Cyberattaque : que faire en 48 h avec l’aide de l’IA

Intelligence artificielle dans la cybersécurité••By 3L3C

Les 48 premières heures décident du coût d’une cyberattaque. Voici 5 actions clés, et comment l’IA accélère détection, confinement et reprise.

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Cyberattaque : que faire en 48 h avec l’aide de l’IA

Le chiffre qui devrait vous faire lever les yeux de votre tableau de bord : en 2024, le passage de l’accès initial au mouvement latéral a été 22 % plus rapide qu’un an plus tôt, avec un temps moyen de “breakout” de 48 minutes (et des attaques observées à 27 minutes). Autrement dit, au moment où votre équipe planifie la prochaine réunion de crise, l’attaquant est peut-être déjà en train de chercher vos “crown jewels” : AD, messagerie, sauvegardes, ERP, données clients.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’aucune organisation n’est “breach-proof”. La bonne, c’est qu’une réponse bien orchestrée réduit drastiquement l’impact. Dans la série Intelligence artificielle dans la cybersécurité, j’insiste souvent sur un point : l’IA ne remplace pas le plan de réponse à incident, elle accélère son exécution. Les 48 premières heures sont un test de discipline… et de vitesse.

Voici une approche opérationnelle des 5 actions prioritaires après la découverte d’une cyberattaque — et, à chaque étape, ce que l’IA peut faire concrètement pour gagner des minutes (et parfois des jours).

1) Qualifier l’incident et cadrer le périmètre (sans paniquer)

Réponse directe : votre première mission est de produire une image fiable de la situation (vecteur d’entrée, systèmes touchés, actions déjà réalisées) tout en démarrant la traçabilité.

Les entreprises perdent du temps ici pour une raison simple : les signaux sont dispersés. Logs SIEM, EDR, firewall, IAM, M365, proxy, DNS… et des captures d’écran envoyées sur Teams au milieu.

Ce que vous devez faire dans les 2 premières heures

  • DĂ©clencher le plan de rĂ©ponse Ă  incident (mĂŞme si vous n’êtes “pas sĂ»rs Ă  100 %”).
  • Constituer le noyau dur : SOC/IT, RSSI, DSI, juridique, communication, RH et direction.
  • Cartographier le “blast radius” :
    • point d’entrĂ©e probable (phishing, RDP/VPN, vulnĂ©rabilitĂ©, compte cloud…)
    • comptes compromis et privilèges associĂ©s
    • endpoints/serveurs impactĂ©s
    • premiers signes d’exfiltration ou de chiffrement
  • Documenter chaque action : qui fait quoi, Ă  quelle heure (format 24h), sur quel système.

Comment l’IA fait gagner du temps (et évite les angles morts)

  • CorrĂ©lation automatique : l’IA relie des Ă©vĂ©nements qui, manuellement, semblent anodins (connexion “impossible travel” + crĂ©ation de règles de transfert mail + exĂ©cution PowerShell).
  • Priorisation : elle classe les alertes par probabilitĂ© de compromission et impact mĂ©tier.
  • RĂ©sumĂ© exploitable : certains outils gĂ©nĂ©ratifs produisent un “brief incident” lisible par la direction (en français clair), sans que l’analyste y passe 45 minutes.

Une règle pratique : si vous ne pouvez pas expliquer l’incident en 5 phrases, vous n’êtes pas prêts à décider (isolement, communication, escalade).

2) Alerter les bonnes parties prenantes (au bon moment)

Réponse directe : notifier tôt réduit les risques juridiques, financiers et réputationnels — et vous ouvre l’accès à des ressources (assureur, experts, autorités) quand vous en avez vraiment besoin.

La notification est souvent vécue comme un aveu de faiblesse. En réalité, c’est un mécanisme de protection. Et en décembre, avec les congés et les astreintes réduites, les délais s’allongent : mieux vaut préparer les circuits d’alerte dès maintenant.

Notifications typiques Ă  enclencher (selon votre contexte)

  • Assureur cyber : beaucoup de polices exigent une dĂ©claration rapide.
  • Conseil juridique / DPO : pour cadrer les obligations et Ă©viter les formulations risquĂ©es.
  • Clients/partenaires/employĂ©s : pour Ă©viter les rumeurs et limiter l’ingĂ©nierie sociale secondaire.
  • AutoritĂ©s compĂ©tentes : si des donnĂ©es personnelles sont concernĂ©es, selon vos obligations.
  • Prestataires externes (forensic, MDR, rĂ©ponse ransomware) : quand la charge dĂ©passe vos capacitĂ©s.

