L’économie enseignée tôt aide à mieux gérer crédit, taux et budget. Le prix 2025 du Musée de la Banque du Canada montre ce qui marche vraiment.

Pourquoi l’économie à l’école change vos finances
Le 10 décembre 2025, la Banque du Canada a maintenu son taux directeur à 2,25 %. Ça peut sembler loin de votre quotidien… jusqu’au moment où vous renégociez votre hypothèque, que votre marge de crédit se réajuste, ou que votre épargne rapporte (enfin) quelque chose de décent. Le vrai problème, ce n’est pas l’accès à l’info. C’est la capacité à l’utiliser.
C’est pour ça qu’une nouvelle passée un peu sous le radar en mai 2025 mérite plus d’attention qu’elle n’en a reçu : le Musée de la Banque du Canada a récompensé deux enseignantes du Nouveau-Brunswick, Angela Larocque (niveau intermédiaire) et Nicole Feisst (secondaire), avec son Award for Excellence in Teaching Economics. Leur point commun : elles ont fait sortir l’économie des manuels pour la mettre dans la vraie vie, avec des parents et des pros locaux.
Dans notre série « Intelligence artificielle dans l’éducation et l’EdTech », j’aime regarder ce genre d’initiative comme un signal : l’économie et la littératie financière se prêtent particulièrement bien à l’apprentissage personnalisé, à la simulation, et aux approches “projet”. Et si on veut des adultes capables de prendre de bonnes décisions face aux taux d’intérêt et au crédit, ça commence souvent… bien avant le premier salaire.
Ce que ce prix dit vraiment sur la littératie financière
L’annonce du Musée n’est pas juste un trophée de plus. Elle souligne une idée simple : la littératie économique est une compétence pratique, au même titre que lire un contrat ou comparer deux offres.
Quand on parle d’« économie », beaucoup pensent à des graphiques abstraits. Or, pour la plupart des Canadiens, l’économie se vit à travers :
- le coût d’emprunt (hypothèque, prêts auto, cartes de crédit)
- le prix des biens (inflation, hausses de l’alimentation)
- la sécurité d’emploi (cycle économique, secteurs en croissance)
- le rendement de l’épargne (comptes, CPG, placements)
Une phrase que je répète souvent : si vous ne comprenez pas comment l’argent “circule”, vous payez plus cher pour tout—sans forcément vous en rendre compte.
Le Musée de la Banque du Canada, en mettant l’accent sur des projets concrets et communautaires, rappelle que l’enseignement de l’économie peut être moins théorique, plus transférable, et surtout plus équitable (parce que tout le monde n’apprend pas l’argent à la maison).
Deux projets gagnants qui ressemblent à la vraie vie
Ces deux initiatives ont été récompensées parce qu’elles font exactement ce que l’EdTech promet depuis des années : mettre l’élève en situation, et pas seulement en évaluation.
Angela Larocque : entreprendre et parler d’argent sans honte
Angela Larocque a déplacé l’apprentissage hors de la classe avec des initiatives de littératie financière basées sur la communauté, notamment :
- « Idea Market » : un événement annuel entrepreneurial où les élèves génèrent des revenus
- « Money Matters » : une soirée communautaire sur l’argent, réunissant entreprises locales, banques et experts
Le point fort, selon moi, c’est le cadre “open, judgment-free” décrit dans l’annonce. Parce que dans la vraie vie, la honte financière est un frein massif : on évite de poser des questions, on ignore un problème, on reporte une décision.
Ce que les élèves apprennent implicitement ici :
- gagner de l’argent demande du temps, des coûts, et des choix
- une activité rentable n’est pas forcément une activité “cool”
- parler budget avec sa famille et une institution financière peut être normal
Nicole Feisst : la simulation financière (avec imprévus)
Nicole Feisst a construit une simulation personnalisée pour des élèves de 11e et 12e année : chaque élève crée un profil financier, puis traverse une “vie adulte” réaliste, parfois imprévisible, avec l’appui de professionnels locaux.
C’est exactement le type d’exercice qui fait comprendre, en quelques heures, ce que des cours magistraux peinent à transmettre en semaines : les finances personnelles sont une suite de compromis sous contrainte.
Un budget, ce n’est pas une feuille Excel. C’est :
- un loyer qui monte
- une voiture qui lâche
- une dépense médicale
- un emploi à temps partiel qui fluctue
- une carte de crédit qui “dépanne”… puis coûte cher
Et surtout : les taux d’intérêt punissent l’improvisation. Une simulation met ça en évidence immédiatement.
Une simulation financière bien conçue n’enseigne pas seulement “quoi faire”. Elle enseigne “ce que ça coûte” quand on ne le fait pas.
Pourquoi l’économie enseignée tôt aide à survivre aux taux d’intérêt
La hausse des taux entre 2022 et 2024 a été un réveil brutal pour beaucoup de ménages. Et même si 2025 est marquée par davantage de stabilité, le message reste : les taux changent, et vos paiements suivent.
Voici les liens directs entre éducation économique et décisions de vie.
Comprendre le “prix” du crédit
Si vous ne retenez qu’une chose : le taux d’intérêt est un prix—le prix de l’argent emprunté.
