Ransomware : leur réputation, votre meilleure défense IA

Intelligence artificielle dans la cybersécurit鋋By 3L3C

Les groupes de ransomware soignent leur rĂ©putation. DĂ©couvrez comment l’IA dĂ©tecte leurs comportements et stoppe l’extorsion avant le chiffrement.

ransomwareintelligence artificielledétection des menacesSOCthreat intelligencegestion de crise
Share:

Featured image for Ransomware : leur réputation, votre meilleure défense IA

Ransomware : leur réputation, votre meilleure défense IA

En 2025, les groupes de ransomware ne se contentent plus de chiffrer des serveurs. Ils gĂšrent une marque. À Black Hat Europe 2025, un message ressort nettement : dans l’économie du rançongiciel, la rĂ©putation est un actif. Elle sert Ă  faire payer plus vite, Ă  intimider plus efficacement, et Ă  recruter de meilleurs affiliĂ©s.

C’est contre-intuitif, mais trĂšs utile cĂŽtĂ© dĂ©fense. Quand un attaquant a besoin d’ĂȘtre « crĂ©dible », il devient aussi prĂ©visible : mĂȘmes rituels d’extorsion, mĂȘmes preuves de vie, mĂȘmes dĂ©lais, mĂȘmes canaux, mĂȘmes habitudes d’accĂšs. Et c’est exactement le type de signaux qu’une IA de cybersĂ©curitĂ© sait repĂ©rer plus tĂŽt qu’une Ă©quipe humaine noyĂ©e sous les alertes.

Ce billet s’inscrit dans notre sĂ©rie « Intelligence artificielle dans la cybersĂ©curitĂ© » : comment l’IA renforce la dĂ©tection des menaces, automatise l’investigation et aide Ă  rĂ©duire l’impact business d’attaques qui, elles, se professionnalisent.

La “rĂ©putation” : la piĂšce maĂźtresse du business ransomware

La rĂ©alitĂ© est simple : un ransomware est une entreprise criminelle. Pour qu’elle fonctionne, il faut un marchĂ©, des process
 et de la confiance. Pas la confiance des victimes, Ă©videmment, mais celle de l’écosystĂšme : affiliĂ©s, courtiers d’accĂšs, « nĂ©gociateurs », blanchisseurs.

Pourquoi un gang de ransomware soigne sa “marque”

Un groupe réputé « fiable » (au sens criminel) obtient trois avantages concrets :

  • Taux de paiement plus Ă©levĂ© : si le gang a dĂ©jĂ  « prouvĂ© » qu’il fournit une clĂ© de dĂ©chiffrement aprĂšs paiement (mĂȘme imparfaite), la victime estime le paiement plus rationnel.
  • Pression d’extorsion plus crĂ©dible : une menace de fuite de donnĂ©es n’a de valeur que si le groupe a l’historique de publier rĂ©ellement.
  • AttractivitĂ© pour les affiliĂ©s : dans le modĂšle Ransomware-as-a-Service (RaaS), les affiliĂ©s choisissent un “programme” qui paie, qui supporte, et qui ne disparaĂźt pas.

Une phrase à retenir : un ransomware qui ne tient jamais ses promesses perd sa capacité à extorquer.

Ce que ça change pour les défenseurs

Quand une organisation criminelle dépend de sa réputation, elle standardise. Cette standardisation laisse des traces :

  • sĂ©quences d’actions (reconnaissance → mouvement latĂ©ral → exfiltration → chiffrement),
  • timings (fenĂȘtres nocturnes, week-ends, pĂ©riodes de fin d’annĂ©e),
  • choix d’outils (portails de fuite, scripts d’automatisation, utilitaires lĂ©gitimes dĂ©tournĂ©s),
  • style de nĂ©gociation (preuves, menaces, relances, ultimatums).

Et ces traces, une IA peut les transformer en détection comportementale et en priorisation.

L’IA gagne parce qu’elle lit les comportements, pas seulement les signatures

RĂ©ponse directe : l’IA est efficace contre le ransomware parce qu’elle repĂšre des anomalies et des motifs d’attaque avant que l’attaque ne “ressemble” officiellement Ă  un ransomware.

Les approches historiques (signatures, IOC isolĂ©s, listes noires) restent utiles, mais elles arrivent souvent tard : quand le binaire est dĂ©jĂ  connu, quand l’exfiltration est dĂ©jĂ  faite, quand le chiffrement commence.

