HybridPetya illustre l’essor des ransomware UEFI. Comprenez le contournement Secure Boot et comment l’IA aide à détecter avant le reboot.

HybridPetya : quand l’UEFI complique la défense IA
En 2017, NotPetya a laissé une leçon brutale : un rançongiciel peut être un sabotage, et le coût se compte en milliards. Les estimations publiques parlent de plus de 10 milliards de dollars de dommages au total. Huit ans plus tard, un imitateur découvert sur des plateformes de partage d’échantillons remet le sujet sur la table — et pas pour de bonnes raisons.
Le nom retenu par les chercheurs est HybridPetya. Le signal à retenir n’est pas “un nouveau ransomware de plus”, mais une montée en gamme au niveau du démarrage : HybridPetya vise l’UEFI, s’installe dans la partition système EFI, et une variante s’appuie sur CVE‑2024‑7344 pour contourner Secure Boot sur des machines non à jour. Et même si l’attaque ne semble pas “dans la nature” aujourd’hui, c’est typiquement le genre de menace qui devient dangereuse… le jour où elle sort de son bac à sable.
Dans cette série « Intelligence artificielle dans la cybersécurité », HybridPetya illustre un point que je répète souvent en comité de pilotage : on ne gagnera pas contre le ransomware avec des contrôles statiques seuls. Il faut de la détection et de la réponse adaptatives, capables d’assembler des signaux faibles (télémétrie endpoint, intégrité UEFI, changements EFI, événements de démarrage) avant que les dégâts soient irréversibles.
HybridPetya, ce n’est pas “juste” un clone de Petya
Réponse directe : HybridPetya reprend la mécanique Petya/NotPetya (chiffrement du disque via MFT), mais ajoute une composante bootkit UEFI qui change le terrain de jeu.
Petya/NotPetya n’a pas marqué l’histoire uniquement par l’extorsion, mais par la stratégie : frapper là où ça fait mal, très tôt dans la chaîne de démarrage, et rendre la restauration complexe. HybridPetya s’inscrit dans cette lignée, avec une particularité opérationnelle :
- Il chiffre la Master File Table (MFT) des partitions NTFS. La MFT est la “carte” de vos fichiers ; quand elle est chiffrée, Windows perd le plan.
- Il déploie un bootkit UEFI (application EFI malveillante) dans la partition système EFI (ESP).
- Il affiche un faux écran de type CHKDSK pendant le processus, pour masquer l’impact réel.
Contrairement à NotPetya (plutôt destructif), HybridPetya est conçu de façon à permettre une vraie logique ransomware : le mécanisme de génération/validation de clé laisse entrevoir une possibilité de déchiffrement côté opérateur à partir des informations de la victime. Autrement dit : ce n’est pas forcément un wiper déguisé.
Pourquoi l’UEFI change tout
Réponse directe : toucher l’UEFI, c’est s’attaquer à la couche “avant l’OS”, là où les contrôles classiques voient moins de choses.
Les organisations ont beaucoup investi dans l’EDR, la segmentation réseau, le durcissement AD. Très bien. Mais un bootkit UEFI vise une zone où :
- la visibilité est plus faible (télémétrie “pré‑OS” limitée),
- la remédiation est plus délicate (restauration de l’ESP, revalidation Secure Boot, attestation),
- l’impact est immédiat au redémarrage.
HybridPetya montre une réalité simple : le ransomware se déplace vers des couches plus profondes parce que c’est là que la défense est moins mature.
Secure Boot contourné : le détail qui doit vous faire réagir
Réponse directe : la variante la plus inquiétante exploite CVE‑2024‑7344 via un fichier cloak.dat pour charger un binaire EFI malveillant malgré Secure Boot, mais uniquement sur des systèmes non mis à jour.