Comment l’IA sécurise la communication

  • Classification des donnĂ©es exposĂ©es : l’IA aide Ă  estimer si des donnĂ©es personnelles (ou sensibles) sont impliquĂ©es en analysant les chemins, partages, exports et volumes.
  • DĂ©tection d’exfiltration : modèles d’anomalies sur flux sortants (volumes, destinations rares, protocoles inhabituels).
  • PrĂ©paration de messages cohĂ©rents : gĂ©nĂ©ration d’un draft de communication interne/externe, puis validation juridique. L’intĂ©rĂŞt n’est pas “d’écrire plus vite”, c’est d’écrire plus constant, avec moins d’oublis.

3) Isoler et contenir (sans détruire les preuves)

Réponse directe : vous devez stopper la propagation et couper les chemins de commande, tout en évitant d’effacer des traces utiles à l’enquête.

C’est l’étape où l’instinct “on éteint tout” peut coûter cher. Dans de nombreux scénarios, couper brutalement des machines détruit des éléments volatils (process, connexions réseau actives, mémoire) et complique le forensic.

Mesures de confinement Ă  forte valeur

  • Isoler les systèmes impactĂ©s du rĂ©seau (quarantaine EDR, VLAN de confinement, règles firewall).
  • DĂ©sactiver l’accès distant non indispensable et rĂ©initialiser les identifiants VPN/SSO Ă  risque.
  • Bloquer les C2 (command-and-control) identifiĂ©s : DNS, IP, domaines, signatures rĂ©seau.
  • ProtĂ©ger les sauvegardes : s’assurer qu’elles sont hors-ligne, non accessibles en Ă©criture depuis des comptes standard, et non montĂ©es sur les mĂŞmes segments.

Ce que l’IA automatise efficacement

  • RĂ©ponse orchestrĂ©e (SOAR) : quarantaine automatique d’un endpoint si un score de compromission dĂ©passe un seuil.
  • DĂ©tection de mouvement latĂ©ral : identification de patterns (PsExec, WMI, RDP interne, Kerberoasting) et blocage ciblĂ©.
  • RĂ©duction du “noise” : l’IA diminue les faux positifs pendant la crise, ce qui Ă©vite d’épuiser l’équipe.

Mon avis : l’automatisation doit être pré-approuvée avant la crise (ce qui déclenche une quarantaine, ce qui nécessite validation humaine). Le jour J n’est pas le moment de débattre des seuils.

4) Éradiquer et restaurer (en évitant la re-compromission)

Réponse directe : supprimer l’accès de l’attaquant, éliminer la persistance, puis restaurer sur une base saine et durcie.

Beaucoup d’organisations “restaurent vite” et se font reprendre, car la persistance n’a pas été traitée : comptes dormants, jetons cloud, clés API, GPO modifiées, tâches planifiées.

Une séquence de remise en service qui tient la route

  1. Forensic ciblé : comprendre la chaîne d’attaque (TTP), le premier point d’entrée et les escalades.
  2. Nettoyage : suppression de malware, backdoors, comptes frauduleux, règles de boîte mail, applications OAuth suspectes.
  3. Réinitialisation des secrets : mots de passe admins, clés, certificats, tokens.
  4. Restauration depuis des sauvegardes vérifiées (et testées) : priorité aux services critiques.
  5. Surveillance renforcée : règles de détection temporaires, chasse proactive, journaux centralisés.

Où l’IA apporte un avantage net

  • Analyse comportementale post-incident : repĂ©rage de persistance “low and slow” que des IOC classiques ratent.
  • Aide Ă  la chasse : l’IA propose des hypothèses (“si l’attaquant a utilisĂ© tel outil, cherchez tel type d’évĂ©nement”) et accĂ©lère les requĂŞtes.
  • PrĂ©diction du risque de rechute : scoring des systèmes restaurĂ©s selon leur exposition (patch manquants, ports ouverts, privilèges excessifs).

