Exporter ses contenus : l’IA au service des producteurs

Intelligence artificielle dans les médias et les industries créatives••By 3L3C

L’aide à l’export (EXAP) finance plus qu’un projet : elle renforce une capacité à vendre. Voici comment l’IA accélère localisation, marketing et distribution.

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Exporter ses contenus : l’IA au service des producteurs

Le 04/12/2025, le Fonds des médias du Canada (FMC) et le Fonds Québecor ont annoncé 600 000 $ d’investissement dans les modèles d’affaires de deux sociétés de production québécoises : TORQ Le Group inc. et Les Productions Passez Go inc. Dans le détail : 400 000 $ proviennent du Fonds Québecor et 200 000 $ du FMC, via le programme d’aide à l’exportation (EXAP).

Ce n’est pas juste une ligne de plus dans un communiqué. C’est un signal clair : l’exportation audiovisuelle est devenue un sport d’équipe (financement, marketing, distribution, adaptation culturelle) et, depuis deux ans, un autre joueur s’est invité sur le terrain : l’intelligence artificielle. Elle ne remplace ni les auteurs ni les producteurs. Elle accélère les tâches qui freinent l’export et rend mesurable ce qui, avant, relevait du flair.

Ce qui m’intéresse ici, c’est la mécanique derrière l’annonce : financer l’export revient à financer la capacité d’une entreprise à répéter un succès sur plusieurs marchés. Et c’est exactement là que l’IA, bien utilisée, peut aider le plus — pas en “faisant une série”, mais en rendant une série vendable plus vite, plus loin, plus précisément.

Pourquoi l’aide à l’exportation devient stratégique en 2026

Réponse directe : parce que l’export ne se gagne pas seulement avec un bon contenu, mais avec une exécution marketing et commerciale ultra-disciplinée, et c’est coûteux.

Le programme EXAP vise explicitement les initiatives d’export et les efforts marketing pour des contenus audiovisuels adaptés aux marchés internationaux (et aussi au Canada hors Québec). Cette précision est cruciale : la “qualité” d’un projet n’est plus le seul critère implicite. La capacité à l’emmener jusqu’au public compte autant.

On est en décembre 2025 : les plateformes et diffuseurs sont plus sélectifs, les fenêtres de diffusion se fragmentent, et les catalogues sont saturés. Résultat :

  • Les dĂ©penses de mise en marchĂ© (bande-annonce, visuels, dossiers presse, prĂ©sence marchĂ©s/festivals, relations distributeurs) pèsent plus lourd.
  • L’adaptation (langue, rĂ©fĂ©rences, contraintes rĂ©glementaires, formats) n’est plus un “nice-to-have”.
  • La donnĂ©e (audience, performance, affinitĂ©s) est devenue un argument commercial.

Dans ce contexte, l’annonce du FMC et du Fonds Québecor ressemble à une réponse pragmatique : injecter de l’oxygène dans la partie la plus risquée — vendre à l’extérieur.

Un programme qui a déjà une trajectoire solide

Réponse directe : EXAP a déjà fait ses preuves et s’inscrit dans la durée.

Le FMC s’est associé au Fonds Québecor dès 2017 pour renforcer un programme lancé en 2014. Depuis sa création, EXAP a accordé plus de 19,5 M$ à 39 entreprises. Autrement dit : ce n’est pas un test, c’est une stratégie.

Et si on relie ça à notre série “Intelligence artificielle dans les médias et les industries créatives”, la logique est simple : un programme d’export efficace finance l’innovation opérationnelle. Aujourd’hui, cette innovation passe souvent par des outils IA appliqués au marketing, à la localisation et à l’analyse d’audience.

Là où l’IA crée un avantage concret pour l’export audiovisuel

Réponse directe : l’IA améliore le time-to-market et la pertinence locale, deux variables qui décident souvent d’une vente.

Quand on parle d’IA dans les médias, beaucoup pensent “génération de scénarios”. Sur l’export, la valeur est ailleurs. J’ai vu des équipes gagner des semaines (parfois des mois) en industrialisant des tâches récurrentes, sans dégrader l’exigence créative.

1) Localisation intelligente : sous-titres, doublage, variantes culturelles

Réponse directe : l’IA permet de produire des versions localisées plus vite, puis de réserver l’humain aux arbitrages sensibles.

Exporter, c’est localiser. Et localiser, ce n’est pas seulement traduire : c’est choisir le bon registre, ajuster des références, respecter des contraintes de durée, d’accessibilité, et parfois de censure.

Ce qui marche en pratique :

  • PrĂ©-traduction IA des sous-titres + relecture humaine (gain de temps, coĂ»ts mieux maĂ®trisĂ©s).
  • ContrĂ´le qualitĂ© assistĂ© : cohĂ©rence des noms, tutoiement/vouvoiement, terminologie, ponctuation.
  • Adaptations par territoires : variantes de vocabulaire (France/Belgique/Suisse), sensibilitĂ© culturelle, niveaux de langage.

La règle que je conseille : l’IA pour produire une “version 0,8”, l’humain pour livrer une “version 1,0”. C’est une façon simple d’éviter l’illusion du “tout automatique”.

2) Marketing créatif : déclinaisons rapides de assets et A/B tests

Réponse directe : l’IA accélère la production d’éléments marketing (sans remplacer la direction artistique), et rend les tests plus accessibles.

