- Chef de projet workplace (expérience collaborateur + services de site)
Ce n’est pas une “mode”. C’est la logique du travail moderne : on instrumente les bâtiments comme on a instrumenté le marketing il y a 15 ans.
Télétravail et bureaux : l’argument qu’on sous-estime
Réponse directe : plus le bureau devient un lieu d’événements et de convivialité, plus le gaspillage “évènementiel” augmente.
Dans beaucoup d’organisations hybrides, on vient moins souvent, mais on vient “mieux” : journées d’équipe, workshops, onboarding, rencontres clients. Résultat : traiteur, buffet, frigos pleins, et parfois une logistique mal calibrée.
Un dispositif de recyclage alimentaire n’excuse pas le gaspillage. Par contre, il donne une lecture : quels jours, quels formats, quels volumes. Et donc quels leviers (précommande de repas, portions, dons quand possible, ajustement traiteur).
Comment mettre en place une stratégie “déchets alimentaires + IA” (sans se perdre)
Réponse directe : commencez par un pilote, instrumentez, puis standardisez.
Voici une approche pragmatique que je recommande :
1) Choisir un site pilote “représentatif”
- Cantine ou forte consommation sur place
- Équipe services généraux motivée
- Volumes suffisants pour mesurer un impact en 8 Ă 12 semaines
2) Définir 5 KPI simples (et exploitables)
- Kg de biodéchets traités / mois
- Coût collecte avant/après
- Incidents (odeur, débordement) / mois
- Taux d’adoption (utilisation par zone)
- Estimation des émissions évitées (méthode stable, même si imparfaite)
3) Ajouter la couche “IA utile”
Pas besoin d’un grand programme. Cherchez :
- Prévision hebdomadaire des volumes
- Alertes sur anomalies
- Segmentation par zones (cuisine, étages, événements)
4) Industrialiser multi-sites
Quand ça marche : standardisez le matériel, formez un référent par site, et centralisez le reporting.
Ce que je retiens (et ce que je surveillerais Ă votre place)
Réponse directe : le sujet est crédible parce qu’il est économique, mesurable, et compatible avec l’IA.
Mill montre qu’il existe une demande pour des solutions de recyclage alimentaire intégrées, y compris au bureau. Le passage au marché entreprise est logique : volumes plus importants, contrats potentiellement récurrents, et une “pain point” opérationnelle très claire.
À surveiller : la part de revenus récurrents (service, abonnement, gestion de flotte) par rapport au matériel, et la capacité à maintenir les coûts dans un contexte de tensions industrielles. Mais même sans entrer dans les chiffres internes, la direction est nette : le gaspillage devient un problème de pilotage, pas une simple question de tri.
Si vous gérez des sites, une politique de télétravail, ou une feuille de route RSE, la prochaine étape est simple : êtes-vous capables de répondre, chiffres à l’appui, à “combien on jette” et “pourquoi” ? Si la réponse est floue, c’est le moment de passer d’un bac… à un système.
Et vous, dans votre organisation hybride, le gaspillage vient plutôt de la cantine, des événements, ou des frigos partagés ?