Un point concret : si votre organisation met en moyenne plusieurs mois à détecter et contenir une brèche (un chiffre souvent cité est 241 jours à l’échelle mondiale), l’objectif réaliste est de réduire ce délai par des capacités de détection continue et des playbooks d’intervention automatisés. C’est là que l’IA devient rentable : elle compresse le temps entre “signal” et “action”.

5) Faire le retour d’expérience (REX) et améliorer le dispositif

Réponse directe : une cyberattaque devient utile seulement si vous transformez l’événement en changements concrets : contrôles, processus, formation, architecture.

Le retour d’expérience n’est pas un rapport de 40 pages qui dort sur un drive. C’est une liste de décisions. Et des propriétaires. Et des dates.

REX : les questions qui révèlent les vrais problèmes

  • DĂ©tection : quel signal avons-nous ratĂ© ? Était-il prĂ©sent dans les logs ?
  • DĂ©cision : qui pouvait isoler quoi, et Ă  quel moment ?
  • Communication : quand a-t-on perdu du temps (validation, escalade, messages contradictoires) ?
  • IdentitĂ©s : quels privilèges Ă©taient excessifs ? quels comptes n’étaient pas supervisĂ©s ?
  • Sauvegardes : ont-elles Ă©tĂ© atteignables par l’attaquant ? tests de restauration rĂ©cents ?

Comment l’IA aide à “industrialiser” l’amélioration

  • Synthèse des timelines : reconstruction automatique d’une chronologie (qui, quoi, quand) depuis SIEM/EDR/IAM.
  • DĂ©tection de lacunes de contrĂ´le : mapping des Ă©tapes de l’attaque vers les contrĂ´les manquants (MFA, segmentation, durcissement).
  • Mises Ă  jour de playbooks : propositions de scĂ©narios d’exercice (table-top) basĂ©s sur ce qui s’est rĂ©ellement passĂ©.

Une culture saine : “chaque incident améliore le prochain”. Une culture toxique : “trouver un coupable”. La première réduit les coûts, la seconde répète les crises.

Sans IA vs avec IA : ce qui change vraiment pendant la crise

Réponse directe : l’IA n’est pas un gadget d’analyste, c’est un accélérateur de coordination et de précision.

  • Sans IA : tri manuel des alertes, corrĂ©lations lentes, containment hĂ©sitant, dĂ©pendance Ă  2-3 experts Ă©puisables.
  • Avec IA : dĂ©tection plus prĂ©coce, priorisation automatique, rĂ©ponses orchestrĂ©es, chasse assistĂ©e, comptes-rendus plus rapides pour la direction.

Le gain le plus sous-estimé ? La capacité à tenir le rythme pendant 24 à 48 heures. Quand la fatigue monte, l’IA sert de garde-fou : elle rappelle les signaux, propose des prochaines actions et évite d’oublier une piste.

Mini-checklist “48 heures” à garder sous la main

Réponse directe : si vous devez choisir une liste simple, prenez celle-ci.

  1. Activer IR + journal de crise (heure, action, responsable).
  2. Établir le périmètre (entrée, comptes, systèmes, exfiltration/chiffrement).
  3. Confinement (quarantaine, blocage C2, accès distants, sauvegardes).
  4. Notifications (assureur, juridique/DPO, parties prenantes, experts).
  5. Éradication + reset des secrets (comptes, tokens, clés).
  6. Restauration vérifiée + surveillance renforcée.
  7. REX actionnable (mesures, propriétaires, échéances).

Et maintenant : préparer le prochain incident (avant qu’il ne choisisse sa date)

La réponse à incident efficace n’est pas “un moment héroïque” : c’est de la préparation, des automatisations raisonnables, et des exercices. En période de fin d’année, beaucoup d’équipes tournent en effectif réduit — et les attaquants, eux, ne prennent pas de vacances.

Si vous voulez avancer vite, je recommande une action simple dès cette semaine : tester un scénario d’attaque en conditions réelles (table-top 90 minutes) avec IT, juridique et communication. Vous découvrirez immédiatement où l’IA peut vous aider : corrélation, priorisation, génération de timeline, et orchestration du confinement.

La question qui compte pour 2026 : votre organisation sait-elle contenir une intrusion avant la barre des 48 minutes, ou l’attaquant garde-t-il systématiquement l’initiative ?