IA et streaming : séduire les jeunes sans perdre son ADN

Intelligence artificielle dans les médias et les industries créativesBy 3L3C

Crave et Noovo ciblent de nouvelles perspectives pour séduire les jeunes. Découvrez comment l’IA améliore recommandation, contenus et rétention.

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IA et streaming : séduire les jeunes sans perdre son ADN

La bataille du streaming ne se joue plus seulement sur le catalogue. Elle se joue sur l’attention, et l’attention des 18-34 ans ressemble à une denrée rare : volatile, ultra-sollicitée, et très sensible à la pertinence. Quand des plateformes comme Crave (anglophone) et Noovo (francophone) mettent l’accent sur de nouvelles perspectives et sur le rajeunissement de l’audience, elles ne font pas “juste” de la programmation. Elles répondent à un problème de fond : comment rester culturellement central quand les usages se fragmentent en micro-communautés.

Dans notre série « Intelligence artificielle dans les médias et les industries créatives », j’aime regarder ce type de stratégie comme un signal : la création (choix éditoriaux, casting, tonalité) et la distribution (recommandation, personnalisation, packaging) se rapprochent. Et l’IA est précisément ce qui accélère cette convergence.

Phrase à retenir : attirer un public plus jeune n’est pas une question de “faire jeune”, c’est une question de faire juste—au bon moment, pour la bonne personne, avec la bonne promesse.

Ce que Crave et Noovo cherchent vraiment : de la pertinence

La priorité affichée — aller chercher des nouvelles perspectives et des audiences plus jeunes — traduit un changement de cap que beaucoup de diffuseurs connaissent : l’ère où une marque média pouvait compter sur l’inertie des habitudes est terminée. Désormais, la valeur se mesure à la capacité de proposer des œuvres qui semblent écrites “de l’intérieur” d’un vécu, pas “observées de l’extérieur”.

Dans le cas de Bell Media, l’exemple souvent cité côté francophone est Empathie, un succès qui illustre une réalité simple : les hits nationaux en français existent, à condition d’assumer une identité forte et de créer des points d’entrée accessibles.

“Nouvelles perspectives” : ce n’est pas un slogan, c’est un levier business

Concrètement, “nouvelles perspectives” veut dire :

  • Renouveler les voix (auteurs, réalisateurs, showrunners) pour éviter la répétition de codes.
  • Représenter des expériences plus variées (milieux, régions, identités, trajectoires sociales).
  • Oser des formats compatibles avec les nouveaux usages (saisons plus courtes, arcs narratifs plus denses, tonalités hybrides).

Ce levier n’est pas qu’artistique. Il a un impact direct sur :

  1. le taux de complétion (finir un épisode/une saison),
  2. la propension au partage (conversation sociale),
  3. la rétention (rester abonné).

L’IA, accélérateur discret de la stratégie “jeunesse”

La plupart des plateformes disent vouloir “rajeunir”. Peu savent mesurer, de façon fine, ce qui fait qu’un 22 ans reste, clique, recommande… ou part au bout de 40 secondes. C’est là que l’IA devient utile : pas pour remplacer le goût, mais pour réduire l’incertitude.

Personnalisation : la recommandation est devenue l’affiche du XXIe siècle

Pour un public jeune, l’interface est souvent plus importante que la homepage d’une chaîne traditionnelle. L’algorithme de recommandation joue le rôle de :

  • programmateur,
  • attaché de presse,
  • directeur artistique (via le choix des visuels),
  • et parfois même critique.

Une personnalisation bien faite repose sur des signaux très concrets :

  • historique de visionnage (mais aussi abandon à la minute près),
  • préférences de genres et moods (comédie sèche, drame intime, thriller social),
  • comportements de navigation (scroll, recherche, re-visionnage),
  • contexte (heure, appareil, durée disponible).

Position tranchée : si votre plateforme recommande “à peu près”, vous perdez le public jeune. Il ne vous pardonne pas 3 propositions hors-sujet d’affilée.

Création de contenu : l’IA n’écrit pas votre série, elle la rend “testable” plus tôt

Dans les industries créatives, l’IA utile est souvent celle qui intervient avant le tournage et avant le marketing final.

Quelques usages concrets (déjà fréquents dans le secteur) :

  • Analyse sémantique de scripts : détecter les thèmes, la tonalité, le rythme, et comparer à des œuvres qui performent sur des segments similaires.
  • Simulation de packaging : tester plusieurs synopsis, titres, et images de couverture (A/B tests) selon des cohortes.
  • Prévision d’audience (avec prudence) : estimer la probabilité d’adhésion par segment, sans réduire l’œuvre à un score unique.

