Les faux CAPTCHA servent à installer infostealers et RAT. Voyez les signaux, les bons réflexes, et comment l’IA détecte ces attaques.

Faux CAPTCHA : l’IA pour bloquer ces pièges malware
Les bots représentent désormais plus de la moitié du trafic Internet, et une part importante est franchement malveillante. Ce contexte a rendu les CAPTCHA familiers, presque rassurants : on clique, on coche, on passe à la suite. Sauf qu’en 2025, les faux CAPTCHA sont devenus un des déguisements préférés des attaquants pour déposer des infostealers, des chevaux de Troie d’accès distant (RAT) ou préparer un ransomware.
Le plus inquiétant, ce n’est pas l’arnaque en elle-même (elle est souvent grossière quand on sait quoi regarder). C’est sa capacité à se fondre dans nos habitudes : impatience, automatisme, confiance dans les écrans “Vérification”. Dans cette série Intelligence artificielle dans la cybersécurité, je prends une position claire : on ne gagnera pas cette bataille uniquement avec de la sensibilisation. Elle aide, évidemment. Mais la cadence et la personnalisation des attaques exigent une défense qui observe, corrèle et tranche vite. Autrement dit : de l’IA appliquée à la détection comportementale.
Pourquoi les faux CAPTCHA marchent (et marchent trop bien)
Un faux CAPTCHA fonctionne parce qu’il exploite un réflexe conditionné : “je veux accéder au contenu, je fais ce qu’on me demande”. C’est de l’ingénierie sociale simple, mais redoutablement rentable.
Les 4 leviers psychologiques utilisés
Les campagnes modernes cochent presque toujours ces cases :
- Familiarité : la boîte “Je ne suis pas un robot” est devenue un décor standard du web.
- Pression de la friction : le CAPTCHA est un obstacle, donc on cherche à l’éliminer au plus vite.
- Normalisation des étapes : paiements, connexions, 2FA… on est habitué à enchaîner des validations.
- Discrétion technique : certains scénarios s’appuient sur des outils natifs Windows (ex.
PowerShell,mshta.exe) pour rester sous les radars.
Ce cocktail est encore plus efficace en fin d’année : entre achats de Noël, logistique, déplacements, campagnes RH “avant clôture”, et surcharge d’e-mails, l’attention baisse. Les attaquants le savent.
L’IA côté attaquant : moins de fautes, plus de volume
La montée en puissance de l’IA générative a un effet très concret : les messages de phishing et les pages factices sont mieux rédigés, localisés dans plusieurs langues, et déployés à grande échelle. Résultat : moins de signaux faibles “évidents” (orthographe catastrophique, tournures étranges) et davantage d’attaques “propres”.
Ă€ quoi ressemble un faux CAPTCHA dangereux (et le signe qui ne trompe pas)
Le marqueur le plus fiable, c’est le suivant : un vrai CAPTCHA vous fait résoudre un défi visuel ou logique. Un faux CAPTCHA vous fait exécuter une action système.
Le scénario ClickFix (le piège typique)
On voit de plus en plus une mécanique de type ClickFix : la page affiche une pseudo-vérification et vous guide vers une suite d’actions qui semblent “techniques” mais “nécessaires”. Par exemple :
- Cliquer pour “vérifier que vous êtes humain”
- Appuyer sur Windows + R (ouvrir Exécuter)
- Appuyer sur CTRL + V (coller une commande “préparée”)
- Appuyer sur Entrée
Cette commande déclenche souvent l’exécution d’un outil Windows légitime (souvent PowerShell) qui télécharge une charge utile depuis un serveur externe. L’utilisateur vient littéralement d’aider l’attaque à se dérouler.
Phrase à garder en tête : si une “vérification humaine” vous demande d’ouvrir Exécuter, c’est une attaque. Point.
Deux voies d’exposition fréquentes
- Lien piégé reçu par e-mail, SMS, messagerie pro, réseaux sociaux.
- Publicité malveillante ou contenu injecté sur un site pourtant légitime. Dans certains cas, la chaîne publicitaire suffit : vous ne “téléchargez” rien volontairement, mais une redirection vous amène au faux écran.
Ce que les attaquants cherchent : infostealers, RAT… et parfois pire
L’objectif n’est pas “juste” d’infecter. L’objectif est d’industrialiser le vol de données et l’accès durable.
Infostealers : la machine Ă voler des identifiants
Les infostealers fouillent la machine : navigateurs, mots de passe enregistrés, cookies de session, clients mail, captures d’écran, presse-papiers, parfois même portefeuilles crypto. Un chiffre donne l’ampleur : au moins 23 millions de victimes d’infostealers en 2024, avec plus de deux milliards d’identifiants volés.
Ce n’est pas un “petit malware”. C’est une économie. Les identifiants alimentent ensuite :
- prises de comptes (messagerie, SaaS, banque)
- fraude au virement (BEC)
- revente sur des places de marché clandestines
- rebonds vers des environnements d’entreprise
RAT : l’accès à distance comme porte d’entrée
Un RAT (Remote Access Trojan) vise un autre avantage : contrôler votre poste. Les activités typiques : vol de fichiers, keylogging, activation caméra/micro (selon variantes), mouvement latéral. Des familles comme AsyncRAT ont été observées dans une part non négligeable d’incidents en 2024.
Pourquoi l’entreprise est concernée même si “c’est le PC perso”
La frontière pro/perso est poreuse : webmail consulté à la maison, mots de passe réutilisés, sessions SaaS ouvertes dans le navigateur, synchronisation de favoris, accès VPN… Un faux CAPTCHA sur un poste personnel peut devenir un incident d’entreprise en quelques heures.
