Yummly remet lâIA au cĆur de la cuisine. Un signal utile pour comprendre comment lâIA optimise aussi lâagroalimentaire, du panier au champ.

IA en cuisine : ce que Yummly dit du futur agroalimentaire
En 2025, lâIA nâest plus un « gadget » rĂ©servĂ© aux labos. Elle sâest installĂ©e dans les gestes du quotidien â y compris dans ce moment trĂšs concret oĂč lâon ouvre le frigo Ă 18h30 en se demandant quoi faire Ă dĂźner. Câest exactement le terrain de jeu dâapplications comme Yummly, qui vient de remettre en avant des fonctions de recommandations « dopĂ©es Ă lâIA », un planificateur de repas amĂ©liorĂ© et une intĂ©gration matĂ©rielle via un thermomĂštre connectĂ©.
Ce genre de mise Ă jour paraĂźt anecdotique. Pourtant, je suis convaincu que ces apps sont un baromĂštre: elles montrent comment lâintelligence artificielle se diffuse dans lâagroalimentaire, depuis la personnalisation des contenus (recettes, mĂ©dias culinaires, vidĂ©o guidĂ©e) jusquâĂ lâoptimisation (courses, gestion des stocks, cuisson, rĂ©duction du gaspillage). Et ça fait un pont naturel avec un autre univers: lâagriculture de prĂ©cision, oĂč lâIA fait dĂ©jĂ la mĂȘme chose⊠mais dans les champs.
Yummly, ou lâIA « silencieuse » qui sâinstalle dans les usages
Le point clĂ©: lâintĂ©rĂȘt nâest pas quâune application annonce « de lâIA ». LâintĂ©rĂȘt, câest ce que lâIA change dans la chaĂźne dĂ©cisionnelle: choisir, planifier, acheter, cuisiner.
Dans le cas de Yummly, les nouveautés annoncées tournent autour de trois axes:
- Recommandations de recettes basĂ©es sur lâIA (prĂ©sentĂ©es comme plus pertinentes)
- Planificateur de repas mieux intégré à la logique « courses/achat »
- ThermomĂštre connectĂ© enrichi (plus de capteurs), intĂ©grĂ© Ă lâapp
Ce qui frappe, câest la continuitĂ©: Yummly revendiquait dĂ©jĂ , depuis des annĂ©es, des fonctions de personnalisation. Autrement dit, on est face Ă un phĂ©nomĂšne trĂšs courant en food tech: lâIA progresse par petits pas, et les annonces marketing finissent par rattraper une rĂ©alitĂ© technique incrĂ©mentale.
Phrase Ă retenir: LâIA utile nâest pas celle qui impressionne, câest celle qui rĂ©duit une friction prĂ©cise.
Dans notre sĂ©rie « Intelligence artificielle dans les mĂ©dias et les industries crĂ©atives », Yummly est un bon exemple parce que lâapp nâest pas seulement un outil: câest aussi un mĂ©dia (catalogue de recettes, recommandations, guidage, contenu premium) pilotĂ© par des algorithmes.
La recommandation de recettes, câest de la âprogrammation Ă©ditorialeâ
La recommandation, ce nâest pas juste « te proposer une recette sympa ». Câest une forme de curation automatisĂ©e, comparable Ă ce que font les plateformes vidĂ©o ou musicales.
Ce que lâIA peut rĂ©ellement optimiser (et ce quâelle ne peut pas)
Une recommandation de recettes « intelligente » devient crédible quand elle utilise des signaux concrets:
- préférences alimentaires (végétarien, halal, sans lactose, etc.)
- contraintes de temps (20 minutes, batch cooking le dimanche)
- saisonnalité et disponibilité (courges en décembre, agrumes, légumes racines)
- budget, promotions, marques disponibles
- historique de réussite/échec (recettes consultées mais jamais refaites)
Mais soyons francs: la plupart des apps butent sur un point. Le vrai signal, câest la rĂ©alitĂ© de la cuisine, pas le clic.