Ce que l’IA dĂ©tecte mieux qu’un humain (Ă  volume rĂ©el)

Dans la plupart des SOC, le problĂšme n’est pas le manque d’outils. C’est le volume et le temps. Une IA bien entraĂźnĂ©e (ou un ensemble de modĂšles) peut :

  1. Corréler des signaux faibles sur plusieurs sources : EDR, IAM, VPN, proxy, DNS, e-mail, cloud, sauvegardes.
  2. Apprendre votre “normal” : quels comptes se connectent oĂč, quand et comment ; quels flux sont habituels ; quels accĂšs admin sont lĂ©gitimes.
  3. DĂ©tecter la progression d’une intrusion (et pas seulement un Ă©vĂ©nement) : c’est la diffĂ©rence entre “une alerte” et “une campagne en cours”.

Concrùtement, l’IA excelle sur des patterns comme :

  • une Ă©lĂ©vation de privilĂšges suivie d’accĂšs rapides Ă  plusieurs partages,
  • une explosion d’opĂ©rations de renommage/modification de fichiers,
  • des connexions “impossibles” (gĂ©olocalisation, device inhabituel),
  • des pics d’accĂšs aux rĂ©pertoires de sauvegarde ou aux consoles de virtualisation.

La rĂ©putation des attaquants crĂ©e des “empreintes” exploitables

Quand un gang doit maintenir sa rĂ©putation, il rĂ©pĂšte des choses : mĂȘmes Ă©tapes de double extorsion, mĂȘmes preuves envoyĂ©es, mĂȘmes canaux de contact, mĂȘmes dĂ©lais de chiffrement aprĂšs exfiltration.

L’IA peut intĂ©grer ces signaux sous forme de features (caractĂ©ristiques) :

  • dĂ©lais entre compromission et exfiltration,
  • volumes sortants par type de donnĂ©es,
  • utilisation d’outils d’administration lĂ©gitimes (souvent Living off the Land) Ă  des heures atypiques,
  • comportements spĂ©cifiques d’accĂšs aux contrĂŽleurs de domaine, hyperviseurs, consoles cloud.

Autrement dit : leur besoin de “branding” rĂ©duit leur libertĂ© de varier.

Du “brand management” criminel Ă  la threat intelligence augmentĂ©e par IA

RĂ©ponse directe : la threat intelligence ne doit plus seulement rĂ©pondre Ă  “qui attaque ?” mais Ă  “comment ce groupe opĂšre-t-il quand il veut rester crĂ©dible ?”. L’IA automatise cette translation.

Aujourd’hui, beaucoup d’équipes TI passent trop de temps Ă  lire des rapports, Ă  extraire des listes d’IOC, puis Ă  constater que l’attaque rĂ©elle n’utilise pas les mĂȘmes indicateurs. L’IA permet de monter d’un cran : passer de l’indicateur Ă  la tactique.

Ce que l’IA automatise utilement

  • Regroupement d’incidents (clustering) : reconnaĂźtre que 12 alertes isolĂ©es font partie d’une mĂȘme intrusion.
  • RĂ©sumĂ© d’investigation : produire un fil narratif exploitable par un analyste (chronologie, comptes touchĂ©s, hĂŽtes pivot).
  • Scoring du risque : prioriser les alertes qui “ressemblent” Ă  une prĂ©paration de ransomware (exfiltration + accĂšs sauvegardes + latĂ©ral).
  • DĂ©tection de campagnes : voir les vagues (mĂȘmes TTP) mĂȘme si les IOC changent.

Exemple concret (scénario réaliste)

Un vendredi Ă  19h40 (pĂ©riode classique de faible effectif), un compte admin se connecte Ă  un serveur de fichiers depuis une machine qui ne sert jamais Ă  l’administration. Dans les 20 minutes :

  • accĂšs Ă  des partages sensibles,
  • crĂ©ation de tĂąches planifiĂ©es,
  • trafic sortant anormal vers un service cloud,
  • modification de stratĂ©gies de sĂ©curitĂ©.

Un analyste humain peut voir 4 alertes “moyennes” et les traiter plus tard. Une IA qui corrĂšle comportements + sĂ©quence + contexte (horaire, poste, historique du compte) doit Ă©lever le tout en incident critique et dĂ©clencher : isolation, reset des sessions, blocage egress, gel des privilĂšges.

Le point clĂ© : on ne “voit” pas le ransomware. On voit l’organisation du crime en train de se mettre en place.

Comment rĂ©duire l’impact ransomware en 30 jours (plan pragmatique)

RĂ©ponse directe : vous n’allez pas â€œĂ©radiquer” le ransomware en un mois, mais vous pouvez drastiquement rĂ©duire le risque d’extorsion rĂ©ussie en combinant hygiĂšne technique et dĂ©tection IA centrĂ©e sur les comportements.