Là où l’IA change vraiment la défense : détecter le “comportement”, pas l’écran
Bloquer une page de faux CAPTCHA uniquement par liste noire, c’est courir derrière. Les attaquants changent d’URL, de domaine, de kit, de visuel. La bonne approche consiste à détecter des motifs.
1) Détection par analyse comportementale (endpoint et navigateur)
Une séquence “CAPTCHA → Windows+R → collage → PowerShell → connexion sortante” est hautement discriminante. Une défense moderne peut :
- repérer l’ouverture anormale de
powershell.exedéclenchée par une interaction navigateur - détecter la création de processus avec paramètres obfusqués
- relever des connexions sortantes vers domaines récents/à faible réputation
- corréler presse-papiers + exécution + réseau sur une fenêtre de temps courte
L’IA (et plus largement le machine learning) est utile ici pour prioriser et corréler : elle réduit le bruit et met en avant les chaînes d’événements réellement suspectes.
2) Modèles de risque côté e-mail et messagerie
Les faux CAPTCHA arrivent souvent via des leurres : “document partagé”, “facture”, “colis”, “mise à jour de sécurité”. L’IA aide à :
- scorer la similarité avec des campagnes connues
- détecter des variations linguistiques “trop parfaites” ou anormalement cohérentes à grande échelle
- identifier des infrastructures d’envoi et des patterns de redirection
3) Analyse des pages web : ce que l’œil humain ne voit pas
Un faux CAPTCHA peut être visuellement convaincant. Mais une analyse automatisée peut repérer :
- scripts de copie automatique dans le presse-papiers
- redirections en chaîne
- chargements de ressources depuis domaines atypiques
- comportements anti-analyse (obfuscation, fingerprinting agressif)
Autrement dit, l’IA est moins là pour “reconnaître une image de CAPTCHA” que pour détecter une intention.
4) IA + règles : le duo réaliste en entreprise
Je suis prudent avec le tout-IA. La formule qui marche le mieux sur le terrain :
- Règles strictes sur les actions impossibles à justifier (ex.
mshta.exelançant du contenu distant,PowerShellobfusqué, exécution depuisRun) - IA/ML pour classer, corréler et réduire les faux positifs
C’est ce mix qui donne une détection robuste sans noyer le SOC.
Check-list pratique : se protéger des faux CAPTCHA (particuliers et entreprises)
Voici ce qui réduit vraiment le risque, sans compliquer la vie.
Côté utilisateurs : 7 réflexes simples
- Fermer toute page de “vérification” qui demande une action système (Win+R, coller une commande, lancer un fichier).
- Se méfier des CAPTCHA qui surgissent “de nulle part” sur un site sans raison.
- Mettre Ă jour OS + navigateur (les campagnes exploitent aussi des failles).
- Utiliser une solution de sécurité réputée et à jour.
- Éviter les logiciels piratés : ils servent souvent de vecteur.
- Activer un bloqueur de publicités (réduit l’exposition aux malvertising).
- Utiliser un gestionnaire de mots de passe + MFA partout où c’est possible.
Côté entreprise : 6 mesures qui font la différence
- Bloquer/contraindre PowerShell (Constrained Language Mode, journalisation, alertes sur obfuscation).
- Surveiller
mshta.exe,wscript.exe,cscript.exeet autres “LOLbins” (outils natifs détournés). - Déployer une protection endpoint avec détection comportementale (pas uniquement signatures).
- Filtrer DNS/HTTP sortant (réputation domaine, domaines récents, catégories).
- Former avec des exemples concrets de faux CAPTCHA (captures, scénarios ClickFix).
- Réponse à incident prête : procédure, isolation, rotation des identifiants, communication.
Si quelqu’un est tombé dans le piège : plan d’action en 30 minutes
Quand un utilisateur a exécuté la commande, le timing compte. Je recommande une approche “stopper, nettoyer, reprendre”.
- Couper la connexion réseau (Wi‑Fi/Ethernet) pour limiter l’exfiltration.
- Scanner avec l’outil de sécurité de l’entreprise (ou une solution de confiance).
- Sauvegarder les fichiers importants (hors exécutable, en restant prudent).
- Réinitialiser la machine si nécessaire (souvent la voie la plus sûre quand un infostealer est suspecté).
- Changer les mots de passe depuis un appareil sain, en commençant par e-mail et comptes critiques.
- Activer/forcer la MFA et révoquer les sessions (tokens/cookies) côté SaaS.
Un point opérationnel : si un infostealer est en cause, changer le mot de passe ne suffit pas toujours. Il faut aussi révoquer les sessions et régénérer les jetons d’accès.
Ce que cette vague dit de l’avenir (et pourquoi l’IA est incontournable)
Les faux CAPTCHA sont un symptôme : l’attaque gagne quand elle se greffe sur nos habitudes. En 2025, l’industrialisation via IA générative rend ces campagnes plus rapides à produire, plus crédibles et plus ciblées. La défense doit donc faire la même chose : observer à grande échelle, détecter des motifs, et agir automatiquement quand le risque est clair.
Si vous travaillez sur un programme de sécurité (DSI, RSSI, SOC) ou si vous gérez un parc de postes, c’est un bon moment pour évaluer une approche IA en cybersécurité orientée “comportement”, pas seulement “signature”. La question utile n’est pas “est-ce un CAPTCHA ?”, mais : est-ce qu’on tente de faire exécuter une chaîne d’actions anormale pour déposer un malware ?
Et dans votre organisation, aujourd’hui, qui a l’autorité (et les bons signaux) pour bloquer automatiquement un PowerShell suspect lancé après une interaction web ?