Une amélioration simple et trÚs « 2025 » consisterait à mieux relier:
- ce que lâutilisateur dit aimer
- ce quâil achĂšte
- ce quâil cuisine vraiment
- ce quâil mange et note
Câest lĂ quâon voit lâenjeu « mĂ©dias et industries crĂ©atives »: la recette devient un contenu interactif, mais aussi une donnĂ©e comportementale.
Pourquoi ça intĂ©resse lâagroalimentaire (et pas seulement les cuisiniers)
Quand une app fait bien son travail, elle influence directement:
- la demande (quels ingrédients deviennent « tendance »)
- les paniers dâachat (quantitĂ©s, substitutions)
- la réduction du gaspillage (recettes anti-restes, portions ajustées)
Le parallĂšle avec lâagriculture de prĂ©cision est immĂ©diat: sur une ferme, lâIA cherche Ă rĂ©duire lâincertitude (maladies, stress hydrique, rendement). Dans une cuisine, elle cherche Ă rĂ©duire lâincertitude⊠du dĂźner.
MĂȘme logique, autre Ă©chelle.
Le planificateur de repas âachetableâ: la monĂ©tisation façon agroalimentaire
Le point clĂ©: un planificateur de repas nâest pas quâun calendrier. Câest une interface entre contenu (recette) et commerce (liste de courses, produits).
Quand Yummly pousse un mode « shoppable », on retrouve un modÚle devenu courant: abonnement premium + affiliation/commerce. Du cÎté utilisateur, la promesse est simple: moins de charge mentale.
LĂ oĂč lâIA peut apporter une valeur trĂšs concrĂšte
Un planificateur de repas vraiment utile en 2025 doit savoir faire plus que « glisser-déposer » des recettes. Il devrait:
- Optimiser les ingrédients communs sur la semaine (réduire les restes)
- Proposer des substitutions intelligentes (allergÚnes, budget, disponibilité)
- Adapter les portions (2 adultes + 1 enfant, ou colocation)
- Gérer les contraintes (sport, diabÚte, grossesse, menus seniors)
- Tenir compte des saisons (plus pertinent, souvent moins cher)
Ce nâest pas spectaculaire, mais câest exactement ce qui fait dĂ©coller lâusage.
Lâeffet domino: du panier au champ
Quand la planification devient « pilotée » par des algorithmes, on obtient une chaßne de valeur plus prévisible:
- panier plus stable
- demande plus anticipable
- logistique mieux ajustée
- moins de pertes
Et câest lĂ que lâagriculture et lâagroalimentaire entrent en scĂšne. Une demande plus prĂ©visible, câest une opportunitĂ© pour:
- la planification de production
- la gestion des stocks
- lâoptimisation des circuits courts
On nâa pas besoin que tout soit connectĂ© pour que ça marche. Il suffit que la donnĂ©e circule mieux entre intention (plan de repas) et action (achat).
ThermomĂštre connectĂ©: lâIA devient âphysiqueâ
Le point clĂ©: lâintĂ©gration dâun thermomĂštre (avec davantage de capteurs) montre la trajectoire naturelle de lâIA en agroalimentaire: quand on mesure mieux, on dĂ©cide mieux.
Un thermomÚtre multi-capteurs peut améliorer:
- la précision de cuisson (moins de surcuisson, moins de gaspillage)
- la répétabilité (faire « pareil » à chaque fois)
- la sĂ©curitĂ© alimentaire (tempĂ©ratures cĆur, risques)
Câest une logique dâatelier industriel⊠appliquĂ©e au poulet rĂŽti.
Le vrai sujet: lâorchestration matĂ©riel + logiciel
Lâhistoire de Yummly est aussi une leçon de stratĂ©gie produit. Lâapp a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e Ă lâĂ©cosystĂšme dâun grand fabricant dâĂ©lectromĂ©nager, avec lâambition dâune cuisine « intelligente ». Mais dans les faits, lâintĂ©gration visible semble limitĂ©e.