HybridPetya inclut une variante observée avec un “pack” de partition EFI contenant notamment :
- un binaire EFI légitime mais vulnérable (signé, historiquement accepté),
- un fichier cloak.dat au format spécialement construit,
- le bootkit dissimulé (XORé),
- des fichiers de suivi comme
counter(progression du chiffrement) etconfig(état : prêt/chiffré/payé).
Le principe opérationnel est redoutablement pragmatique : un composant EFI vulnérable charge cloak.dat sans contrôles d’intégrité suffisants, ce qui permet d’exécuter un code non approuvé et donc de contourner Secure Boot.
Le point rassurant (et à la fois dangereux psychologiquement) : ce contournement ne fonctionne pas si les mises à jour de révocation Secure Boot (dbx) de Microsoft sont appliquées. Le point dangereux : beaucoup d’entreprises ont encore des parcs où ces mises à jour ne sont pas déployées partout, ou pas validées par peur d’incidents de boot.
Phrase à retenir : Secure Boot n’est pas un “on/off”. Sans mises à jour de révocation, c’est une porte qui reste entrouverte.
Ce que HybridPetya dit sur l’évolution du ransomware en 2025
Réponse directe : on passe d’un ransomware “dans l’OS” à un ransomware “autour de l’OS”, plus persistant et plus difficile à contenir.
HybridPetya n’a pas (à ce stade) la propagation agressive de NotPetya. Mais c’est presque secondaire : il suffit d’un accès initial (phishing, exploitation, compromission d’un poste admin) pour que la charge utile fasse le reste au reboot.
On observe trois tendances fortes, très cohérentes avec ce type d’échantillon :
1) La cible n’est plus “le fichier”, mais la capacité à redémarrer
Chiffrer la MFT, c’est empêcher l’accès aux fichiers sans avoir à chiffrer fichier par fichier. Dans les faits, cela peut réduire le temps d’attaque et augmenter l’effet de choc.
2) L’attaque cherche la persistance avant l’extorsion
Installer un bootkit dans l’ESP, détourner le bootloader, gérer un “flag” d’état (0/1/2) : tout cela ressemble plus à un produit qu’à un script.
3) Les vulnérabilités “boot chain” deviennent un enjeu de parc
La variable la plus critique n’est pas l’EDR le plus récent ; c’est souvent :
- le niveau réel de patch UEFI/Secure Boot,
- la gouvernance des mises Ă jour dbx,
- l’hygiène des droits locaux,
- la capacité de restauration bare‑metal.
Où l’IA apporte un avantage concret (et où elle n’en apporte pas)
Réponse directe : l’IA est utile pour corréler des signaux faibles et détecter des comportements rares (ESP modifiée, remplacement bootloader, séquences anormales), mais elle ne remplace pas les mises à jour Secure Boot et la discipline de durcissement.
Dans la pratique, l’IA en cybersécurité devient réellement efficace quand elle travaille sur des événements “durs” (mesurables) et sur des écarts au baseline.
Détection précoce : ce que l’IA peut repérer avant le reboot fatal
Un ransomware UEFI n’arrive pas “par magie” dans l’ESP. Il laisse des traces :
- écriture/modification de fichiers dans
\EFI\Microsoft\Boot\(création deconfig,verify,counter), - remplacement ou suppression de
bootmgfw.efi/bootx64.efi, - comportements de type masquerading (noms de fichiers trompeurs),
- crash volontaire du système (dans l’analyse, une technique consiste à provoquer un arrêt brutal après installation du bootkit).
Un moteur IA (ou ML) bien alimenté peut :
- Baseliner les écritures légitimes dans l’ESP (rare en exploitation normale).
- Détecter des enchaînements anormaux (ex. modifications EFI + élévation + crash).
- Prioriser l’alerte avec un score de risque basé sur le contexte (poste admin, serveur critique, machine exposée).
Le bénéfice, côté opérationnel : gagner des minutes ou des heures avant le redémarrage. Et, sur un ransomware “boot‑level”, ces minutes valent très cher.
