Les influenceurs sont devenus des cibles majeures. Découvrez les attaques (phishing, SIM swap) et comment l’IA aide à détecter et bloquer la fraude.

Influenceurs ciblés : contrer le piratage avec l’IA
En 2025, un compte d’influenceur n’est plus “juste” un canal de contenu. C’est une surface d’attaque avec une valeur immédiate : audience, crédibilité, accès à des messages privés, parfois même des revenus e-commerce. Résultat : les cybercriminels s’y intéressent autant qu’aux boîtes mail professionnelles.
J’ai vu le même schéma se répéter : un créateur reçoit une “opportunité” trop belle (collaboration, vérification, contrat, brief urgent), clique, s’authentifie… et en quelques minutes son compte devient une régie publicitaire pour arnaques crypto, faux concours ou liens piégés. Le coût réel ne se mesure pas seulement en abonnés perdus : c’est la confiance qui s’évapore.
Ce billet s’inscrit dans notre série Intelligence artificielle dans la cybersécurité. L’objectif est simple : comprendre pourquoi les influenceurs sont devenus des cibles, comment les attaques se modernisent (avec l’IA côté attaquants), et surtout comment l’IA côté défense aide à détecter, bloquer et limiter l’impact.
Pourquoi les hackers ciblent les influenceurs (et pas “au hasard”)
La raison est très concrète : un influenceur combine portée + confiance + vitesse de diffusion. Pour un fraudeur, c’est mieux qu’une campagne publicitaire.
Portée : un seul compte, des milliers (ou millions) de victimes potentielles
Plus l’audience est grande, plus une attaque “rentabilise” vite. Un lien malveillant publié sur un compte à 200 000 abonnés peut générer, en quelques heures, un volume de clics que des cybercriminels mettraient autrement des jours à obtenir.
Confiance : le badge, l’historique, la proximité
Les créateurs construisent une relation longue avec leur communauté : conseils, habitudes, ton familier, rendez-vous récurrents. Cette confiance devient un accélérateur d’arnaques : si “c’est lui/elle qui le dit”, beaucoup baissent la garde.
Une phrase résume bien la logique des attaquants : ils ne piratent pas un compte, ils piratent une relation.
Monétisation : revente, chantage, détournement de revenus
Une fois compromis, un compte peut :
- ĂŞtre revendu sur des canaux clandestins ;
- servir à diffuser des arnaques (crypto, “investissement garanti”, faux giveaways) ;
- permettre un chantage (menace de publier du contenu choquant) ;
- faciliter le détournement d’accès à des services liés (boutique, plateforme d’affiliation, messagerie).
Comment les comptes se font compromettre en 2025
La plupart des compromissions d’influenceurs reposent sur trois familles d’attaques. Le point commun ? Les attaquants cherchent l’accès le plus simple : vos identifiants ou votre facteur d’authentification.
Spear phishing : l’attaque “sur mesure” (dopée à l’IA)
Le spear phishing, c’est du phishing personnalisé : l’email ou le DM reprend votre style, votre activité, vos partenaires, vos posts récents. En 2025, l’IA générative permet de produire des messages sans faute, parfaitement localisés (FR, EN, etc.), et surtout crédibles dans le ton.
Les appâts typiques côté influenceurs :
- “Collaboration urgente” avec une grande marque
- “Validation de votre badge / vérification du compte”
- “Plainte pour droits d’auteur” ou “contenu signalé”
- “Brief + contrat” via un fichier ou un lien
Souvent, le lien mène vers une page de connexion clonée. Parfois, la pièce jointe installe un infostealer qui vole cookies, sessions et mots de passe.
Credential stuffing et brute force : quand vos mots de passe circulent dĂ©jĂ
Les attaquants testent automatiquement des couples email/mot de passe provenant de fuites anciennes. Si vous réutilisez des mots de passe (même partiellement), le risque grimpe.
- Credential stuffing : essais d’identifiants déjà compromis
- Password spraying : essais de mots de passe “courants” sur beaucoup de comptes
Avec des outils automatisés (et de plus en plus assistés par IA), la vitesse d’essai, la priorisation des cibles et l’adaptation des scénarios deviennent plus efficaces.
SIM swapping : contourner les codes SMS
Le SIM swapping consiste à convaincre un opérateur de transférer votre numéro sur une SIM contrôlée par l’attaquant. Une fois le numéro détourné, les codes 2FA par SMS deviennent inutiles : l’attaquant les reçoit.
C’est une raison simple pour laquelle, en 2025, le 2FA par application (ou mieux, une clé physique) doit être privilégié.
Où l’IA change la donne… des deux côtés
L’IA aide les attaquants à industrialiser. Mais c’est aussi l’outil le plus efficace pour détecter des signaux faibles qu’un humain ne verra pas à temps.
Côté attaquants : crédibilité et automatisation
L’IA est surtout utilisée pour :
- produire des messages de phishing “propres”, contextuels et cohérents ;
- collecter et résumer des informations publiques sur la cible (OSINT) ;
- adapter les scénarios (horaires, événements, partenaires, tournages) ;
- accélérer l’essai d’identifiants, le tri des mots de passe, la priorisation.