Je trouve ça instructif pour toute entreprise agroalimentaire: connecter des briques est plus difficile que lancer des briques.
- Les cycles hardware sont longs
- LâexpĂ©rience utilisateur doit rester simple
- La maintenance (appareils, capteurs, compatibilités) coûte cher
RĂ©sultat: beaucoup dâacteurs avancent par modules â dâabord une app utile, puis des accessoires, puis quelques intĂ©grations.
Ce que les acteurs agricoles et agroalimentaires peuvent copier dĂšs maintenant
Le point clĂ©: lâapp de recettes est un miroir. Elle rĂ©vĂšle des patterns dâIA applicables en production, transformation et distribution.
1) Personnalisation â segmentation fine (sans se perdre)
Dans lâagroalimentaire, la tentation est de segmenter Ă lâinfini. Ce qui fonctionne mieux:
- 3 à 5 segments prioritaires (ex.: familles pressées, sportifs, seniors, flexitariens)
- des recommandations simples (packs, menus, assortiments)
- une boucle de retour (note, réachat, substitution)
2) âGuided cookingâ â aide opĂ©rateur en usine
Le guidage pas-Ă -pas (temps, tempĂ©rature, Ă©tapes) ressemble Ă ce que lâIA peut faire en transformation:
- assistance Ă lâopĂ©rateur
- contrÎle qualité augmentée (vision, capteurs)
- réduction des non-conformités
MĂȘme philosophie: standardiser sans dĂ©shumaniser.
3) Planification des repas â planification de la demande
Le meal planning est un mini S&OP domestique. Lâanalogie est utile:
- prévisions basées sur habitudes
- ajustement selon saison, prix, promo
- optimisation des stocks (ménage / entrepÎt)
Mini FAQ (les questions quâon me pose souvent)
LâIA de recommandation, câest juste du marketing?
Non, mais câest souvent prĂ©sentĂ© de façon floue. La valeur dĂ©pend des donnĂ©es utilisĂ©es et de la capacitĂ© Ă relier clics, achats et rĂ©sultats rĂ©els.
Est-ce que ces apps changent vraiment le systĂšme alimentaire?
Oui, à petite dose mais à grande échelle. Quand des millions de foyers planifient et achÚtent via des recommandations, cela influence la demande et la logistique.
Quel est le risque principal?
La confiance. Si les recommandations poussent trop le commerce au dĂ©triment de lâutilitĂ© (ou si la personnalisation semble intrusive), lâusage chute.
Ce quâil faut retenir (et quoi faire ensuite)
Les mises Ă jour de Yummly rappellent une vĂ©ritĂ© simple: lâIA progresse surtout quand elle sâaccroche Ă un usage banal â choisir un plat, organiser une semaine, rĂ©ussir une cuisson.
Pour les acteurs de lâagriculture et de lâagroalimentaire, câest un signal faible mais clair: la valeur se crĂ©e quand lâIA relie trois choses â contenu, donnĂ©es et exĂ©cution. Dans une app, câest recette â panier â cuisson. Dans une filiĂšre, câest prĂ©vision â production â qualitĂ©.
Si vous travaillez dans lâagroalimentaire (marque, distributeur, coopĂ©rative, transformateur) et que vous cherchez des leads utiles plutĂŽt que des promesses vagues, une bonne prochaine Ă©tape est de cadrer un cas dâusage concret:
- oĂč lâIA peut rĂ©duire un coĂ»t mesurable (gaspillage, retours, surstocks)
- oĂč elle peut augmenter une performance mesurable (taux de service, qualitĂ©, rendement)
- et quelles données vous avez déjà , sans « grand soir » technologique
La question qui va compter en 2026 nâest pas « est-ce quâon fait de lâIA ? ». Câest: sur quelle dĂ©cision, exactement, voulez-vous ĂȘtre meilleurs que vos concurrents?