Les APT se durcissent en 2025. Voici comment lâIA amĂ©liore la dĂ©tection, la corrĂ©lation et la rĂ©ponse pour rĂ©duire le temps dâexposition.

DĂ©tecter les APT en 2025 : lâIA passe en premiĂšre ligne
En cybersĂ©curitĂ©, la diffĂ©rence entre une alerte « bruyante » et une alerte « utile » se mesure souvent en heures⊠parfois en minutes. Et câest exactement ce que rappellent les derniers bilans dâactivitĂ© sur les groupes APT (Advanced Persistent Threats) observĂ©s entre octobre 2024 et mars 2025 : les opĂ©rations sont continues, structurĂ©es, et capables de viser des pays, des secteurs et des fonctions mĂ©tiers trĂšs diffĂ©rents, avec des objectifs allant de lâespionnage Ă la destruction de donnĂ©es, sans oublier le gain financier.
Ce constat est moins une surprise quâun signal clair : la dĂ©tection âĂ la mainâ ne suit plus. Les APT jouent sur la durĂ©e, exploitent des chaĂźnes dâattaque multi-Ă©tapes, et savent se fondre dans le trafic lĂ©gitime. Dans cette sĂ©rie « Intelligence artificielle dans la cybersĂ©curitĂ© », je dĂ©fends une idĂ©e simple : lâIA nâest pas un gadget, câest la seule maniĂšre rĂ©aliste dâindustrialiser la vigilance, de transformer la threat intelligence en dĂ©cisions opĂ©rationnelles, et de gagner du temps lĂ oĂč il nây en a plus.
APT : ce que les rapports dâactivitĂ© disent vraiment (et pourquoi ça pique)
Les rapports dâactivitĂ© APT couvrant T4 2024 â T1 2025 montrent un point central : les campagnes persistent et sâadaptent, mĂȘme lorsque les environnements se durcissent. Les attaquants nâont pas besoin dâĂȘtre « invisibles » en permanence ; ils ont surtout besoin dâĂȘtre suffisamment discrets, suffisamment longtemps.
Le problĂšme, cĂŽtĂ© dĂ©fense, câest que la plupart des organisations continuent de raisonner en âincidentsâ isolĂ©s : un phishing par-ci, un poste compromis par-lĂ . Or un APT raisonne en opĂ©ration : reconnaissance, accĂšs initial, Ă©lĂ©vation de privilĂšges, mouvement latĂ©ral, exfiltration, et parfois sabotage.
Espionnage, sabotage, fraude : trois objectifs, trois postures défensives
- Espionnage : lâattaquant veut rester discret. Les signaux sont faibles, Ă©talĂ©s, et ressemblent Ă de lâactivitĂ© admin.
- Destruction de donnĂ©es / disruption : lâattaquant accepte dâĂȘtre dĂ©tecté⊠mais tard. Il cherche lâimpact (arrĂȘt dâactivitĂ©, perte de confiance, coĂ»t).
- Gain financier : parfois via vol de données, parfois via extorsion, parfois via détournements discrets.
La consĂ©quence est directe : un SOC ne peut pas traiter ces trois menaces avec le mĂȘme âfiltreâ. Si vous nâajustez pas vos prioritĂ©s de dĂ©tection, vous either noyez vos analystes, soit vous laissez passer le vrai signal.
Une phrase qui rĂ©sume bien 2025 : « Les APT ne gagnent pas parce quâils sont plus forts, mais parce quâils sont plus patients que nos processus. »
Pourquoi les APT passent encore : le biais des outils âĂ signaturesâ
La plupart des dispositifs historiques (signatures, rĂšgles statiques, IOC figĂ©s) ont une qualitĂ© : ils sont prĂ©cis⊠quand lâattaque ressemble Ă ce quâon connaĂźt dĂ©jĂ . Le hic, câest que les APT excellent dans lâĂ©cart : variations de charge utile, outils âliving-off-the-landâ, abus dâoutils lĂ©gitimes, identitĂ©s compromises, et sĂ©quences dâactions qui paraissent normales prises sĂ©parĂ©ment.
Le vrai talon dâAchille : la corrĂ©lation multi-sources
Ce qui manque le plus souvent nâest pas une « alerte de plus », mais une corrĂ©lation entre :
- des logs dâauthentification (IAM, SSO, VPN),
- des événements poste (EDR),
- de la télémétrie réseau (DNS, proxy, flows),
- des traces cloud (SaaS, IaaS),
- et des signaux de messagerie.
Un APT peut faire peu de bruit sur chaque brique⊠mais beaucoup de sens quand on rassemble lâensemble. Et câest lĂ que lâIA apporte un avantage concret : elle ne âremplaceâ pas lâanalyste, elle fait le tri et relie les points.
IA et détection des APT : ce que ça change, concrÚtement
LâIA est utile contre les APT pour une raison trĂšs terre-Ă -terre : elle rĂ©duit le temps entre lâanomalie et lâaction. Pas en affichant un score magique, mais en automatisant des tĂąches que votre Ă©quipe ne peut pas faire Ă la vitesse nĂ©cessaire.
1) Détection comportementale : repérer les écarts, pas les copies
Les APT rĂ©utilisent des techniques (mouvement latĂ©ral, dump dâidentifiants, exfiltration) mais les âhabillentâ diffĂ©remment. Une approche IA efficace se concentre sur :
- les enchaĂźnements (sĂ©quences dâactions),
- les profils dâusage (ce compte fait-il ça dâhabitude ?),
- les relations (ce poste parle-t-il Ă ces services ?),
- la temporalitĂ© (activitĂ© Ă 03h20, vitesse inhabituelle dâaccĂšs).