Pour vendre à l’international, il faut souvent :

  • plusieurs accroches (taglines) par marchĂ©,
  • des synopsis courts/longs,
  • des dossiers “sales” adaptĂ©s,
  • des visuels dĂ©clinĂ©s par formats,
  • des bandes-annonces ou teasers orientĂ©s plateforme.

L’IA aide à multiplier les variantes et à les aligner sur des segments précis. Exemple concret : une série peut être vendue comme “thriller psychologique” sur un territoire, et comme “drame familial sous tension” sur un autre — sans mentir, mais en réordonnant la promesse.

Bon usage : créer 10 versions, en sélectionner 2 avec l’équipe, puis tester (via campagnes légères, panels, ou retours distributeurs). Mauvais usage : publier tel quel du texte IA non relu, au risque de perdre en crédibilité.

3) Analyse d’audience et ciblage : parler le langage des acheteurs

Réponse directe : l’IA transforme des signaux dispersés en arguments commerciaux structurés.

Les équipes ventes/distribution manquent rarement d’intuition. Ce qui manque, c’est la capacité à objectiver : quels territoires, quelles tranches d’âge, quels catalogues comparables, quels comportements de consommation ?

Avec des outils d’analyse (internes ou partenaires), on peut :

  • regrouper les performances par thèmes, tonalitĂ©s, cast, format,
  • identifier des marchĂ©s “jumeaux” (mĂŞmes appĂ©tences, mĂŞmes fenĂŞtres),
  • prĂ©parer des pitchs plus crĂ©dibles car adossĂ©s Ă  des donnĂ©es.

Phrase utile à garder en tête : “Une bonne histoire ouvre la porte ; une bonne preuve la maintient ouverte.”

Ce que ce financement dit du modèle gagnant (et ce que beaucoup ratent)

Réponse directe : les bailleurs financent de plus en plus une capacité d’entreprise, pas seulement un projet isolé.

L’annonce parle d’un investissement dans les modèles d’affaires. C’est révélateur : pour exporter, il faut une organisation qui sait répéter.

Ce que beaucoup de sociétés de production ratent à l’export : elles traitent chaque vente comme un “coup”. Or l’export récompense la régularité.

Construire une “machine export” légère, mais réelle

Réponse directe : il faut formaliser un minimum de process, sinon l’équipe s’épuise.

Un modèle opérationnel simple (et réaliste pour une PME) :

  1. Bibliothèque d’assets centralisée (synopsis, bios, visuels, éléments de preuve).
  2. Pipeline de localisation (sous-titres, doublage, QC) avec jalons clairs.
  3. CRM ventes/distribution : contacts, statuts, objections, relances.
  4. Tableau de bord : territoires prioritaires, retours marchés, coûts par vente.

L’IA s’insère naturellement dans ce modèle : génération de variantes, extraction d’insights, automatisation de tâches répétitives. L’humain garde le volant sur la stratégie, la sensibilité culturelle, le relationnel.

Partenariats public-privé : le vrai “effet de levier”

Réponse directe : la combinaison de financements et d’expertise crée une rampe d’accès au marché mondial.

Le FMC et le Fonds Québecor incarnent un point clé : les partenariats. Exporter demande des moyens, mais aussi des réseaux et des méthodes. Dans l’IA, c’est pareil : la meilleure approche consiste rarement à tout faire en interne.

Ce que je recommande aux producteurs : raisonner en écosystème.

  • Fonds et programmes : pour sĂ©curiser le risque.
  • Partenaires tech : pour industrialiser sans recruter trop tĂ´t.
  • Distributeurs/agents : pour apprendre plus vite que seul.

Check-list “export + IA” : 7 actions concrètes en 30 jours

Réponse directe : commencez par l’opérationnel mesurable, pas par un grand chantier IA.

Voici un plan d’action réaliste, même avec une petite équipe :

  1. Lister 3 territoires cibles (pas 12) avec une hypothèse claire par territoire.
  2. Standardiser vos pitch materials : un one-pager, un synopsis 150 mots, un 500 mots, un deck.
  3. Mettre en place un pipeline sous-titres avec pré-traduction IA + relecture humaine.
  4. Créer 15 accroches (5 par territoire) et les faire valider par 2 personnes “non internes”.
  5. Construire une base de comparables (10 titres) et résumer les points communs en 10 lignes.
  6. Centraliser retours et objections dans un document vivant (et entraîner l’équipe à répondre).
  7. Définir 3 KPI simples : temps de préparation d’un pack export, coût de localisation par minute, taux de réponse des contacts.

Ce sont des actions modestes, mais elles changent la dynamique : vous passez d’une logique “on verra” à une logique “on mesure”.

Ce qu’il faut retenir pour 2026

L’annonce du 04/12/2025 (600 000 $ investis via EXAP) met en lumière une réalité : l’exportation audiovisuelle ne dépend plus uniquement du contenu, mais de la capacité à l’adapter, le marketer et le vendre.

Dans notre série sur l’intelligence artificielle dans les médias, je prends une position nette : l’IA est particulièrement utile quand elle sert la distribution. Elle ne crée pas la vision artistique à votre place. En revanche, elle peut réduire les frictions qui empêchent une œuvre de voyager : délais, coûts, déclinaisons, preuves d’audience.

Si vous pilotez une société de production, une équipe marketing, ou un catalogue, la question à se poser pour 2026 est simple : qu’est-ce qui, chez vous, ralentit l’export — et quelle partie peut être accélérée sans compromis créatif ?