Un plan concret pour démarrer en cybersécurité en 2025, avec les compétences IA qui comptent et un portfolio qui parle aux recruteurs.

Carrière en cybersécurité : se lancer avec l’IA
En 2025, la cybersécurité recrute… mais pas forcément là où on l’imagine. Les équipes cherchent des profils capables de comprendre les attaques, de travailler en équipe sous pression, et de s’adapter à un terrain qui bouge vite — notamment parce que l’IA accélère autant la défense que l’offensive.
L’épisode S2E3 du podcast Unlocked 403 (avec Robert Lipovsky, chercheur en threat intelligence) remet une idée au centre : il n’existe pas un “meilleur” chemin unique pour entrer en cybersécurité. Il existe des chemins crédibles, cohérents et, surtout, prouvables. Et en 2025, “prouvable” passe de plus en plus par votre capacité à utiliser l’IA de façon responsable : pour apprendre, enquêter, automatiser, documenter.
Ce billet s’inscrit dans notre série « Intelligence artificielle dans la cybersécurité » : on va traduire les conseils carrière en un plan concret, avec une question en fil rouge : comment devenir opérationnel plus vite grâce à l’IA, sans se faire piéger par elle ?
Entrer en cybersécurité : ce que les recruteurs regardent vraiment
La réponse directe : votre trajectoire compte moins que vos preuves de compétence et votre façon de raisonner. Un diplôme aide, mais il n’est pas un passe-droit. Ce qui fait la différence, c’est votre capacité à expliquer un incident, à prioriser, et à apprendre en continu.
Dans la pratique, les signaux “forts” sont souvent très simples :
- Curiosité structurée : vous posez les bonnes questions, vous vérifiez vos hypothèses.
- Goût du détail : en cybersécurité, une ligne de log peut renverser un diagnostic.
- Résilience : les faux positifs, les impasses et les “ça dépend” font partie du job.
- Communication : savoir écrire un rapport clair vaut parfois autant qu’un script.
Mythe à casser : “il faut être un génie du code”
Non. Il faut comprendre le code, lire, modifier, automatiser. Mais beaucoup de rôles (GRC, sensibilisation, gestion des vulnérabilités, réponse à incident côté coordination) demandent davantage de méthode et de rigueur que de virtuosité.
Ce qui aide vraiment, c’est de maîtriser quelques bases : réseaux, systèmes, logs, notions de dev. Ensuite, vous spécialisez.
L’IA comme accélérateur (pas comme béquille)
L’IA peut réduire votre temps d’apprentissage si vous l’utilisez pour :
- Résumer une doc technique et en extraire les étapes.
- Générer des exemples de requêtes (SIEM, regex) que vous validez.
- Transformer des logs en hypothèses d’investigation.
- Améliorer vos rapports (structure, clarté, vulgarisation).
La règle que j’applique : l’IA propose, vous disposez. Si vous ne pouvez pas expliquer ce que vous copiez, vous prenez un risque — technique et professionnel.
Choisir une “porte d’entrée” (et s’y tenir 90 jours)
La réponse directe : choisissez un rôle cible, puis bâtissez un mini-portfolio aligné. Le piège classique, c’est d’“apprendre la cybersécurité” en général. Ça finit en listes de cours, sans projet, sans récit.
Voici 5 portes d’entrée fréquentes (et recherchées) :
- Analyste SOC (détection et triage)
- Réponse à incident (investigation, containment, retours d’expérience)
- Gestion des vulnérabilités (scan, priorisation, remédiation)
- Sécurité cloud (config, IAM, posture, logs)
- Sécurité applicative (revue de code, SAST/DAST, DevSecOps)
Un plan 90 jours réaliste (avec IA intégrée)
Jours 1–30 : bases + routine
- Réseaux : DNS, HTTP(S), TLS, authentification.
- Logs : comprendre ce qu’on voit (et ce qu’on ne voit pas).
- IA : demander des quiz sur vos lacunes, générer des scénarios d’incident, puis vérifier avec des sources internes/notes.
Jours 31–60 : projets courts, publiables
- Créer un guide perso : “comment analyser une alerte phishing”, “comment lire un log d’auth”.
- Construire une requête de détection simple et l’améliorer.
- IA : générer 10 variations d’un même scénario d’attaque pour tester votre détection.
Jours 61–90 : preuve d’impact + récit
- Un mini-cas d’usage complet : alerte → hypothèses → investigation → conclusion → recommandations.
- Une page “ce que j’ai appris / erreurs / décisions”.
- IA : relire votre rapport pour le rendre plus actionnable pour un manager non technique.
Une candidature solide, c’est un profil qui raconte : “voilà un problème, voilà comment je l’ai abordé, voilà ce que j’ai produit”.
