Plaque de cuisson écran : l’IA au service du food

Intelligence artificielle dans l’industrie manufacturièreBy 3L3C

Une plaque vitrocéramique qui affiche en couleur ouvre la voie à des usages IA concrets : sécurité, énergie, qualité. Voici ce que ça change côté industrie.

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Plaque de cuisson écran : l’IA au service du food

Les fabricants d’électroménager cherchent depuis dix ans le bon écran de cuisine : frigo, micro-ondes, assistant vocal… et ça n’a jamais vraiment pris à grande échelle. La raison est simple : un écran n’a de valeur que s’il s’intègre au geste, au rythme et aux contraintes du lieu. Et la cuisine n’est pas un salon.

C’est justement pour ça que l’annonce d’un verre vitrocéramique capable d’afficher des images et des vidéos en couleur sur une plaque de cuisson mérite qu’on s’y attarde. En 09/2024, SCHOTT a présenté une technologie de type TFT (thin film transistor) intégrable sous une surface vitrocéramique noire, avec un rendu « dead front » : noir profond quand l’affichage est éteint, interface couleur quand il s’allume. Derrière l’effet “waouh”, on voit surtout un mouvement de fond : l’interface devient un capteur, et l’IA devient la couche d’orchestration qui relie l’usage (cuire), la sécurité (éviter l’erreur) et l’efficacité (moins d’énergie, moins de gaspillage).

Dans notre série Intelligence artificielle dans l’industrie manufacturière, j’aime ces exemples concrets : ils montrent comment une innovation matérielle (un verre) ouvre la porte à des usages IA mesurables, et comment des logiques de production (qualité, traçabilité, maintenance prédictive) se répercutent jusque sur le plan de travail. Et, par ricochet, ils éclairent ce qui se passe en amont : agriculture de précision, suivi temps réel, optimisation des procédés agroalimentaires.

Ce que change une plaque vitrocéramique qui devient écran

Une plaque qui affiche n’est pas un gadget : c’est un nouveau point de contrôle. Jusqu’ici, la plaque de cuisson, c’était surtout de la puissance, des zones et des minuteries. En y ajoutant un affichage vidéo/graphique haute fidélité, on crée un endroit où l’information est visible au moment exact où l’on agit.

SCHOTT met en avant un point clé : le noir “premium” des surfaces vitrocéramiques absorbe la lumière, ce qui complique l’intégration d’un affichage. Leur approche repose sur l’optimisation de la transmission de la lumière et des couleurs à travers le substrat vitrocéramique, pour maintenir l’esthétique noire quand l’écran est off.

L’effet « dead front » : l’UX au service de la confiance

Le « dead front » est une promesse de simplicité : une surface qui reste “propre” visuellement, sans interfaces permanentes. Pour le grand public, ça compte. Pour les fabricants, c’est un levier : proposer un affichage riche sans renoncer au design noir haut de gamme.

Mais pour les industriels, le vrai sujet, c’est ailleurs : une interface riche permet des scénarios IA fiables, parce qu’on peut expliquer, guider, vérifier. L’IA qui “devine” sans rien montrer rassure peu. L’IA qui affiche une consigne claire, un état, un avertissement, ça réduit les erreurs.

Un écran au bon endroit : là où les décisions se prennent

Le frigo-écran a un défaut structurel : on ne cuisine pas devant le frigo. La plaque, elle, est au centre de l’action. C’est là que se jouent :

  • le respect des températures et des temps (sécurité alimentaire)
  • la maîtrise de la cuisson (qualité)
  • la consommation énergétique (coût et empreinte)
  • le stress et les erreurs (expérience)

Autrement dit : si un écran doit s’imposer en cuisine, il a intérêt à vivre au niveau du poste de cuisson.

Là où l’IA devient vraiment utile : sécurité, énergie, anti-gaspillage

L’IA n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être rentable : elle doit être actionnable. Une plaque écran peut devenir le support d’une IA “pratique” : recommandations courtes, alertes, confirmation visuelle, apprentissage des habitudes.

Sécurité alimentaire : guider plutôt que “surveiller”

Une grande partie des incidents en cuisine vient de petites erreurs : mauvais ordre des étapes, attente trop longue, température mal contrôlée. Une interface affichée sur la plaque permet d’intégrer :

  • des guides pas-à-pas synchronisés (vidéo courte, pictos)
  • des rappels contextuels (ex. « baissez à feu doux » au bon moment)
  • des alertes de risque (surchauffe d’huile, débordement imminent)

Et si vous combinez ça à des capteurs (sonde sans fil, mesure de température de surface, détection de récipient), l’IA peut passer du “contenu” au “contrôle qualité” : détecter un écart et proposer une correction immédiate.

Efficacité énergétique : l’IA comme copilote de cuisson

La cuisson est un poste énergétique non négligeable, surtout en restauration ou en cuisines de production. Une plaque capable d’afficher des informations riches peut aider à :

  • visualiser la puissance par zone (et l’impact coût/temps)
  • recommander une puissance minimale efficace selon le récipient
  • proposer des scénarios (couvercle, préchauffage, maintien)

Le point important : l’IA doit rendre l’arbitrage visible. Si l’algorithme vous dit “baissez de 20%”, mais que vous voyez l’effet sur le temps estimé, vous adhérez.

Réduction du gaspillage : précision et répétabilité

Le gaspillage, ce n’est pas seulement jeter. C’est aussi rater une cuisson, recommencer, surcuire, dessécher, perdre en rendement. Une plaque écran est un support naturel pour :

  • des “profils” de cuisson réutilisables (steak, sauce, caramel)
  • des checklists de fin d’étape (réduire, déglacer, émulsionner)
  • des repères visuels (couleur attendue, texture, temps cible)

En agroalimentaire, on appelle ça la répétabilité. Dans une cuisine, c’est le même combat, à une autre échelle.