Réponse automatisée : isoler avant propagation, figer avant reboot
Même si HybridPetya n’est pas décrit comme ver (worm), la réponse standard reste valable. Une stratégie automatisable (et réaliste) :
- mise en quarantaine réseau du poste,
- blocage de la capacité à redémarrer automatiquement (contrôle opérationnel, selon contexte),
- sauvegarde à chaud des éléments de preuve (journaux, MFT/ESP si possible),
- déclenchement d’un playbook IR “boot compromise”.
L’IA aide surtout à choisir vite : “incident local” vs “incident systémique”.
Les limites : l’IA ne patchera pas votre firmware
J’ai vu des organisations espérer qu’un “SOC IA” compenserait des parcs en retard. Mauvais calcul.
- Si la dbx Secure Boot n’est pas à jour, vous gardez une surface d’attaque.
- Si les droits locaux ne sont pas maîtrisés, l’attaquant peut préparer l’ESP.
- Si vous n’avez pas de procédure de restauration UEFI/ESP, vous subirez plus longtemps.
L’IA accélère la détection et la décision. La réduction du risque vient du patch, du durcissement, et de la résilience.
Plan d’action : réduire le risque “bootkit + ransomware” en 30 jours
Réponse directe : priorisez la posture Secure Boot (dbx), la surveillance de l’ESP, et des playbooks de réponse orientés UEFI.
Voici ce qui marche bien, même sans réinventer votre stack sécurité.
1) Vérifier et standardiser Secure Boot (et sa révocation)
- Inventorier les modèles, versions UEFI, et l’état Secure Boot.
- Déployer/valider les mises à jour de révocation (dbx) dans un cycle maîtrisé.
- Traiter les exceptions (matériels anciens) avec une politique dédiée (segmentation, restrictions, remplacement planifié).
2) Surveiller la partition EFI comme un actif critique
- Mettre en place une surveillance d’intégrité de l’ESP (hash, alertes sur écriture).
- Déclencher une alerte à la création de fichiers inattendus dans les chemins de boot.
- Corréler avec les événements d’élévation de privilèges et de persistance.
3) Ajuster la détection EDR/XDR avec une logique “rare event”
Un bon principe ML : ce qui est rare, et critique, doit déclencher.
- Écritures sur
\EFI\...= rare. - Remplacement de bootloader = rare.
- Crash forcé post‑modification = rare.
4) Préparer une remédiation “UEFI-ready”
- Procédure documentée pour restaurer l’ESP et les bootloaders.
- Images propres, supports de récupération, et tests trimestriels.
- Formation rapide des équipes IT/SOC sur les symptômes (faux CHKDSK, ransom note au boot).
Une ligne directrice : si vous ne l’avez jamais restauré en exercice, vous ne le restaurerez pas sereinement en crise.
Ce que HybridPetya doit changer dans vos priorités
HybridPetya n’est pas (encore) le prochain NotPetya à l’échelle mondiale. Mais il coche des cases qui annoncent la suite : attaque du boot, chiffrement MFT, contournement de Secure Boot sur systèmes obsolètes. C’est une menace “prévisible” — donc évitable — à condition d’agir avant qu’un acteur plus organisé s’en empare.
Dans notre série « Intelligence artificielle dans la cybersécurité », ce cas d’école rappelle pourquoi l’IA est devenue une brique pratique : elle détecte plus tôt des chaînes d’événements que les règles figées laissent passer. Mais elle ne remplace pas le socle : patch management, durcissement UEFI, et capacité de restauration.
Si vous deviez choisir un chantier pour janvier : mettez Secure Boot (dbx) et la surveillance de l’ESP au même niveau de priorité que vos politiques MFA. Ensuite, demandez-vous si vos outils de détection — IA comprise — sont capables de dire, en moins de 5 minutes : “ce poste vient de basculer vers une compromission du boot”.
La question qui compte pour 2026 : quand le premier ransomware UEFI “industrialise” vraiment ce modèle, votre organisation saura-t-elle l’arrêter avant le redémarrage ?