Dans la pratique, ça permet de dĂ©tecter des scĂ©narios qui ne matchent aucune signature : par exemple, un compte âfinanceâ qui se connecte depuis une localisation nouvelle, puis accĂšde soudainement Ă des rĂ©pertoires techniques, puis dĂ©clenche des accĂšs API inhabituels.
2) Priorisation intelligente : moins dâalertes, plus dâenquĂȘtes utiles
Un SOC mature ne cherche pas « zéro alerte ». Il cherche zéro aveuglement.
LâIA peut aider Ă :
- regrouper 20 alertes faibles en 1 incident cohérent,
- Ă©valuer lâexposition (actif critique ? privilĂšges ?),
- proposer un chemin dâinvestigation (quels logs vĂ©rifier ensuite),
- rĂ©duire la fatigue dâalerte en filtrant les faux positifs rĂ©currents.
Mon expĂ©rience : quand la priorisation est bien faite, lâĂ©quipe passe moins de temps Ă justifier pourquoi elle ferme des tickets⊠et plus de temps Ă chasser ce qui compte.
3) Threat intelligence augmentée : passer du PDF au playbook
Les rapports APT sont prĂ©cieux, mais beaucoup dâorganisations les consomment comme une newsletter : intĂ©ressant, puis oubliĂ©.
Avec une approche IA, la threat intelligence devient actionnable :
- extraction des TTP (tactiques/techniques) et mapping vers vos contrĂŽles,
- gĂ©nĂ©ration de requĂȘtes de chasse (SIEM/XDR) adaptĂ©es Ă votre environnement,
- mise à jour de rÚgles de détection avec validation humaine,
- création de scénarios de simulation pour tester votre capacité de détection.
LâidĂ©e nâest pas de âcroireâ lâIA. LâidĂ©e est quâelle accĂ©lĂšre la transformation de lâinformation en configuration, puis en vĂ©rification.
Ce que votre organisation peut faire dĂšs maintenant (sans projet Ă 18 mois)
Vous pouvez amĂ©liorer votre rĂ©sistance aux APT en 30 Ă 60 jours si vous acceptez une rĂ©alitĂ© : la technologie ne suffit pas sans une stratĂ©gie de donnĂ©es. Les APT se dĂ©tectent dans les traces, donc il faut dâabord les rendre exploitables.
Un plan dâaction en 5 Ă©tapes, pragmatique
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Cartographier vos âactifs qui comptentâ
- comptes à privilÚges, identités de service, serveurs sensibles, environnements cloud.
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Normaliser la collecte de logs (qualité > quantité)
- priorisez IAM/SSO, EDR, DNS/proxy, journaux cloud.
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Définir 10 scénarios APT à haute valeur
- mouvement latĂ©ral, accĂšs anormal Ă des partages, crĂ©ation de comptes admin, exfiltration lente, usage inhabituel dâoutils systĂšmes.
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Mettre lâIA au bon endroit : triage + corrĂ©lation + enrichissement
- lâIA doit rĂ©duire le travail rĂ©pĂ©titif et amĂ©liorer la cohĂ©rence des investigations.
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Tester chaque mois (table-top + simulation technique)
- si vous ne testez pas, vous ne savez pas si vous détectez.
Conseil simple : si votre IA ne produit pas une liste claire dâactions (investiguer X, isoler Y, rĂ©initialiser Z), elle est dĂ©corative.
Questions fréquentes (celles que les décideurs posent en 2025)
âLâIA va-t-elle remplacer nos analystes SOC ?â
Non. Les APT exigent du jugement : contexte mĂ©tier, comprĂ©hension des risques, arbitrages. LâIA sert surtout Ă rĂ©duire le bruit et accĂ©lĂ©rer lâenquĂȘte.
âFaut-il un SIEM ânouvelle gĂ©nĂ©rationâ pour faire de lâIA ?â
Pas forcément. Vous avez surtout besoin de trois choses : des données fiables, une corrélation multi-sources, et des processus de réponse. Le reste se choisit ensuite.
âComment Ă©viter que lâIA crĂ©e de faux positifs en masse ?â
En posant des garde-fous : apprentissage supervisĂ© sur vos incidents, boucles de validation humaine, et mĂ©triques simples (taux de tickets rĂ©ouverts, temps moyen dâinvestigation, ratio alertes/incidents).
Ce que lâactivitĂ© APT 2024â2025 nous impose : passer en mode âproactifâ
Les opĂ©rations APT observĂ©es sur T4 2024 â T1 2025 confirment une dynamique durable : plus de cibles, plus de techniques, plus de patience. Si votre stratĂ©gie repose encore sur âon patch, on espĂšre, on rĂ©agitâ, vous jouez un match oĂč lâadversaire dĂ©cide du rythme.
Dans cette sĂ©rie « Intelligence artificielle dans la cybersĂ©curitĂ© », le message reste le mĂȘme : lâIA est un multiplicateur de vigilance. Elle permet de voir des enchaĂźnements faibles, dâaccĂ©lĂ©rer la dĂ©tection, et de transformer la threat intelligence en dĂ©cisions concrĂštes.
Si vous deviez choisir un prochain pas dĂšs lundi : identifiez 10 signaux APT prioritaires, branchez-les sur vos sources de logs critiques, et utilisez lâIA pour corrĂ©ler et prioriser. Ensuite, testez. La question qui compte pour 2026 nâest pas âavons-nous une IA ?â, mais : âcombien de temps un APT peut-il rester chez nous avant quâon le voie ?â