Ce réflexe change tout :
- vous comparez les offres autrement (TAEG, frais, conditions)
- vous comprenez pourquoi une carte à 20 % n’est pas “neutre”
- vous voyez l’intérêt de rembourser certaines dettes avant d’investir
Saisir le rôle d’une banque centrale (sans jargon)
La Banque du Canada ne fixe pas votre hypothèque directement. Mais en fixant le taux directeur, elle influence les taux variables, les prêts, et même les taux offerts sur l’épargne.
Ce qui manque souvent au grand public, c’est une chaîne cause-effet claire :
- inflation trop élevée → la banque centrale resserre
- taux plus élevés → crédit plus cher
- demande ralentit → inflation se calme
Quand un élève comprend ce mécanisme tôt, il est moins vulnérable aux discours simplistes du type “les banques veulent juste vous voler”. La réalité est plus nuancée, mais aussi plus gérable quand on a les bases.
Faire des choix “adultes” sans se faire piéger
L’économie appliquée, c’est apprendre à arbitrer : aujourd’hui vs demain, sécurité vs rendement, fixe vs variable.
C’est exactement ce qu’un ménage fait quand il décide :
- de choisir un taux fixe ou variable
- d’acheter ou de louer
- de financer une auto ou d’en acheter une moins chère
- de constituer un fonds d’urgence plutôt que d’utiliser le crédit
Où l’IA et l’EdTech peuvent améliorer ces approches (sans remplacer les profs)
Les deux projets primés montrent une direction : apprentissage expérientiel + communauté. L’IA peut renforcer ça, mais seulement si on l’utilise avec discipline.
Personnalisation : des profils financiers adaptés à l’élève
Dans une simulation comme celle de Nicole Feisst, l’IA peut aider à générer des scénarios réalistes selon le contexte :
- revenus différents
- dépenses liées à la région (transport, logement)
- objectifs (études, travail, entrepreneuriat)
Résultat : l’élève se reconnaît dans le scénario, donc il s’implique davantage. C’est le nerf de la guerre en pédagogie.
Feedback immédiat : apprendre au moment où l’erreur arrive
Un bon outil EdTech peut signaler en temps réel :
- “Tu dépasses ton budget alimentation de 18 %”
- “Si tu paies le minimum sur ta carte, voici l’horizon de remboursement”
- “Ton choix fixe/variable augmente ton risque de paiement de X $/mois si le taux monte”
L’idée n’est pas de moraliser. C’est de rendre la conséquence visible.
Attention : l’IA peut aussi enseigner n’importe quoi
Mon stance est claire : l’IA en éducation financière doit être contrôlée. Sinon, elle reproduit des erreurs courantes : confusions entre taux nominal et effectif, conseils génériques, scénarios irréalistes.
Dans une école, ça implique :
- des contenus validés
- des consignes pédagogiques précises
- des garde-fous sur la confidentialité (surtout pour les données financières simulées)
L’IA est utile quand elle sert une démarche. Pas quand elle remplace la démarche.
Un mini plan d’action : ce que vous pouvez faire dès janvier
On est en décembre, période où beaucoup de familles font le point sur le budget, les dettes, et les objectifs de l’année suivante. Voilà une approche simple inspirée des projets primés—adaptée aux parents, aux enseignants, et même aux adultes qui veulent rattraper les bases.
1) Faire une “simulation maison” sur 30 minutes
Prenez un scénario : “Je commence ma vie adulte avec X $/mois.” Puis forcez 3 événements :
- une hausse de loyer
- une dépense imprévue
- une variation de revenu
Objectif : voir ce qui casse en premier. C’est souvent le déclic.
2) Mettre les taux au centre de la discussion
Quand vous parlez d’un achat financé, ajoutez automatiquement :
- taux annuel
- paiement mensuel
- coût total des intérêts
Ce trio clarifie tout, même pour un ado.
3) Utiliser l’EdTech comme un coach, pas comme un pilote
Si vous utilisez des outils numériques (simulateurs, applis, IA), posez une règle :
- l’outil propose
- l’humain décide
- on justifie le choix en une phrase
C’est simple, mais ça forme un muscle mental : la prise de décision.
Pourquoi ce genre de prix devrait compter pour les banques… et pour vous
Le Musée de la Banque du Canada a récompensé ces enseignantes avec 1 000 $ pour chacune et 1 000 $ pour leurs écoles. Symbole modeste, impact potentiellement énorme.
Parce que la littératie économique, c’est une infrastructure invisible. Elle réduit :
- les erreurs coûteuses de crédit
- la vulnérabilité aux arnaques
- la dépendance au “conseil TikTok”
Et dans un pays où les décisions de taux influencent directement le budget des ménages, une population plus éduquée économiquement est aussi une population plus résiliente.
Si vous suivez notre série « Intelligence artificielle dans l’éducation et l’EdTech », gardez cette idée en tête : l’IA peut accélérer l’apprentissage, mais la pédagogie qui change une vie ressemble souvent à un bon scénario, un bon cadre… et un adulte de confiance.
Quelle serait, chez vous ou dans votre école, la première “simulation financière” qui ferait vraiment réfléchir—sans culpabiliser personne ?