Les compétences IA qui deviennent indispensables en cyber
La réponse directe : ce n’est pas “savoir coder un modèle”, c’est savoir travailler avec des systèmes IA en environnement de sécurité.
En 2025, de nombreuses équipes utilisent déjà des fonctions d’IA pour : trier des alertes, enrichir du contexte, regrouper des incidents similaires, aider à rédiger, accélérer la chasse aux menaces. Ça crée de nouvelles compétences attendues.
1) Savoir évaluer une sortie IA (qualité, biais, hallucination)
Un bon réflexe : traiter toute réponse IA comme une hypothèse.
Checklist rapide :
- Est-ce cohérent avec les logs et la télémétrie ?
- Est-ce falsifiable (je peux confirmer/infirmer) ?
- Est-ce trop certain sur un sujet incertain ?
- Est-ce compatible avec nos contraintes (stack, politiques, SI) ?
2) Prompts orientés enquête (et pas “explique-moi”)
Un prompt utile en cyber demande une structure. Exemple de format :
- Contexte : “Je suis analyste SOC, alerte sur authentifications.”
- Données : “voici 20 lignes de logs (anonymisées).”
- Objectif : “donne 5 hypothèses + comment les tester.”
- Contraintes : “pas d’accès Internet, pas d’outils externes, rester générique.”
Résultat : vous obtenez un plan d’action, pas une dissertation.
3) Sécurité de l’IA : confidentialité et conformité
Utiliser l’IA pour apprendre, oui. Mais en entreprise, attention :
- Ne jamais coller de secrets, tokens, données clients.
- Anonymiser les logs (IP internes, identifiants, chemins sensibles).
- Préférer des environnements approuvés (ou modèles internes) si disponibles.
Le professionnalisme, c’est aussi ça : protéger l’information pendant qu’on apprend à la protéger.
Construire un portfolio “recrutable” (même sans expérience)
La réponse directe : votre portfolio doit prouver un raisonnement et un résultat. Pas une collection de badges.
Un bon portfolio cybersécurité (niveau junior) peut tenir en 3 éléments :
1) Deux études de cas d’incident (format rapport)
Structure recommandée :
- Contexte (1 paragraphe)
- Indicateurs observés (logs, alertes)
- Hypothèses (3 à 5)
- Vérifications (ce que vous cherchez, où, pourquoi)
- Conclusion (ce que vous savez / ne savez pas)
- Recommandations (prévention, détection, durcissement)
IA utile ici : améliorer la lisibilité, proposer des sections manquantes, suggérer des contrôles de validation.
2) Une détection simple (et ses limites)
Même une règle basique est intéressante si vous expliquez :
- Quel comportement elle vise
- Pourquoi elle génère des faux positifs
- Comment vous la durcissez (liste blanche, seuils, corrélation)
3) Un “journal d’apprentissage” de 4 semaines
Une page par semaine :
- Ce que vous avez appris
- Une erreur que vous ne referiez pas
- Un automatisme que vous avez construit
Les recruteurs adorent ce signal : vous savez apprendre.
Se préparer aux entretiens : parler cyber, parler IA, parler risque
La réponse directe : les entretiens évaluent votre jugement. On peut vous pardonner une lacune technique. On pardonne rarement l’absence de méthode.
Questions fréquentes (et ce qu’on attend)
-
“Raconte-moi une investigation.”
- On attend une chronologie, des hypothèses, des vérifications.
-
“Comment gères-tu un doute ?”
- On attend : escalade, collecte de preuves, décision prudente.
-
“Tu utilises l’IA dans ton travail ?”
- Bonne réponse : oui, pour accélérer l’analyse et la rédaction, avec contrôle, sans données sensibles, et en validant.
Une phrase qui marche bien
“Je n’utilise pas l’IA pour décider à ma place ; je l’utilise pour réduire le temps entre une alerte et une hypothèse testable.”
Et maintenant : un prochain pas concret
La cybersécurité a toujours été un métier d’apprentissage continu. La nouveauté, en 2025, c’est que l’IA rend ce rythme plus rapide — et plus exigeant. Ceux qui s’en sortent ne sont pas ceux qui “savent tout”. Ce sont ceux qui documentent, testent, priorisent, et gardent une hygiène mentale : pas de panique, pas de magie.
Si vous voulez entrer en cybersécurité, choisissez une porte d’entrée, tenez 90 jours, produisez deux preuves solides et entraînez-vous à expliquer vos décisions. L’IA peut vous aider à aller plus vite, à condition de rester maître du volant.
La question intéressante pour 2026 n’est pas “est-ce que l’IA va remplacer les analystes ?”. C’est : qui saura utiliser l’IA sans perdre la rigueur qui fait la sécurité ?