De la cuisine à l’agriculture : la même logique « capteurs + interface + IA »

Ce que cette plaque dit sur l’agriculture et l’agroalimentaire, c’est qu’une innovation n’est adoptée que si l’information arrive au bon endroit, au bon moment. Sur une exploitation agricole, l’IA ne sert à rien si elle reste dans un tableau de bord consulté une fois par semaine. Comme en cuisine : si l’info n’est pas au poste de décision, elle est ignorée.

Parallèle direct : pilotage en temps réel

  • Plaque de cuisson : puissance, température, présence du récipient, chronologie des étapes
  • Agriculture : humidité du sol, stress hydrique, météo micro-locale, état nutritionnel

Dans les deux cas, l’IA apporte une valeur quand elle transforme des signaux en actions : irriguer maintenant, ventiler maintenant, baisser la puissance maintenant.

L’interface « sobre quand off » : un modèle pour les outils terrain

Le « dead front » n’est pas qu’une histoire de design. C’est un principe d’adoption : ne pas polluer l’environnement de travail. Sur le terrain agricole, ça se traduit par des outils :

  • visibles en plein soleil, utilisables avec des gants
  • silencieux tant qu’il n’y a pas d’exception
  • clairs sur la recommandation et sa justification

J’ai souvent constaté que l’IA échoue moins par la qualité du modèle que par la qualité de l’interface et des alertes. Une plaque qui devient écran remet ce sujet au centre.

Ce que les fabricants (et les équipes IA) doivent prévoir côté industrie

Intégrer un affichage TFT sous vitrocéramique, c’est aussi un sujet de fabrication : contrôle qualité, fiabilité, réparabilité. Et c’est exactement le terrain de jeu de l’IA industrielle : vision, détection d’anomalies, maintenance prédictive.

Contrôle qualité : tolérances, uniformité, défauts invisibles

Dès qu’on ajoute une couche d’affichage, les critères qualité se multiplient : homogénéité du rendu, pixels défectueux, artefacts sous certains angles, vieillissement thermique. En production, l’IA peut aider via :

  • vision industrielle pour détecter micro-défauts, variations de transmission, hétérogénéités
  • détection d’anomalies sur signaux de test (courbes de luminance, réponses tactiles)
  • traçabilité des lots (corréler défauts et paramètres de fabrication)

L’objectif n’est pas “plus d’IA”. C’est moins de rebut et moins de retours SAV.

Maintenance prédictive : l’IA au service de la disponibilité

Dans l’industrie manufacturière, la promesse la plus tangible reste la disponibilité. Une plaque écran (ou sa chaîne de production) génère des signaux utiles : cycles thermiques, erreurs d’affichage, dérives de calibration, surchauffes localisées.

  • En usine : anticiper une dérive d’alignement, une fatigue de composant, un lot à risque
  • En usage : diagnostiquer à distance, réduire les interventions inutiles, planifier les pièces

Ce sont des gains très “lead-friendly” : ils parlent aux décideurs, parce qu’ils se traduisent en coûts évités.

Cybersécurité et conformité : pas négociable

Dès qu’on parle d’écran, on parle souvent de connectivité, mises à jour, contenus, comptes utilisateurs. Pour l’IA embarquée ou connectée, ça impose :

  • gestion des mises à jour (OTA) et durcissement logiciel
  • minimisation des données (pas besoin de filmer votre cuisine pour cuire des pâtes)
  • segmentation réseau (appareil ≠ point d’entrée)

Une phrase simple guide les bons choix : si l’appareil tombe en panne “digitale”, la cuisson doit rester sûre.

Plan d’action : comment évaluer (vraiment) une cuisine “IA-ready”

Une plaque écran n’a de valeur que si elle s’insère dans un système : capteurs, données, modèles, expérience utilisateur. Voici une grille rapide que j’utilise pour trier les concepts prometteurs des démonstrateurs.

  1. Cas d’usage prioritaire : sécurité, qualité, énergie ou productivité ? Un seul en premier.
  2. Capteurs disponibles : température réelle, sonde, détection casserole, pesée ? Sans mesure fiable, l’IA bavarde.
  3. Boucle de décision : qui agit, quand, et comment l’interface le prouve ?
  4. Mode dégradé : que se passe-t-il si le réseau tombe, si l’écran bug, si l’IA se trompe ?
  5. Mesure du ROI : kWh économisés, minutes gagnées, rebuts évités, incidents réduits.

Bon signe : l’interface affiche une recommandation + une raison simple + une action en un geste.

La suite logique : l’écran n’est pas le produit, c’est le canal

Cette technologie de verre vitrocéramique affichant des visuels en couleur n’est pas juste une nouveauté d’électroménager. C’est un indice : les surfaces “muettes” deviennent des surfaces informatives, et l’IA s’y installe parce qu’elle a enfin un endroit crédible pour s’exprimer.

Pour l’agriculture et l’agroalimentaire, le message est direct : les outils IA qui gagnent sont ceux qui se placent au plus près de l’action — en cabine, en atelier, sur la ligne, au poste de contrôle — avec une interface sobre, compréhensible et orientée décision.

Si vous réfléchissez à l’IA dans l’agriculture, l’agroalimentaire ou la fabrication d’équipements, je vous propose une question très opérationnelle : où est “la plaque de cuisson” de votre système — l’endroit où la décision se prend — et qu’affiche-t-on dessus, exactement ?

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