Le bénéfice réel : gagner du temps sur des cycles de validation interminables, et arriver plus vite à une proposition claire.

Diversité de contenus : sans data, on confond vite diversité et dispersion

La diversification est une promesse séduisante. Le piège, c’est de produire “un peu de tout” et de ne créer aucune traction.

L’approche la plus solide combine :

  • une ligne éditoriale (identité de marque),
  • des piliers de genres (3 à 5 maximum pour rester lisible),
  • et des expérimentations cadrées (des paris assumés, mais mesurés).

Le bon usage de l’IA : cartographier les micro-communautés

Les publics jeunes ne sont pas un bloc. Ils fonctionnent en micro-tribus : fans de drames psychologiques, amateurs de romance réaliste, passionnés de satire sociale, etc.

L’IA peut aider à :

  • segmenter non pas par âge, mais par affinités narratives,
  • identifier des “ponts” (ex. : ceux qui aiment une comédie dramatique québécoise pourraient aimer un drame court très dialogué),
  • repérer les zones de sous-offre (un genre demandé mais peu servi).

Bon réflexe : cherchez des segments décrits par des verbes (“je binge”, “je grignote”, “je re-regarde”) plus que par des catégories (“Gen Z”).

Ce que les médias peuvent copier demain : un plan d’action en 30 jours

Ce qui rend l’exemple Crave/Noovo intéressant, c’est qu’il s’agit moins d’une “recette” que d’une posture : écouter, oser, mesurer.

Voici un plan d’action réaliste pour une plateforme, un diffuseur, un studio ou même une équipe marketing contenu.

Semaine 1 : clarifier la promesse (sans jargon)

  • Écrivez en une phrase : “On existe pour…”
  • Définissez 3 piliers de contenus (genres, thèmes, tonalités).
  • Listez 10 références (locales et internationales) qui “sonnent” comme vous.

Semaine 2 : instrumenter la donnée utile

  • Suivez 5 métriques simples : démarrage, abandon, complétion, re-visionnage, conversion.
  • Ajoutez un suivi par cohorte (nouveaux vs anciens abonnés; mobile vs TV).

Semaine 3 : tester le packaging avec IA + humain

  • Générez 5 variantes de synopsis courts (60-90 mots) et faites valider par l’éditorial.
  • Testez 3 visuels de couverture par segment.
  • Mesurez le lift sur le taux de clic et le temps de visionnage.

Semaine 4 : boucler la boucle créa ↔ audience

  • Faites un point commun éditorial + data (30 minutes, pas plus).
  • Décidez d’un ajustement concret : bande-annonce, ordre de mise en avant, tag de genre, vignette.
  • Documentez ce qui a marché (et ce qui n’a pas marché).

Ce que j’ai constaté sur le terrain : les équipes progressent vite quand elles traitent la recommandation et le marketing comme une extension de la création, pas comme une couche “après coup”.

Questions fréquentes (et réponses franches)

L’IA va-t-elle uniformiser les contenus ?

Oui, si on l’utilise comme un juge (“score de succès”) au lieu d’un instrument (“hypothèses testables”). La diversité nécessite des décisions humaines, puis des mesures intelligentes.

Est-ce que personnalisation = bulle de filtres ?

Pas forcément. Une bonne personnalisation inclut une part d’exploration : proposer 10-20% de contenus inattendus mais cohérents, pour élargir le goût sans casser la pertinence.

Par où commencer avec un petit budget ?

Commencez par le packaging : métadonnées propres (genres, thèmes, tonalité), A/B test de visuels, et analyse des abandons. C’est souvent là que se cachent des gains rapides.

Attirer les jeunes audiences : l’équation 2026

Crave et Noovo illustrent une tendance qui va s’accentuer en 2026 : le succès passe par la combinaison de voix nouvelles et d’une distribution intelligente. Le contenu reste le cœur. Mais l’IA détermine de plus en plus souvent si ce contenu sera trouvé, compris, et adopté.

Si vous travaillez dans les médias, le bon défi n’est pas “faut-il de l’IA ?”. Le vrai défi, c’est : quels choix créatifs voulez-vous défendre, et quels systèmes allez-vous mettre en place pour que ces choix rencontrent leur public, notamment le public jeune.

Vous voulez tester cette approche sur votre catalogue (ou votre prochaine production) ? La prochaine étape logique, c’est un audit rapide de vos métadonnées, de votre tunnel de recommandation et de vos métriques de rétention. Ensuite seulement, on parle outils.

Et vous, dans votre organisation, qu’est-ce qui vous freine le plus aujourd’hui : trouver les bonnes idées… ou les faire découvrir aux bonnes personnes ?

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