1) Instrumenter les signaux qui annoncent une extorsion

Si vous ne collectez pas ces donnĂ©es, l’IA ne peut pas faire de miracles. PrioritĂ©s :

  • logs IAM (MFA, rĂ©initialisations, crĂ©ations de comptes),
  • EDR (process, commandes, accĂšs aux fichiers),
  • DNS/proxy (nouveaux domaines, volumes sortants),
  • cloud (API calls anormaux, crĂ©ation de clĂ©s, accĂšs aux buckets),
  • sauvegardes (accĂšs, suppression, dĂ©sactivation des jobs).

2) DĂ©finir 6 “moments” Ă  dĂ©tecter (et Ă  automatiser)

J’ai constatĂ© que la plupart des programmes anti-ransomware Ă©chouent parce qu’ils se focalisent sur le chiffrement. Il faut viser avant.

  1. compromission initiale (phishing, accĂšs VPN, token cloud),
  2. prise de privilĂšges,
  3. mouvement latéral,
  4. découverte + inventaire de données,
  5. exfiltration,
  6. sabotage des sauvegardes.

L’IA doit scorer et corrĂ©ler ces Ă©tapes. Votre SOC doit avoir des playbooks simples pour couper court Ă  chaque Ă©tape.

3) Mettre en place des rĂ©ponses automatisĂ©es “sans casse”

Automatiser ne veut pas dire tout bloquer. Commencez par des actions Ă  faible risque :

  • forcer une rĂ©authentification et invalider les sessions,
  • dĂ©sactiver temporairement un compte privilĂ©giĂ© lors d’un comportement impossible,
  • isoler un poste qui exĂ©cute des commandes d’admin atypiques,
  • bloquer l’egress vers des destinations inconnues lorsque des volumes explosent.

Le but : gagner 30 minutes. Contre un ransomware, 30 minutes changent tout.

4) Mesurer ce qui compte (sinon, vous pilotez à l’instinct)

Trois métriques réellement utiles :

  • MTTD (temps de dĂ©tection) sur les signaux prĂ©-chiffrement,
  • MTTR (temps de rĂ©ponse) jusqu’à isolation/containment,
  • taux de corrĂ©lation : combien d’alertes isolĂ©es finissent correctement regroupĂ©es en “intrusion”.

En fin d’annĂ©e (dĂ©cembre), beaucoup d’équipes sont en effectifs rĂ©duits. Avoir ces mĂ©triques avant la pĂ©riode des congĂ©s, c’est se donner une chance de ne pas subir un incident au pire moment.

Questions qu’on me pose souvent (et rĂ©ponses nettes)

“Est-ce que l’IA remplace l’EDR et le SOC ?”

Non. L’IA augmente l’EDR et le SOC. Sans capteurs (EDR, logs), pas de matiĂšre. Sans humains, pas de dĂ©cision contextualisĂ©e. L’IA sert Ă  trier, corrĂ©ler, expliquer, et Ă  dĂ©clencher des rĂ©ponses proportionnĂ©es.

“Les attaquants utilisent aussi l’IA, donc on est condamnĂ©s ?”

Non. Leur usage de l’IA augmente la vitesse (phishing plus crĂ©dible, repĂ©rage plus rapide), mais ça augmente aussi leur dĂ©pendance Ă  des workflows rĂ©pĂ©tables. Et c’est prĂ©cisĂ©ment ce que la dĂ©tection comportementale sait exploiter.

“Quel est le plus gros piùge ?”

Chercher le ‘ransomware’ au lieu de chercher la prĂ©paration du ransomware : exfiltration, sabotage des sauvegardes, escalade de privilĂšges.

Ce que Black Hat Europe 2025 révÚle vraiment

Les ransomwares qui durent ne durent pas parce qu’ils sont plus “malins”. Ils durent parce qu’ils gĂšrent une rĂ©putation : ils font peur, ils tiennent un rĂ©cit, ils industrialisent. Ça leur rapporte. Mais ça les rend aussi lisibles.

Si vous traitez la dĂ©fense ransomware comme un simple problĂšme d’antivirus, vous serez en retard. Si vous la traitez comme un problĂšme de comportement, de corrĂ©lation et de rĂ©ponse rapide, vous reprenez l’avantage. Et c’est exactement lĂ  que l’intelligence artificielle en cybersĂ©curitĂ© mĂ©rite sa place : elle aide Ă  voir l’attaque comme un film, pas comme une suite de captures d’écran.

Vous voulez une prochaine Ă©tape concrĂšte ? Faites une revue de vos 20 derniĂšres alertes “moyennes”. Demandez-vous : combien Ă©taient en rĂ©alitĂ© des fragments d’une mĂȘme intrusion ? Si la rĂ©ponse vous gĂȘne, c’est le bon moment pour introduire une couche d’IA centrĂ©e sur les comportements — avant que la “rĂ©putation” d’un groupe de ransomware ne s’impose Ă  vous par la force.