Le résultat : moins d’erreurs grossières, plus de victimes.
Côté défense : détection comportementale et réponse plus rapide
Pour protéger un écosystème influenceur, l’IA est particulièrement utile sur 4 axes :
- Détection d’anomalies de connexion : nouveaux pays, appareils inconnus, impossible travel, horaires atypiques.
- Analyse de contenu sortant : publications soudaines avec liens inhabituels, promesses d’argent, patterns d’arnaques.
- Protection anti-phishing : classification d’emails/DM, détection de domaines ressemblants, analyse de pièces jointes.
- Corrélation d’événements : “connexion suspecte + changement d’email + désactivation du 2FA” = scénario de prise de contrôle.
Ce qui est intéressant, c’est la logique : l’IA n’essaie pas de “deviner” si vous êtes une cible. Elle compare ce qui se passe à votre comportement normal et déclenche une alerte quand ça déraille.
Plan d’action : sécuriser un compte d’influenceur sans y passer des jours
Le plus efficace, c’est d’appliquer un socle robuste, puis d’automatiser la surveillance. Voici ce que je recommande en priorité.
1) Verrouiller l’accès : mots de passe, 2FA, clés
- Utilisez des mots de passe longs, uniques (idéalement via un gestionnaire).
- Activez le 2FA par application (pas par SMS).
- Pour les comptes critiques (YouTube, Instagram, email principal), passez à une clé de sécurité (type FIDO) si possible.
Règle simple : un compte sans 2FA fort est un compte “louable” pour un attaquant.
2) Séparer pro/perso (oui, même si c’est pénible)
La séparation réduit l’effet domino :
- une adresse email dédiée aux partenariats ;
- une adresse dédiée aux accès plateformes ;
- si possible, un appareil “création” et un appareil “navigation/tests”.
Quand un infostealer s’installe, il vole ce qu’il voit. Moins il voit, mieux c’est.
3) Déjouer le spear phishing : votre check-list en 30 secondes
Avant de cliquer sur un lien reçu pour une “collab” :
- Est-ce que la demande correspond à votre activité réelle ?
- Est-ce qu’on vous met une pression de temps (“aujourd’hui avant 18h”) ?
- Le lien mène-t-il vers un domaine cohérent (pas une variante étrange) ?
- Peut-on valider via un canal officiel (contact connu, site, mail vérifié) ?
Si deux signaux sont rouges, stop.
4) Mettre à jour et protéger les terminaux
- Mises à jour système et apps : toujours.
- Antivirus/EDR reconnu sur PC et mobiles quand c’est possible.
- Téléchargements uniquement via stores officiels.
Les vols de session via cookies et malwares “discrets” restent une cause fréquente de prise de contrôle, surtout chez les créateurs qui testent beaucoup d’outils.
5) Ajouter une couche IA côté sécurité (au bon endroit)
Si vous gérez une équipe, une marque, une agence ou un réseau de créateurs, l’IA devient vraiment rentable quand elle réduit le temps entre :
- le premier signal (connexion suspecte),
- et l’action (blocage, reset, révocation de sessions, communication de crise).
Concrètement, cherchez des capacités comme :
- détection d’anomalies (UEBA) sur accès et activités ;
- filtrage anti-phishing avancé ;
- analyse automatique de liens et fichiers ;
- playbooks de réponse (révocation sessions, rotation mots de passe, preuves).
Dans un contexte “LEADS”, c’est aussi un bon terrain pour bâtir une offre claire : audit express de posture, durcissement des comptes, et supervision continue.
FAQ rapide : ce que les créateurs demandent le plus
“Le 2FA suffit ?”
Non. Le 2FA réduit fortement le risque, mais il faut aussi protéger l’email principal, limiter les sessions actives, et éviter les malwares qui volent cookies et tokens.
“Pourquoi le SMS est déconseillé ?”
Parce qu’il est vulnérable au SIM swapping et aux interceptions. Une application d’authentification ou une clé physique est nettement plus solide.
“Quel est le pire moment pour se faire pirater ?”
Lors d’un pic d’attention : lancement, partenariat majeur, campagne de fin d’année. En décembre (comme maintenant), les arnaques “cadeaux”, “codes promo” et “urgent” explosent, et les équipes sont fatiguées.
Protéger l’influence, c’est protéger une chaîne de confiance
Les influenceurs ne sont pas seulement des victimes : ils deviennent, malgré eux, des vecteurs. Un compte compromis peut frapper des milliers de personnes en quelques minutes. C’est exactement le type de problème où l’IA en cybersécurité est pertinente : elle repère les anomalies, bloque plus tôt et aide à orchestrer une réponse cohérente.
Si vous êtes créateur, agence ou marque, le bon réflexe est de traiter ces comptes comme des actifs critiques : durcissement des accès, hygiène des terminaux, entraînement anti-phishing, et supervision. La question n’est plus “si” quelqu’un tentera, mais à quelle vitesse vous détecterez et couperez l’attaque.
Votre communauté vous fait confiance. Qu’est-ce que vous mettez en place ce mois-ci pour mériter cette confiance quand la prochaine vague de phishing arrivera ?